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Transports - Auto

L’auto-école en ligne Ornikar devra mettre la pédale douce sur ses promesses publicitaires

Poursuivi par les représentants des auto-écoles traditionnelles, Ornikar vient d’être condamné pour des allégations déloyales. En revanche, la cour d’appel valide la légalité de son activité sans moniteurs salariés.

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SOLENE ARTAUD / Hans Lucas via AFP

Elle a évité le crash complet. Mais l’auto-école en ligne Ornikar est tout de même flashée en plein dérapage… Comme une poignée d’autres plateformes numériques (En voiture Simone, Le permis libre…), elle entend, depuis quelques années, bousculer le business de l’apprentissage de la conduite, à coups de prix cassés. Sa recette : pas de locaux, pas de salariés. Les moniteurs sont des indépendants. Et une fois les jeunes prêts à passer l’examen, ils se présentent en candidat libre.

Problème : les slogans publicitaires du nouveau venu sont un peu trop audacieux… Ils viennent de valoir à Marianne formation, la société gérant Ornikar, une condamnation par la cour d’appel de Paris. L’entreprise se revendiquait « 1re auto-école de France », accolant ce slogan à la mention « 95 % de satisfaits ». Pour les juges, ces allégations constituent une pratique commerciale déloyale. Les candidats se présentant de façon « libre » à l’examen, impossible de savoir où et par qui ils ont été formés. Les taux de réussite affichés par Ornikar (90 % à l’examen théorique, 70 % à l’examen pratique) sont donc sujets à caution, eux aussi.

C’est un nouvel épisode d’un bras de fer avec les acteurs traditionnels du secteur entamé dès la création de la société il y a près de dix ans. Dans cette procédure, la plateforme en ligne était poursuivie par le syndicat des exploitants d’auto-écoles, l’Unidec (Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite), et Mobilians (ex-CNPA), qui regroupe les professionnels de l’automobile. Elle devra leur verser 2500 € de dommages et intérêts.

Une bonne nouvelle malgré tout, pour Ornikar

Ornikar avait commencé à faire le ménage dans ses promesses publicitaires après le jugement en première instance, en septembre 2021. À l’époque, le tribunal de commerce de Paris lui enjoignait de cesser toute communication déloyale sur ses prix et sur les taux de réussite à l’examen.

Malgré la condamnation en appel, la décision est une bonne nouvelle pour Ornikar et les autres auto-écoles en ligne. Car d’autres arguments, bien plus cruciaux, ont été écartés. L’Unidec et Mobilians accusaient Ornikar de bafouer la réglementation encadrant l’enseignement de la conduite et de détourner le statut de travailleur indépendant (utilisé par ses moniteurs). Ils dénonçaient également « un recours abusif au statut de candidat libre alors que la société Marianne formation accompagne ses élèves contre rétribution » pour l’inscription et le passage de l’examen. Les juges de la cour d’appel (comme ceux du tribunal de commerce) n’ont rien vu d’illégal là-dedans, validant ainsi le fonctionnement d’Ornikar. L’entreprise n’a pas répondu à notre demande de commentaires.

De leur côté, les auto-écoles traditionnelles indiquent « prendre acte » de la décision. « Mais nous restons en profond désaccord sur le fond, précise Bruno Garancher, président de l’UNIDEC, auprès de L’Informé. Nous sommes une profession réglementée qui ne devrait pas laisser la place à une ubérisation, comme le pratiquent Ornikar et d’autres plateformes en ligne. »

Des polémiques à répétition

Les auto-écoles en ligne séduisent un nombre croissant de candidats au permis. Elles voient leurs perspectives dopées par la généralisation récente du nouveau système de réservation des places à l’examen, RDVpermis. Il permet aux candidats passant par ces acteurs de ne plus subir de délais de convocation à rallonge.

Mais les polémiques sur leurs pratiques sont régulières. À l’été 2021, En voiture Simone, concurrent d’Ornikar, écopait d’une amende de 25 000 € pour des publicités sur Google créant la confusion avec des auto-écoles traditionnelles existantes. Plus récemment, fin 2022, le magazine 60 millions de consommateurs mettait en garde : certains clients de ces nouveaux acteurs avaient découvert, après leur inscription, qu’il n’y avait pas de moniteur disponible dans leur ville…