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Les comptes d’Arianespace plombés par ses fournisseurs russes

Le transporteur spatial a dû passer une provision pour risque de plusieurs centaines de millions d’euros. Et son chiffre d’affaires a fondu de 88 % depuis l’invasion de l’Ukraine et l’arrêt d’Ariane 5.

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JULIEN DE ROSA / AFP

Arianespace, victime collatérale du conflit mené par la Russie en Ukraine. La société a en effet dû passer dans ses comptes 2024 une lourde provision pour risque. La raison ? L’arrêt de toute relation commerciale avec ses fournisseurs russes dont le pays est sous sanctions économiques depuis le début du conflit. Le centre spatial à Kourou, en Guyane française, accueillait le lanceur Soyouz depuis 2011. Une des deux bases, avec Baïkonour au Kazakhstan, utilisées par les fusées russes pour placer des satellites en orbite. Le 10 février 2022, marque son dernier lancement en Guyane.

Arianespace décide ensuite de résilier en décembre ses contrats d’approvisionnement avec ses partenaires du programme Soyouz ST (Spécial Tropiques). Début 2023, elle demande alors la restitution des acomptes versés pour un montant de 351 millions d’euros, a constaté l’Informé. Somme à laquelle il faut rajouter une ardoise de près de 5 millions d’euros, liée à des pièces de rechange pour Ariane 5 et Soyouz, deux programmes aujourd’hui à l’arrêt. Le préjudice total dépasse les 356 millions d’euros. Les activités des fournisseurs russes étaient coordonnées par Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale d’État Roskosmos, et tous « contestent l’argument de la résiliation et les conditions de remboursement », explique Arianespace.

Depuis 2022, ses résultats n’ont cessé de se dégrader. Son chiffre d’affaires a chuté de plus de 88 % passant de 1,26 milliard d’euros en 2021, avant l’offensive lancée par Moscou contre Kiev, à seulement 152 millions d’euros l’an dernier. Dans le même temps, ses pertes se sont creusées pour atteindre près de 24 millions d’euros l’an dernier (après un déficit de 25,7 millions d’euros en 2023).

La guerre menée par la Russie est loin d’être le seul facteur explicatif de cette spectaculaire dégringolade. L’arrêt d’Ariane 5 en juillet 2023 et l’arrivée tardive d’Ariane 6, dont le premier vol commercial n’a eu lieu qu’en mars dernier, a laissé un vide de plus de 18 mois. Et les difficultés rencontrées par Vega C (explosion lors du deuxième vol commercial en 2022) n’ont rien arrangé à une situation déjà compliquée. « Si nous avions bien anticipé le besoin d’accélérer le développement d’un nouveau lanceur, nous ne pouvions pas anticiper le Covid, la guerre en Ukraine et la fin des relations avec la Russie et Soyouz, a indiqué David Cavaillolès, président d’Arianespace dans les Échos. Nous avons connu en plus des retards sur Ariane 6 et des problèmes sur Vega C. Tout cela est maintenant derrière nous, et nous sommes désormais dans une phase de rebond ».

Le nouveau dirigeant a pris ses fonctions en début d’année, suite au départ de Stéphane Israël pour le Boston Consulting Group. Il peut le remercier car celui-ci a laissé dans la corbeille un juteux contrat signé en 2022 avec Amazon. Il porte sur 18 lancements dans l’espace d’une partie de la constellation de satellites Kuiper (3 236 engins). La société de Jeff Bezos a préféré utiliser le lanceur européen Ariane 6 plutôt que de faire appel à son concurrent SpaceX, la société d’Elon Musk, propriétaire de Starlink.

De quoi redonner des couleurs à Arianespace. D’autant plus que l’Europe cherche, elle aussi, à se doter d’une constellation avec Iris².  Acté en décembre dernier, ce programme devrait lui ouvrir de nouvelles perspectives commerciales.

Contactée, l’entreprise dont les équipes sont mobilisées au salon du Bourget nous a répondu : « En tant que filiale de groupes cotés en Bourse, Arianespace ne commente pas ses données financières. »