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Le champion de la pub en ligne Criteo sabre dans ses effectifs français

Face à l’érosion de son activité historique, l’ancienne licorne tricolore, cotée au Nasdaq, compte se séparer de 7 % de ses employés en France.

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ERIC PIERMONT / AFP

Depuis que vous vous êtes intéressé à cette paire de chaussures chez un e-commerçant, impossible de lui échapper. Elle vous poursuit sous forme de publicité sur tous les sites que vous visitez. Cette pratique de retargeting (ou en français de reciblage publicitaire) a longtemps fait le succès de Criteo. Ce pilier de la French Tech, auréolé du statut de licorne puis coté au Nasdaq depuis 2013, est pourtant en train de revoir sa stratégie, gêné par un métier historique en perte de vitesse.

Et les conséquences sont douloureuses. Selon nos informations, l’entreprise a ouvert un vaste plan de départs en France : il touche 70 salariés et passe par une rupture conventionnelle collective. La procédure concerne les sociétés Criteo SA, Criteo France et Criteo Technology, toutes basées à Paris, qui font travailler au total un peu plus de 1000 personnes en CDI.

Comme d’autres acteurs des technologies et de la publicité, Criteo subit les effets du ralentissement économique et d’une transformation de son métier, marquée par de récentes réglementations encadrant notamment l’utilisation des cookies (RGPD…). La nouvelle politique d’Apple permettant aux utilisateurs d’iPhone de ne plus être tracés (App Tracking Transparency) n’a pas aidé. Le groupe français a d’ailleurs reconnu dans son dernier rapport annuel que cette évolution était « susceptible d’avoir un impact sur l’écosystème de la publicité mobile et (...) nuire à notre croissance ».

Pour préparer l’avenir, il réduit la voilure sur son métier d’origine et accélère sa diversification vers les activités plus proches des régies publicitaires avec le retail media (aide à la commercialisation d’espaces médias sur les sites d’e-commerce). Une réorientation qui l’oblige à revoir l’organisation des équipes. « La société doit dégager des marges de manœuvre pour atteindre un niveau suffisant de développement à court terme » indique ainsi l’accord signé avec les organisations syndicales, consulté par l’Informé.

Lancée en mars, cette rupture conventionnelle collective concernera un maximum de 70 salariés, tous volontaires. Les candidatures ont été déposées avant l’été et les départs s’étaleront jusqu’en décembre. Les domaines des opérations commerciales/services support (18 départs attendus sur 60 salariés éligibles) R&D (15 sur 365) et finance (12 départs attendus sur 52 postes éligibles) sont particulièrement concernés. Suivent les départements commerciaux, l’analyse de données (7 départs sur 22 postes identifiés), le marketing, les ressources humaines, etc.

Des conditions avantageuses pour les candidats au départ

Afin de motiver les candidats, l’ex licorne de l’Adtech a sorti le chéquier : outre le minimum légal d’indemnités prévu par la loi ou la convention collective, elle a proposé une indemnité spécifique d’un montant forfaitaire de 4 mois de salaire (avec un minimum de 20 000 euros) pour les cadres, auquel s’additionne 1,25 mois de salaire par année d’ancienneté. Et pour rajeunir sa pyramide des âges, Criteo rajoute un bonus de 20 % à tous les salariés de plus de 50 ans. Interrogée par l’Informé, l’entreprise nous a simplement répondu être attachée à « une discipline des coûts et à une meilleure efficacité organisationnelle à l’échelle mondiale. Nous restons confiants dans les opportunités commerce media à venir et n’avons pas d’autres commentaires à faire ».

En 2021, confrontée à des difficultés financières, l’entreprise avait déjà dû lancer un plan social pour réduire ses effectifs. En 2022, le groupe a publié un chiffre d’affaires de 2,017 milliards de dollars, contre 2,254 milliards en 2021, avec un bénéfice en recul de 92 % pour atteindre une dizaine de millions de dollars. Et les derniers résultats publiés cet été ne sont pas de nature à sauter au plafond. Implanté dans de nombreux pays, Criteo emploie 3500 personnes dans le monde.