Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

Kayak Time, Univer Note, Airline Butler… le cinéma obtient le blocage d’apps de streaming illégales

Depuis 2024, sous l’apparence d’outils de prise de notes ou de passionnés de kayak, des applications de piratage se multiplient sur iOS et Android. La justice vient de frapper un grand coup contre celles-ci.

Photo
MUHAMMED SELIM KORKUTATA / Anadolu via AFP

Le jeu de cache-cache touche-t-il à sa fin ? Depuis plusieurs mois, des applications d’apparence anodines, dédiées notamment à la prise de notes, cartonnent sur les stores d’Apple et Google. Derrière des noms peu évocateurs (Univer Note, Airline Butler, Salan Rice ou encore Exam Tips), se cachent en ...

Pour plaider l’atteinte aux intérêts du secteur, les organisations ont fait réaliser le 4 novembre 2024 plusieurs constats par les agents assermentés de l’association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), soit le même jour où le quotidien Libération publiait un article sur Univer Note, l’une des plus connues de ces apps, revendiquée par un internaute connu sous ses pseudos « Rayanee94 », « raams94 » ou « CstRayou ». Ce même jour, l’ALPA a relevé un total de 247 films et 115 séries mis à disposition gratuitement, avec des longs-métrages comme Deadpool & Wolverfine, Moi, moche et méchant 4, Alien : Romulus, Vice Versa 2, Un p’tit truc en plus ou encore Le comte de Monte Cristo. Le lendemain, l’association constatait, cette fois, l’apparition d’une ribambelle d’autres apps comme Hardware List, AA Keep, Coester Shop, Time Tools, proposant elles aussi des œuvres cinématographiques (comme La jument verte ou Captain America : Brave New World). Des notifications ont bien été adressées à Apple et Google pour obtenir le retrait des stores, mais ces différentes déclinaisons restaient opérationnelles depuis les terminaux sur lesquels elles avaient été téléchargées. Seul moyen d’agir contre ces solutions financées par la pub : couper l’accès aux adresses des sites cachés derrière ces applications.

Dans une décision rendue le 15 mai dernier, le tribunal judiciaire de Paris a fait droit à ces demandes. Il a ordonné aux fournisseurs d’accès de bloquer dans les 15 jours une liste de 105 noms de domaine pour une durée de 18 mois. Ces mesures devront rester à l’entière charge des intermédiaires techniques. Cette manche gagnée est cependant loin d’être ultime. Selon nos constatations, de nouvelles applications sur iPhone ont fait leur apparition voilà quelques jours. Collect Life ou Virt Partn sont ainsi promus sur « Le R Officiel », un canal Telegram fort de plus de 16 000 abonnés édité par @raams94 et dédié au partage des applications de streaming dont il prétend être l’auteur. Si l’intéressé n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations, après téléchargement sur l’Apple Store et saisie du code partagé sur Telegram, il est à nouveau possible de retrouver une plateforme avec de nombreux films et séries diffusés sans autorisation. Il suffit alors de quelques clics pour lancer un visionnage, sans aucun blocage.

Télécharger la décision du tribunal judiciaire de Paris

La liste des apps bloquées
Les adresses bloquées concernent les apps suivantes : Aa Kеер, Agrearm, Airline Butler, Arach, Badminton Time, Baseball Fiel, Baseball Fiel / Wuu Browser,  Bliss Browser, Bon Browser, Brainstorm Al, Buub Browser, Cac Browser, Calcmateso, Checklist Repo, Chemoi, Coaster Shop, Conso Xpro, Eco Spend, Enhance Tips, Exam Assis, Exam Tips, Flat, Fun Story, Growth Clock, Habit Imp Yoga Goo, Hardware List, Harvest, Homegardens, Inknotes, Irrigat, Kayak Time, Library Borrpsycho, Maintain X, Millwind, My Proectmng, Notoro, Psycho Assis, Resume Craft, Salan Rice, Scribe-Sound, Seat Aircraft, Sound Mastery, Spark Fest, Split Sage, Sportcar Acce, Stock Tracki, Stude Checkin, Swimm Relate, Time Tools, Todohabit, Todos Alarm / Conso Xpro, Tracker-Homebill, Univer Note, Wuub Browser, Yogagoo. S’ajoutent plusieurs adresses utilisées par des apps Android.

La longue lutte contre le streaming illicite 
Cette décision est une nouvelle étape fondée sur l’article L332-6 du code de la propriété intellectuelle, une disposition introduite avec la loi « Hadopi » de 2009, qui permet aux ayants droit et à leurs organismes de défense de réclamer toute mesure à l’encontre de toute personne pour faire cesser ou prévenir des atteintes à leurs droits. Une formulation suffisamment large pour obtenir le blocage de milliers de sites pirates de films, dont celui de la galaxie « Allostreaming » dans les années 2010, ou encore le déréférencement dans les moteurs de recherche comme Google en 2017. Depuis la loi du 25 octobre 2021 relative à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) peut signaler directement aux intermédiaires techniques la liste des sites miroirs, qui répliquent des plateformes déjà bloquées judiciairement, afin d’étendre ces mesures de restrictions. Ce volet plus récent est cependant loin d’être opérationnel en raison de ses lenteurs, mais ce défaut devrait être corrigé dans un arrêt à venir au Conseil d’État. Dans le secteur spécifique au sport, la même loi de 2021 a introduit un blocage dynamique, très inspiré par la disposition de 2009, mais qui permet de mettre à jour plus facilement encore les adresses de sites pirates à restreindre durant toute la durée des compétitions. Cette seconde voie a déjà permis aux chaînes et ligues d’impliquer les fournisseurs d’accès et les moteurs, puis les fournisseurs de DNS alternatifs (des annuaires proposés notamment par Google ou Cisco, pour dresser un pont entre les noms de domaines de sites litigieux et l’adresse IP des serveurs de leurs pages) et dernièrement, les réseaux privés virtuels comme NordVPN, Proton VPN ou Cyberghost. Les décisions les plus récentes concernent les matchs de foot ou de rugby, d’autres sont attendues dans quelques semaines pour protéger les courses de moto ou de Formule 1.