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Continuer la lectureGuerre des pylônes : comment Valocîme veut peser sur la loi simplification
Créée en 2017, cette start-up essaie d’évincer de leurs terrains les tower companies qui hébergent les antennes mobiles des opérateurs sur leurs pylônes. Mais son modèle économique est mis à mal par le projet de loi du gouvernement.
Valocîme résistera-t-elle à la future loi simplification ? Créée en 2017, cette start-up est engagée dans un combat musclé avec les « tower companies » (TDF, Cellnex…), ces sociétés qui louent aux opérateurs télécoms (à l’exception d’Orange) des pylônes pour y installer leurs antennes mobiles. Souten...
Alerté, le gouvernement compte régler ce problème d’ici peu à l’occasion du projet de loi simplification porté par le ministre de l’économie Bruno le Maire et présenté hier en Conseil des ministres. L’article 18 prévoit que seul un acteur ayant mandat d’un opérateur mobile puisse reprendre le bail d’un terrain sur lequel se trouvent déjà des pylônes. La mesure cible clairement Valocîme qui vient de contre-attaquer en envoyant une note aux sénateurs et aux députés. Selon cet argumentaire, dont l’Informé a obtenu copie, l’entreprise estime que la loi va « imposer des contraintes restrictives nouvelles et complexes pour les nouveaux acteurs et imposer un droit de préférence ». Elle estime donc que ces mesures « corporatistes et complexes ne répondent finalement pas à ce besoin de simplification ».
En clair, la société juge que cela assurerait « le maintien de la Towerco en place, et par conséquent une absence totale de concurrence ». Elle propose donc une autre solution afin de ne pas porter atteinte à la couverture mobile du territoire, en développant « un dispositif de portabilité comme l’a été, en son temps, la portabilité des numéros de téléphone. » Concrètement, l’opérateur aurait la possibilité de quitter facilement son ancienne towerco pour rejoindre Valocîme, par exemple. « En quoi ajouter des contraintes protectionnistes et complexes sur des territoires déjà couverts contribueront-elles à accélérer et simplifier les déploiements des réseaux ? », s’interroge la société en conclusion de sa note.
De son côté, la Fédération française des télécoms (FFT) qui regroupe notamment Orange, SFR et Bouygues Telecom, rejointe par Free sur ce dossier, attend le passage de cette loi. « Il s’agit d’être transparent et d’informer les maires de la continuité ou non de la couverture mobile lors d’un renouvellement de bail, explique Romain Bonenfant, directeur général de la FFT. Très souvent, ils n’en sont même pas conscients par manque d’information. »
SFR, Bouygues Telecom ou Free ont longtemps été propriétaires de leurs pylônes, avant de les céder pour récupérer des milliards d’euros. Ils sont alors devenus locataires et se sont engagés à le rester un certain nombre d’années tout en déployant ensemble de nouveaux sites. « Les opérateurs télécoms sont libres de contractualiser avec l’acteur de leur choix, mais ce choix dépend des conditions proposées », ajoute Romain Bonenfant.
Parmi les principales towercos, on retrouve l’espagnol Cellnex (avec 23 200 sites), la filiale d’Orange Totem (19 000 sites), mais aussi TDF (8 000 sites télécoms), American Tower Corp et Phoenix Tower International. Ces cinq acteurs se sont regroupés au sein de l’association Ocitem et cherchent à sécuriser leur modèle économique. « Le gouvernement a compris l’urgence de la situation, et nous nous réjouissons de cette prise de conscience », souligne Thomas Bertrand, PDG de Cellnex France. Le dirigeant sait de quoi il parle. Dans la commune de Bénonces (l’Ain), une zone blanche, la société a été contrainte de démonter le seul pylône doté d’antennes 3G et 4G après une décision de justice en faveur de Valocîme prononcée en février dernier. « Avec la mairie, nous avons trouvé rapidement un autre site sur lequel nous avons héliporté un nouveau pylône le 18 avril, à nos frais, afin d’éviter une coupure du réseau sur la commune », ajoute-t-il. Coût de l’opération : 300 000 euros. Si ce genre de péripétie devait se multiplier sur le territoire, cela coûterait très cher à Cellnex. Le projet de loi simplification devrait mettre fin à ce genre de mésaventure. Il devrait être débattu au Sénat d’ici à juin avant d’arriver à l’Assemblée nationale.