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Santé

La déconfiture du groupe AVEC s’accélère, 12 000 salariés inquiets

De nouvelles structures du réseau d’établissements de soins de Bernard Bensaid se retrouvent devant les tribunaux. Parmi elles, l’AMAPA qui emploie 3 500 personnes et œuvre dans l’aide à domicile.

Manifestation en 2023 devant le Groupe Hospitalier Mutualiste (GHM) de Grenoble, géré par le Groupe Avec.
Manifestation en 2023 devant le Groupe Hospitalier Mutualiste (GHM) de Grenoble, géré par le Groupe Avec. BENOIT PAVAN / Hans Lucas via AFP

Le groupe AVEC, constitué et présidé par l’omniprésent Bernard Bensaid, n’en finit plus de s’enliser. Depuis le début de l’année, un bon nombre des entités formant cet ensemble de 400 établissements dans la santé, les soins à domicile et les Ehpad - 12 000 salariés au total - ont été mises en redress...

Le Comité social et économique de l’AMAPA a informé les effectifs de l’entité dès dimanche soir par email. « Cette annonce s’inscrit dans un contexte où depuis des mois notre association connaît de graves difficultés financières et de fonctionnement tout comme le reste du « groupe » AVEC dont plusieurs entités ont déjà été placées en Redressement Judiciaire ou en Liquidation Judiciaire ». Les collaborateurs ont depuis été informés de la probable intervention de l’AGS (l’agence de garantie des salaires), comme pour signifier que la mise en règlement judiciaire ne fait plus de doutes.

Il y a plusieurs mois déjà, le commissaire aux comptes de l’AMAPA avait lancé différentes alertes qui auraient dû amener la structure au tribunal, selon le même timing que de nombreuses autres du groupe AVEC dont il certifie aussi les comptes. Mais pour l’AMAPA, Bernard Bensaid avait demandé et obtenu une procédure de conciliation, censée permettre un accord amiable avec les créanciers. La requête, lancée le 1er février selon un document que s’est procuré L’Informé, a retardé l’échéance de quelques mois. Afin de donner du temps au conciliateur pour trouver un accord, le processus judiciaire a été suspendu, l’AMAPA s’autorisant même à postuler à la reprise de Médicharme !

Le conciliateur ayant échoué, la justice reprend son cours, et l’association mosellane rejoint le cortège des entités du groupe en procédure. « Entre l’AMAPA et les autres structures déjà mise en règlement judiciaire qui reviennent au tribunal, il y aura de nombreuses audiences la première semaine de juillet », prévient Valérie Lambert, déléguée syndicale CGT. La situation de l’AMAPA est préoccupante, avec 3,8 millions de pertes en 2022. Fin 2023, elle avait réduit ses dettes de 56 à 38 millions d’euros (dont 24 de dettes fiscales et sociales) et disposait de presque 36 millions d’actifs réalisables… Mais sur ce total, 23 millions sont des créances intra-groupe. Les observateurs s’interrogent sur la réelle valeur de ces dernières dans un ensemble où s’enchevêtrent les flux financiers et où les mises en redressement judiciaire s’accumulent.

Comment ce nouveau dossier va-t-il être traité alors que ce « groupe » AVEC est constitué de centaines de structures non lucratives, relevant des TGI, et de sociétés commerciales relevant des Tribunaux de commerce ? Dans un courrier du 8 janvier 2024 que nous avons pu consulter, Bernard Bensaid répondait ainsi aux alertes émises par le commissaire aux comptes Gad Hazout : « Je tiens à vous rappeler, comme cela a déjà été fait à de nombreuses reprises, que le Groupe AVEC ne contrôle pas l’AMAPA. En effet, l’AMAPA est une association de droit mosellan à but non lucratif et son conseil d’administration est indépendant du groupe AVEC, qui ne détient que 40% des droits de vote de cette association ». Contacté par L’Informé, Bernard Bensaid dit pourtant aujourd’hui contrôler l’AMAPA.

Selon lui, « pour la bonne administration de la justice », le dossier AMAPA doit être traité à Metz, DG HELP aussi, car les deux entités sont très liées. Mais elles sont aussi imbriquées dans l’ensemble, estime Valérie Lambert, qui explique : « Je suis invitée à l’Assemblée générale de l’AMAPA en tant que représentante des salariés, et je ne vois comme membres du conseil d’administration que Bernard Bensaid, son épouse Frédérique Bensaid et leur fils Jacob Bensaid. Le secrétaire de séance est Emmanuel de Tournay, directeur juridique du groupe et salarié d’AVEC, autant que je sache ». Les liens, rarement capitalistiques sont plutôt dus à la communauté des administrateurs, Bernard Bensaid présidant souvent les conseils d’administrations où la majorité des administrateurs sont sa conjointe, ses enfants, ses plus fidèles collaborateurs ou d’autres entités du groupe qu’il préside… Si Bernard Bensaid convient que le traitement par la justice « ne va pas être très simple », il se déclare « très confiant » sur les procédures : « Le Groupe a souhaité obtenir la protection des tribunaux face aux difficultés structurelles du secteur de la santé et du secteur médico-social ».