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Santé

Androcur : Bayer sera bien jugé pour son médicament

Malgré tous les recours du géant allemand de la chimie, un premier procès s’ouvrira l’année prochaine. Au total, une centaine de patients s’estiment victimes de son médicament Androcur et demandent réparation.

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ALAIN DELPEY / Hans Lucas via AFP

Dès 2008, l’alerte avait été donnée par le professeur Sébastien Froelich : ce neurochirurgien suspectait un lien entre l’absorption d’Androcur et l’apparition de méningiomes, une tumeur le plus souvent bénigne qui peut toutefois devenir handicapante. Mais ce sera seulement en 2023 que se tiendra le ...

Il concernera seulement le cas d’une unique patiente, traitée par l’Androcur sur prescription médicale de 1993 à 2008 puis à nouveau en 2013. Véronique Dujardin, conservatrice du patrimoine à la Région Poitou-Charentes, s’était vue diagnostiquer en juin 2013 plusieurs méningiomes à la suite de violents maux de tête et de perte d’acuité visuelle. De l’opération chirurgicale qui en a résulté, elle subit encore aujourd’hui d’importantes séquelles.

Elle a saisi la justice en 2019 afin d’obtenir la désignation d’un expert médical pour établir le lien entre l’absorption d’Androcur et sa maladie, et ensuite être indemnisée. Le Tribunal judiciaire de Poitiers a fait droit à sa demande mais Bayer a obtenu la désignation non pas d’un mais de trois experts, renchérissant ainsi le coût de la procédure pour la plaignante, tout en faisant appel. Après avoir perdu en appel le 16 juin 2020, le laboratoire s’est pourvu en cassation, mais la plus haute instance judiciaire a également rejeté son recours. Le rapport d’expertise, rendu le 15 avril 2021 et que L’Informé a pu consulter, reconnaît la relation de causalité entre la prise du médicament par Véronique Dujardin et l’apparition de ses méningiomes. Elle est décrite comme directe et « hautement probable, sans lien qui permettrait de l’associer à une autre cause connue ». À la suite, Véronique Dujardin a déposé une assignation pour défaut d’information contre Bayer et sa division santé Bayer Healthcare le 3 juin 2022 au Tribunal judiciaire de Poitiers.

« Les courriers obtenus lors de l’expertise judiciaire montrent que, dès 2006, Bayer connaissait le lien de causalité entre l’apparition de méningiomes et la prise prolongée d’Androcur et en informait l’ANSM, avance Romain Sintès, l’avocat de Véronique Dujardin. Pourtant, ce n’est qu’en 2018 que les autorités de santé décident de communiquer à large échelle en direction des médecins comme des patients pour les alerter sur le risque de développement de ces tumeurs après une prise sur longue période » d’acétate de cyprotérone, le principe actif de l’Androcur. Un numéro vert et des protocoles de suivi des personnes sous traitement, comprenant au moins une IRM annuelle, avaient été mis en place. Précédemment, le médicament avait seulement fait l’objet d’une « surveillance particulière » au niveau européen à partir de 2009, suite à un signalement émis par les autorités françaises. Elle avait conduit Bayer à modifier en 2011 la notice de son médicament, faisant figurer les risques d’apparition de méningiome. Sans plus de publicité.

Cette assignation au civil pour « défaut d’information » sera la première des nombreuses actions judiciaires engagées à aboutir à un procès. Également visée pour les mêmes motifs, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) sera aussi assignée prochainement devant le tribunal administratif. « Deux autres cas d’anciennes patientes traitées à l’Androcur ont une expertise judiciaire en cours et une dizaine est en attente d’une ordonnance d’expertise », précise Romain Sintès qui a obtenu en 2020 la condamnation du laboratoire Merck dans l’affaire du Levothyrox. Du côté de l’Amavea, l’association de soutien aux victimes de méningiomes liés à un progestatif comme Androcur, une centaine d’assignations ont été déposées. Mais seulement une dizaine d’expertises ont débouché aujourd’hui sur un rapport définitif.

Une étude épidémiologique menée en 2018 par la Caisse nationale d’assurance maladie avait estimé à 254 000 le nombre de personnes exposées à l’Androcur. Elle concluait à un risque de développer un méningiome multiplié par sept après six mois de traitement, et par vingt pour cinq ans de prise régulière. En octobre 2019, la base de données de pharmacovigilance rapportait 637 cas de méningiomes attribuables à une exposition prolongée à l’acétate de cyprotérone. Contacté, le cabinet parisien de Simmons & Simmons, conseil de Bayer, n’a pas souhaité commenter.