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Continuer la lectureVSD : la brouille entre Georges Ghosn et Prisma s’envenime
Le patron de presse qui avait racheté le magazine en 2018 à l’éditeur l’accuse aujourd’hui d’avoir « tout fait pour le couler ».
« Cela reste une victoire pour moi. » En ce début d’été, Georges Ghosn veut afficher un visage satisfait, mais sa bataille face au géant de la presse Prisma Media vient de sérieusement se compliquer. Après avoir racheté le magazine VSD à l’éditeur en 2018, l’homme d’affaires accuse depuis plusieurs années le groupe d’être en partie responsable des déboires financiers du titre. Mais la justice vient de lui donner tort. À un bémol près : la filiale de Vivendi est condamnée à payer 120 000 euros pour n’avoir pas transmis certains documents prévus dans le contrat de cession. Georges Ghosn indique à l’Informé qu’il ne compte cependant pas en rester là et qu’il fera appel afin d’obtenir une victoire beaucoup plus nette.
Propriété de Prisma Media depuis 1996, le magazine d’actualité et de loisirs VSD est en perte de vitesse depuis de nombreuses années lorsque Georges Ghosn en fait l’acquisition pour un euro symbolique. Prisma s’engage alors à reprendre certaines dettes du journal et à payer une partie des frais de licenciements des salariés. Mais selon Georges Ghosn, la société filiale de l’allemand Bertelsmann à l’époque n’a pas fourni toutes les informations en sa possession au moment des négociations. Et c’est ce qui expliquerait en partie la dégringolade du titre par la suite, placé en redressement judiciaire en 2019, un an seulement après sa reprise.
« Au lieu de nous aider, ils ont tout fait pour nous couler, affirme l’ancien patron de presse. Ils ont dissimulé des factures, sous-estimé le nombre de clauses de cession, ne nous ont pas transmis des éléments d’actifs… Ils ne voulaient pas que quelqu’un réussisse là où eux ont échoué. » Georges Ghosn a saisi le tribunal de commerce, avec le liquidateur judiciaire de VSD, estimant que Prisma Media, Bertelsmann et Rolf Heinz n’ont pas respecté leur obligation précontractuelle de bonne foi et d’information, ont commis des fautes de gestion et ont violé des clauses du contrat de cession. Il demandait 3,4 millions d’euros de dommages et intérêts ainsi que 700 000 euros au titre des préjudices moral et financier résultant des manquements contractuels. Le liquidateur Fides réclamait quant à lui près de 3,3 millions d’euros.
Le 28 juin, le tribunal de commerce de Paris a rejeté les arguments de Georges Ghosn concernant les informations transmises en amont de la cession. Selon le juge, l’ancien patron de presse avait, « dès le 7 juillet 2017, tous les éléments pour juger de la situation réelle de VSD », il est le seul responsable de la situation du titre suite à son rachat. La juridiction estime que Prisma Media ne pouvait pas être considéré comme dirigeant de VSD, et qu’elle n’est donc pas susceptible d’avoir commis de faute de gestion. Mais le tribunal reconnaît que Prisma a violé une partie du contrat de cession qu’elle avait conclu avec Georges Ghosn : contrairement à ce qu’il avait été convenu, le groupe n’a pas transmis au nouvel acquéreur les fichiers PDF des numéros print de VSD qu’elle détenait. C’est pour cette raison que l’entreprise a été condamnée à verser 100 000 euros au liquidateur judiciaire, auxquels s’ajoutent 20 000 euros de frais de justice.
« C’est une victoire pour VSD, se félicite Me Jonathan Bellaiche, avocat de Georges Ghosn et du liquidateur de VSD. Une première étape incontestable franchie, dans un dossier où l’on affronte un géant, Prisma Media, face auquel il n’est pas simple de sortir victorieux. » L’avocat précise que VSD ne compte pas faire appel à ce stade. S’il se réjouit que Prisma ait été condamné à payer 120 000 euros, Georges Ghosn envisage quant à lui d’aller plus loin : « Le tribunal n’a pas reconnu l’implication de Bertelsmann, alors que le conseil d’administration de l’entreprise s’était pourtant réuni pour autoriser la cession et valider les comptes, explique l’homme d’affaires. Donc ils étaient au courant. Je veux réinsister sur ce point, ainsi que sur les factures antérieures à 2016 qui n’avaient pas été payées et dont aurait dû s’acquitter Prisma. » La filiale de Vivendi n’a pas souhaité faire de commentaires sur la décision rendue.
Placé en liquidation judiciaire en mars 2023, VSD a depuis été cédé à Heroes Media, petit groupe de presse clermontois détenu à 75 % par Philippe Abreu et à 25 % par l’imprimeur Riccobono. Georges Ghosn, qui avait lui aussi fait une proposition de reprise, déclarait à L’Informé en avril 2023 qu’il ferait appel de cette décision. Il explique aujourd’hui y avoir renoncé. « J’ai lutté pendant cinq ans pour continuer à faire vivre le titre. Le prix du papier, les gilets jaunes, le Covid, la guerre en Ukraine… À chaque fois, on a réussi à sortir de l’enfer. Aujourd’hui, VSD ne m’appartient plus, mais le magazine est toujours là. Donc j’estime que j’ai réussi mon coup. »