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Continuer la lectureNicolas Conquer, le pro-Trump qui refuse d’être étiqueté de droite
Le porte-parole en France du parti du président américain attaque l’Arcom qui l’a classé comme personnalité politique. Il rêve d’une « class action » contre l’Autorité.
Aux États-Unis, Donald Trump passe aujourd’hui le cap des 100 jours de son deuxième mandat à la tête du pays. Une étape symbolique pour le président américain, qui accuse une sévère chute de popularité. Selon les sondages publiés à cette occasion, la majorité de la population est en désaccord avec la...
Pour cause : ses prises de position lui ont valu d’être considéré, depuis quelques mois, comme une personnalité politique de droite par l’Arcom, et donc de voir son temps de parole décompté comme tel. Ce qui oblige les émissions à jongler entre les différents intervenants pour compenser ses interventions, les chaînes étant tenues de représenter équitablement tous les courants politiques et respecter la pluralité des débats. Une épine dans le pied de Nicolas Conquer, qui assure à l’Informé que ses invitations en plateaux se font plus rares : « J’ai toujours quelques sollicitations, mais les programmateurs sont embêtés et me font intervenir sur des formats plus réduits ». Pour faire sauter cette étiquette pénalisante, le trumpiste revendiqué a attaqué la décision de l’Arcom devant le Conseil d’État. Sans succès pour l’instant : selon nos informations, la juridiction vient en effet de rejeter son recours en référé, sans statuer sur le fond.
Avant de s’en remettre à la justice, Nicolas Conquer avait tenté un recours gracieux auprès du gendarme de l’audiovisuel, un « cri du cœur », selon lui, qui s’est heurté à un refus. Il faut dire qu’au-delà de ses missions de porte-drapeaux du parti de Donald Trump, le parcours politique du jeune homme à la moustache toujours bien taillée a pris une tournure plus concrète dans l’Hexagone en juin 2024, quand il s’est présenté aux élections législatives sous la barrière LR-RN. Alors en quête de candidats, Éric Ciotti lui avait proposé une investiture dans la Manche, où il a passé le premier tour avant d’être finalement battu par la candidate socialiste. Aujourd’hui, l’ex-aspirant au siège de député assure que son classement dans la catégorie « divers droite » est « erroné » : « Ça fait cinq ans que j’interviens dans les médias uniquement sur la politique internationale, et non sur le débat politique français, sauf une brève parenthèse électorale aujourd’hui close ». Il assure n’être « affilié à aucun parti politique français », ni « candidat à aucune élection ».
Mais selon les informations de nos confrères de Ouest-France, Nicolas Conquer aurait des vues sur la mairie de Cherbourg-en-Cotentin aux prochaines municipales de 2026, où il aurait récemment acquis une propriété pour donner du poids à sa candidature. Une information que Nicolas Conquer dément auprès de l’Informé, et qu’il qualifie de « fake news ». « Je ne vise pas les municipales, je ne brigue pas de mandat », assure-t-il à l’Informé. Il y a un mois et demi, dans une interview donnée au journal de l’Ouest le 13 mars, le même se disait pourtant toujours « déterminé » pour la mairie de Cherbourg, assurant travailler avec les instances des partis UDR et RN pour « choisir le bon moment », même s’il niait l’achat d’une résidence dans la région. Quoi qu’il en soit, même les personnalités qui ne sont ni élues, ni candidates ou membres d’un parti peuvent être étiquetées par l’Arcom, dès lors qu’elles participent activement au débat politique national.
Une première défaite contre l’Arcom
Mais Nicolas Conquer reste bien décidé à faire tomber cette qualification. Et pour cause, il a plaidé devant le Conseil d’État que celle-ci avait pour conséquence de le « priver de ses revenus », notamment en ayant pour effet de « réduire la fréquence de ses interventions dans les programmes » de chaînes plus réticentes à l’inviter. Celui qui a créé son cabinet de conseil, Esprit Bivouac, assure aussi que la décision de l’Arcom a « conduit son éditeur à repousser la publication d’un ouvrage », « faute de pouvoir en assurer la promotion ». Il décrit ce livre qui, à ses dires, aurait comme titre « Vers un Trump français ? », comme une « ode à l’amitié franco-américaine », qui proposerait de « s’inspirer des succès de Donald Trump » en Europe. Un manuscrit selon lui terminé, mais dont la sortie serait « toujours en discussion ».
Ces arguments ont toutefois été écartés une première fois par le Conseil d’État, qui juge que « les décisions de l’Arcom ne lui interdisent pas, par elles-mêmes, l’accès aux plateaux des chaînes de télévision, qui n’ont au demeurant pas cessé de l’inviter ». Bien qu’il ait perdu ce premier round, le porte-parole de Trump poursuit ses recours devant la plus haute juridiction administrative. Au-delà de son cas personnel, il assure même s’être lancé dans une « lutte » plus générale pour remettre en cause l’autorité de l’Arcom : « Ce système d’étiquette est absurde et porte une atteinte excessive à la liberté d’expression. » Il assure avoir déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) et rêve même d’une « class action » à l’américaine, qui réunirait tous ceux qui se sentent « lésés » par le décompte du temps de parole.
Le pro-Trump est en effet loin d’être le seul à être catégorisé comme « personnalité politique », de droite comme de gauche, et à l’avoir contesté en justice. Philippe de Villiers, qui avait soutenu la candidature d’Éric Zemmour à la présidentielle en 2021, voit par exemple son temps de parole être compté comme une personnalité de droite, depuis mars 2024. Son recours contre cette décision est toujours en cours, et CNews a tout de même décidé de maintenir l’émission d’une heure Face à de Villiers, où il est chroniqueur chaque semaine. Fin 2023, l’Informé avait aussi révélé qu’un autre habitué de la chaîne info, Jean Messiha, avait perdu sa procédure en référé - toujours en cours sur le fond - après sa classification comme personnalité politique de « droite ». Son avocat jurait alors qu’il ne faisait « plus partie de rien ». Depuis, il s’est présenté sur la liste Reconquête aux élections européennes en juin 2024.