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Médias - Culture

Mister Boo perd son dernier combat contre Fort Boyard

À l’écran de 2013 à 2019, le bodybuilder contestait la rupture de son contrat avec Adventure Line Productions et demandait 50 000 euros d’indemnités.

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LEROY FRANCIS / HEMIS.FR / Hemis via AFP

Les pièces d’or ne tomberont finalement pas pour Mister Boo. Durant sept ans, Cyril André-Chassagnon a incarné ce personnage tout en muscles de l’émission Fort Boyard. Avant d’être éconduit par la société de production du programme, Adventure Line Productions (ALP). Prêt au combat (forcément), le cat...

Bodybuilder professionnel, Cyril André-Chassagnon est repéré en 2013 par ALP, après avoir participé à un numéro de « Tellement vrai » et un prime des « Anges de la Téléréalité ». Il est recruté pour incarner un nouveau personnage, Mister Boo, qui affronte les candidats dans des épreuves de lutte. Combats dans la boue, duels de force… l’aventure durera 7 saisons et prendra fin en 2020. Le 14 mai, il annonce dans les colonnes de TV Magazine qu’il quitte l’émission : « J’ai plusieurs projets : ma maison est en construction et j’envisage d’ouvrir ma salle de sport dans un an. Il m’est impossible de tout concilier. »

Un départ qui survient 8 mois après sa condamnation à un an de prison avec sursis et cinq ans de mise à l’épreuve pour commerce illicite de substances psychotropes et exercice illégal de la profession de pharmacien. Il était poursuivi pour avoir vendu, avant son arrivée dans Fort Boyard, des produits venus de Grèce et de Slovaquie, dont des stéroïdes anabolisants, à une trentaine de sportifs. Interrogé par TV Magazine sur un potentiel lien entre son départ et ses « soucis judiciaires », le culturiste assure alors qu’il songeait déjà à partir et qu’il n’y avait « jamais eu de tension » avec la production : « Depuis ma condamnation, j’ai eu plusieurs fois la production au téléphone et on s’est toujours bien entendu. Ils ont bien compris que cette affaire n’avait rien à avoir [sic] avec ma participation à « Fort Boyard » et ont accepté ma décision d’arrêter après sept ans. » Mais deux mois plus tard, le ton change et les échanges se font désormais entre avocats : le 3 juillet, le conseil du bodybuilder contacte ALP pour trouver une solution amiable et demande 100 000 euros de dommages et intérêts. Adventure Line Productions refuse, le bodybuilder saisit les prud’hommes.

Il réclame la requalification de ses CDDU en CDI, ainsi que le paiement d’heures de nuit et des indemnités pour licenciement abusif. Le 8 juillet 2021, la juridiction prud’homale a seulement accepté cette dernière demande et considéré que l’employeur n’avait pas respecté son obligation d’informer le salarié de son droit à la reconduction de son contrat pour l’année 2020. ALP est condamné à verser 18 927 euros à son ancien employé pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Mais la société de production audiovisuelle et l’interprète de Mister Boo font appel. Devant la cour, ce dernier fait valoir sa « préparation physique extrêmement éprouvante qui nécessitait, pour apparaître dans l’émission sous une forme particulièrement musclée, un entraînement journalier important de 2 heures pendant les 6 mois qui précédaient l’enregistrement de l’émission et des restrictions alimentaires imposant un régime très particulier ». Ce qui justifie, selon lui, la requalification de ses CDDU en CDI. Il assure également avoir effectué des heures de nuit qui ne figurent pas intégralement sur ses bulletins de paie.

Adventure Line Productions réfute et produit les horaires de rotation des navettes qui faisaient les trajets jusqu’au Fort. « Nous avions le listing des personnes qui avaient quitté le fort avec leurs horaires de départ précis, ce qui permet de calculer les heures de nuit effectuées, indique Me Stéphanie Dumas, avocate d’ALP. Et M. André-Chassagnon a bien été rémunéré en fonction de ces heures. » La société soutient que la demande d’indemnités pour licenciement abusif est prescrite, puisqu’elle a été faite plus d’un an après la fin de son dernier CDDU.

Le 12 janvier 2023, la cour d’appel de Poitiers rejette toutes les demandes du sportif. Elle constate qu’aucun élément ne permet d’établir que l’employeur imposait une préparation physique au salarié et que « compte tenu de ses diverses activités [commerçant, coach sportif, culturiste, animateur de salons et d’expositions], il ne pouvait pas se tenir à la disposition de son employeur comme il le prétend pendant les six mois précédant ses prestations ». Elle rappelle que le maintien d’un personnage dans l’émission n’est jamais acquis, car étroitement lié à l’audience et aux affinités des téléspectateurs. Son contrat de travail ne comportait d’ailleurs aucune clause de reconduction, et précisait même que « le Producteur ne prend aucun engagement auprès de l’Artiste de lui confier une nouvelle mission en cas de production d’une saison suivante du Programme ». Cyril André-Chassagnon est débouté et doit reverser à la société les sommes qu’il a perçues en première instance.

Coriace, le lutteur saisit la cour de cassation… mais celle-ci vient de rejeter son pourvoi le 18 septembre, ses arguments n’étant pas de nature à entraîner la cassation. « Nous restons sur notre faim, c’est décevant, regrette Me Emmanuel Ludot, l’avocat de Cyril André-Chassagnon. Nous aurions aimé avoir une décision de principe dans cette affaire. La question du contrat et du lien de subordination qui lie les employés de ces émissions à une société de production est un enjeu important, qui risque de refaire surface dans les années à venir. » Malgré ce litige avec ALP, le bodybuilder n’en a pas fini avec son personnage de Fort Boyard : depuis 2014, il gère une boutique et un site internet de compléments alimentaires, vêtements et matériel de sport, « Compléments et Protéines by Mister Boo », ainsi qu’une salle de sport depuis l’année dernière, « L’Excellence Club by Mister Boo ».