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Médias - Culture

Marianne : les candidats au rachat veulent en savoir plus sur la santé du magazine

Dans une lettre du 8 janvier adressée au propriétaire CMI France, Jean-Claude Delgènes et ses associés confirment leur intérêt pour le titre. Ils sont rejoints par deux nouveaux entrepreneurs.

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JOEL SAGET / AFP

La nomination d’une nouvelle directrice de la rédaction au magazine Marianne, en la personne de Ève Szeftel jusqu’ici journaliste à Libération, n’a pas entamé la détermination de Jean-Claude Delgènes et ses alliés. Candidat surprise à la reprise de l’hebdomadaire, le fondateur du cabinet d’expertise Technologia et le pool d’investisseurs qui l’accompagne ont renouvelé leur souhait de racheter le titre dans une lettre du 8 janvier adressée à Denis Olivennes, directeur général de CMI France, propriétaire de l’hebdomadaire. Dans ce courrier consulté par l’Informé, les possibles acquéreurs estiment « être en mesure de garantir la pérennité économique de Marianne, la préservation de son indépendance éditoriale et la sanctuarisation de sa ligne éditoriale ».

Pour l’instant, ce groupement n’a pas formulé d’offre financière. Il souhaite avant cela rencontrer les salariés d’ici la fin du mois pour leur présenter leur projet. Il réclame aussi des données supplémentaires comme l’accès aux comptes 2024, le nombre d’abonnés, la liste des annonceurs, les articles ayant réalisé le plus d’audience… Une demande que CMI est prête à accepter selon nos informations. Dans son projet lancé en décembre, Jean-Claude Delgènes est accompagné de Youssef Achour, président de la coopérative UpCoop (tickets-restaurant UpDéjeuner, chèque emploi service universel…), Jacques Landriot (président d’honneur de UpCoop et président de la Confédération générale des Scop et des Scic), et de l’informaticien Mathieu Pouydesseau. Deux nouvelles personnalités les ont rejoints plus récemment : l’entrepreneur Maxime Verner, fondateur du cabinet de conseils MegaTrends, et Mamadou Sy, vice-président Insights et data chez Capgemini. « Notre projet est financé et en cours de finalisation juridique, explique à l’Informé Jean-Claude Delgènes. Nous avons proposé à M. Olivennes de le rencontrer pour le lui présenter, et sommes donc surpris de découvrir des annonces (de nominations ndlr) dans la presse ».

Mercredi devant les salariés, Denis Olivennes s’est dit prêt « à étudier cette offre de reprise si une lettre d’intention lui était soumise et qu’elle était financièrement intéressante ». Désabusés, certains ne croient plus vraiment à un ultime rachat : « Pour moi, CMI a fait une croix sur cette nouvelle offre », juge un journaliste. D’autres sont plus optimistes : « Ça nous paraît plutôt bien de l’extérieur, l’idée d’être adossé à des acteurs institutionnels nous permettrait de développer nos sources de revenu via des partenariats, des conférences ».

Le temps presse car le propriétaire a d’ores et déjà lancé une transformation profonde du titre. Denis Olivennes a expliqué à la rédaction ne plus voir d’espace pour un news mag traditionnel face à une profusion d’informations. Son projet est donc de changer la ligne éditoriale en développant le débat d’idées et d’opinions, au détriment de l’actualité. Ce virage aura un impact sur la pagination, qui doit encore être réduite à une trentaine de pages, après avoir déjà été ramenée de 88 à 48 pages l’an dernier, selon le Monde. Mais il touchera aussi le site web, qui, selon le bras droit de Daniel Kretinsky, n’aura jamais les moyens de rivaliser avec les sites d’information.

Surtout, ce nouveau Marianne nécessitera moins de plumes, d’où l’ouverture d’une clause de conscience. Ce dispositif permet aux journalistes qui le souhaitent de partir avec des indemnités d’un mois de salaire par année de présence, et donc avantage forcément les plus anciens. Pour inciter les plus jeunes éléments de la rédaction à s’en aller tout de même, et vite, le groupe de Daniel Kretinsky a tout prévu : une bonification dégressive en leur faveur est ainsi proposée jusqu’au 8 février. Passé cette date et jusqu’au 8 mars, le bonus est divisé par deux. Au-delà, cet abondement sera supprimé.

Autrement dit, tout repreneur se retrouvera donc face à un titre très différent et une rédaction amputée. Tandis que les rédacteurs doivent prendre une décision très vite sans forcément savoir qui sera demain aux manettes de Marianne. Face à ce casse-tête, le CSE a d’ores et déjà demandé à l’état-major d’étendre la bonification maximale jusqu’à fin février.

Ce problème de calendrier avait été soulevé par les salariés dès le 19 décembre dans un communiqué : « il nous paraît tout naturel, dans l’intérêt de tous, que ce projet [de rachat] soit examiné avant d’entamer toute modification drastique ». Mais la direction n’a, pour l’heure, pas changé de cap. Elle rappelle que le news magazine perd toujours 50 000 euros par semaine, après avoir accusé un déficit de 3 millions d’euros en 2023.

L’empressement de CMI France à clore ce dossier s’explique peut-être aussi par le lancement de sa nouvelle chaîne nationale ReelsTV prévu le 1er mars. Le groupe tchèque n’a guère envie de voir les lumières se braquer sur la rédaction de Marianne au moment où tout le monde scrutera les premiers pas du nouvel arrivant du Paf.

Ces derniers mois, l’hebdomadaire a déjà connu de nombreux rebondissements. Coup sur coup, les entrepreneurs Pierre-Édouard Stérin et Jean-Martial Lefranc ont échoué à reprendre le news magazine. La rédaction avait initialement approuvé les discussions avec ces candidats, avant de rejeter leur offre. Finalement, le propriétaire a dit renoncer à la vente en décembre et a refondu l’état-major dans la foulée. Frédéric Taddeï, un journaliste décrié pour ses collaborations avec la chaîne russe RT France de 2018 à 2022, puis CNews en 2023, a été nommé directeur de la publication. Puis, Natacha Polony a donc été remplacée à la direction de la rédaction par Ève Szeftel, une proche de Denis Olivennes, journaliste à Libération et autrice d’un livre sur la collusion à Bobigny entre islamistes, voyous du gang des barbares, et élus UDI.