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Continuer la lectureLa reine des paparazzi Mimi Marchand rattrapée pour ses vieilles dettes
La justice a condamné la patronne de Bestimage à rembourser 600 000 euros que lui avait prêtés son ami, l’homme d’affaires Jean-François Gobertier. Si elle ne le fait pas, cette créance pourrait retomber sur le nouveau propriétaire de l’agence photo, Nice-Matin, propriété de Xavier Niel.
Nul paparazzi n’a pris de cliché de ce combat juridique. L’affaire implique pourtant la reine de la presse people, Michèle (dite « Mimi ») Marchand, réputée proche du couple Macron, le milliardaire Xavier Niel (actionnaire de l’Informé) et l’homme d’affaires Jean-François Gobertier. À la tête d’une fortune évaluée à 575 millions d’euros par Challenges, cet entrepreneur s’est fait connaître dans la gestion de maisons de retraite et l’hôtellerie et aurait sympathisé avec la papesse des paparazzades. À tel point qu’en 2018, il a prêté 600 000 euros à sa société Chouet’Press, propriétaire de l’agence photo Bestimage, officiellement pour « assurer son développement ». En contrepartie, cette dernière a signé un contrat promettant un remboursement en 2019, avec 5 % d’intérêt par an. Mais cinq ans plus tard, l’ardoise n’est toujours pas effacée… et devient maintenant le problème de Xavier Niel, propriétaire de l’agence Bestimage depuis que son quotidien Nice-Matin l’a rachetée en juin dernier.
Voilà pourtant des années que Gobertier essaye d’obtenir gain de cause. Dès 2020, il adresse une mise en demeure pour se faire payer. Deux ans plus tard, l’agence de Mimi Marchand commence finalement à verser chaque mois 10 000 euros, en décidant elle-même du calendrier de remboursement… mais stoppe les virements mi 2023, après avoir réglé 155 000 euros seulement. Poussé dans ses retranchements l’homme d’affaires décide de saisir en référé le tribunal de commerce de Paris en avril 2024. L’agence photo réclame alors deux ans de plus pour solder son passif. Sans succès : en octobre dernier, le juge estime que la société doit payer, en une fois, les 618 750 euros encore dus, avec les intérêts de retard, et rejette le délai demandé par l’agence. La raison ? Mimi Marchand n’a pas fourni les derniers comptes de sa société aux juges consulaires, qui voulaient jauger sa solidité financière pour accorder ce rab de temps.
Mais la septuagénaire ne désarme pas et demande à la cour d’appel de suspendre l’application du jugement, prétendant que le paiement « entraînerait des conséquences manifestement excessives ». En vain, une nouvelle fois. Dans un arrêt rendu début février, le magistrat vient de déplorer qu’aucun versement n’a toujours été effectué, alors que l’agence appartient désormais à un groupe solide, Nice-Matin, et exige que le jugement soit appliqué. Interrogé, l’avocat de Jean-François Gobertier renchérit : « Bestimage essaie purement et simplement de détourner 600 000 euros qui lui ont été avancés par amitié, indique maître Arnaud de Senilhes. Ils ont 5 ans de retard sur le remboursement… alors qu’ils sont aujourd’hui la propriété d’un milliardaire ! Je précise que Nice-Matin et son actionnaire étaient parfaitement au courant de la dette avant leur acquisition. » L’avocat a même décidé d’utiliser le dispositif qui permet à un créancier non payé de demander au tribunal de commerce la liquidation judiciaire de la société.
Créée dans les années 1970, Bestimage est aujourd’hui installée au-dessus des locaux de la salle Pleyel, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, propriété du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière. Une vieille connaissance de Mimi Marchand, qui fut actionnaire du site PurePeople aux côtés de Webedia, groupe racheté en 2013 par son groupe Fimalac. Son agence s’est bâtie une solide réputation dans les photos people et possède un catalogue de 12 millions de clichés. Mais depuis 2020, les difficultés se sont accumulées. La faute à la crise de la presse. Les journaux proposent des prix de plus en plus bas pour les photos, et préfèrent s’abonner à des banques d’images moins coûteuses à mesure que leur diffusion baisse. Les revenus sont passés de 6,1 à un peu moins de 5 millions d’euros depuis 2017. Le résultat est tombé dans le rouge en 2023, avec une perte de 442 569 euros. Parallèlement, l’endettement s’est alourdi, pour atteindre fin 2023 4,3 millions d’euros, dont 2,3 millions d’euros de dettes fiscales et sociales. En particulier, l’Urssaf, a inscrit plus de 870 000 euros de dettes au registre des privilèges, la dernière datant de novembre 2024. Un échéancier sur 18 mois vient d’être mis en place pour solder ces 2,3 millions d’euros. En face, la société détient des créances pour 2,25 millions d’euros à fin 2023. En les récupérant, elle compte s’acquitter de ses dettes, y compris celle due à Jean-François Gobertier. Sinon, les ardoises pourraient être réglées par l’actionnaire, à savoir Nice Matin. Ou bien Bestimage pourrait être liquidée. Dans un tel cas, ses actifs seraient vendus au plus offrant, et le produit de ces cessions partagé entre les différents débiteurs.
Selon Mediapart, l’agence a aussi été boycottée par plusieurs banques en raison des mises en examen de sa sulfureuse dirigeante. À 77 ans, la papesse de la presse people se retrouve, de fait, au milieu de plusieurs affaires. Elle a été mise en examen pour « subornation de témoin » et « association de malfaiteurs » dans l’enquête sur la vraie fausse rétractation de Ziad Takieddine concernant ses accusations de financement libyen de la campagne présidentielle française de Nicolas Sarkozy en 2007. Elle a aussi été renvoyée devant le tribunal pour avoir tenté d’extorquer de l’argent à l’animatrice de M6, Karine Le Marchand, pour empêcher la publication de photos de sa fille mineure à la sortie d’un commissariat. Le jugement est attendu le 26 mai prochain selon Libération.
Face à ces difficultés, Bestimage a été vendu en juin dernier pour un euro symbolique à Nice-Matin, selon Stratégies. Puis elle a été placée sous la direction du journaliste Thierry Moreau en septembre dernier. Lors du rachat, il était indiqué que Mimi Marchand passerait la main « à terme », mais à cette heure, elle est toujours « directrice opérationnelle », avec un mandat social de directrice générale. Contactés, Bestimage, Nice-Matin et l’entourage de Xavier Niel n’ont pas souhaité faire de commentaire.
Des licenciements chez Bestimage
Cinq salariés dont trois journalistes photo et un rédacteur en chef adjoint viennent de quitter l’agence de Mimi Marchand, qui comptait encore 18 employés récemment. Ces départs se sont faits sur la base du volontariat, sous la forme de licenciement économique, avec l’espoir de redresser les comptes de la structure. « Cette décision aurait dû être prise plus tôt mais la société n’avait pas la trésorerie nécessaire jusqu’à présent », indique un connaisseur du dossier. À noter que les journalistes n’ont pas eu le droit d’exercer la clause de cession légalement due en cas de changement de propriétaire d’un média (permettant de partir de son plein gré contre un mois par année d’ancienneté) : les agences de presse ne sont pas éligibles à ce dispositif.