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Continuer la lectureLa présidence du CNC suscite une pléthore de candidatures
Depuis le départ de Dominique Boutonnat fin juin après sa condamnation pour agression sexuelle, de nombreux prétendants briguent la présidence du CNC. L’instabilité politique complique cette nomination par le président de la République.
La compétition s’annonce intense. Fin juin, le CNC, grand argentier du cinéma français doté d’un budget de quelques 700 millions d’euros par an, a perdu son président Dominique Boutonnat après sa condamnation pour agression sexuelle. Depuis, la désignation de son successeur se fait attendre, retardée par l’instabilité politique actuelle puisque l’heureux élu doit être nommé par le président de la République après avis du ministère de la Culture. Plus le temps passe, plus la liste des candidats s’allonge, a appris l’Informé.
Le premier d’entre eux est Olivier Henrard, directeur général délégué sous Dominique Boutonnat, qui assure l’intérim depuis son départ. Il a organisé une conférence de presse ce 10 septembre, soulignant « avoir l’intégralité des prérogatives » du poste de président et précisant ne pas se limiter à « expédier les affaires courantes ». Il a même proposé un plan d’action sur trois ans… Difficile de dire plus clairement son souhait d’être titularisé pour de bon à ce poste prestigieux.
Face à lui, une figure du milieu du cinéma s’est mise sur les rangs : Caroline Lang, vice-présidente de Warner Bros. International Television Distribution jusqu’en 2022, actuellement administratrice de Séries Mania et membre de l’association Pour les femmes dans les médias qui lutte pour la parité et contre le harcèlement. La fille de l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang, n’a pas souhaité faire de commentaire.
Circule aussi le nom de Jean-Noël Tronc, qui était directeur général du Centre national de formation à distance (Cned) jusqu’à ce que le gouvernement mette fin à son mandat en juillet dernier. Le quinquagénaire avait auparavant dirigé Canal Overseas (les activités hors France de la chaîne cryptée) puis la Sacem. À ce titre, il présidait le fonds culturel franco américain, organisateur du festival du film français de Los Angeles Colcoa. Il a aussi présidé la commission export du CNC entre 2011 et 2012. Contacté, il s’est refusé à tout commentaire.
Mais d’autres noms courent. C’est le cas de Laurence Herszberg, qui n’a pu être jointe, directrice du festival Séries Mania, le plus grand événement autour des créations françaises soutenu par le CNC. Elle est aussi membre de l’Observatoire éducation et médias du gendarme de l’audiovisuel, l’Arcom.
Certaines rumeurs évoquent aussi le directeur de cabinet de la ministre de la Culture Gaëtan Bruel (qui se refuse à tout commentaire). Sont également citées la productrice Marie Masmonteil, la présidente du Centre national du livre Régine Hatchondo, voire la patronne d’Europe 1 Constance Benqué ou encore la journaliste Isabelle Giordano* mais toutes quatre démentent.
Ces noms s’ajoutent à une liste déjà longue dressée par La Lettre en juillet dernier. La publication mettait en avant la candidature de la secrétaire d’État démissionnaire chargée de la ville et de la citoyenneté, Sabrina Agresti-Roubache, ainsi que de Florence Philbert, directrice générale des médias et des industries culturelles au ministère de la culture ou encore de Christophe Tardieu, secrétaire général du groupe France Télévisions, ou enfin de Pierre-Olivier Costa, président du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), et ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron à l’Élysée.
Reste maintenant à savoir quel profil sera privilégié. Dans cette grande compétition, être une femme pourrait être un atout. En effet, dans un secteur toujours ébranlé par la vague meToo, le CNC joue un rôle important dans la formation contre les violences sexuelles ou le recrutement de femmes sur les tournages. Le gouvernement n’a sûrement aucune envie de se retrouver dans la situation précédente, où le président de l’institution était renvoyé devant un tribunal pour agression sexuelle. « Le CNC est une institution dans laquelle se rendent les producteurs en rigolant, car ils vont faire une formation contre les violences sexuelles dans une institution où le président est accusé de violences sexuelles », avait alors pointé l’actrice Judith Godrèche.
L’élu(e) devra aussi respecter un critère d’âge puisque, selon les statuts, le président ne peut avoir plus de 67 ans durant le mandat. Pour un spécialiste du secteur, le profil type doit aussi répondre à d’autres caractéristiques. « Ce poste nécessite une bonne connaissance de tous les acteurs du monde de l’audiovisuel et du cinéma. Cela demande aussi des qualités de négociateur et de maîtrise des sujets techniques avec le poids de Canal dans le financement de la création. »
Quel que soit le vainqueur, sa tâche sera rude. En effet, en ces temps d’austérité, le gouvernement à la forte tentation de faire les poches du CNC. Deux options sont sur la table. L’éxécutif pourrait effectuer un prélèvement exceptionnel dans l’abondante trésorerie de l’argentier du cinéma. Ou il pourrait plafonner les montants reçus par l’organisme pour les années à venir. Pour mémoire, ces sommes proviennent de taxes prélevées sur les entrées en salles, les chaînes de télévision et les opérateurs télécoms. Actuellement, leur produit va directement dans les caisses de l’établissement public, même quand cela dépasse les prévisions, ce qui a permis d’accumuler une cagnotte au fil du temps – dans le jargon budgétaire, on dit qu’il s’agit de « taxes affectées ». À plusieurs reprises, Bercy a donc proposé de recueillir lui-même ces taxes, puis de reverser au CNC uniquement ce dont il avait besoin. Ou alors de plafonner le montant reçu par le centre, et de verser le surplus au budget de l’État. Jusqu’à présent, l’institution a toujours réussi à faire échouer ces plans, grâce au soutien du lobby de la culture et de nombreux parlementaires. Toutefois, un rapport en cours de l’Inspection générale des finances (IGF) remet ce sujet sur la table, et propose à nouveau d’écrêter les ressources du CNC, selon Contexte.
Lors de sa conférence de presse, Olivier Henrard s’est dit « farouchement opposé au plafonnement des taxes », mais « ouvert à la discussion avec Bercy » sur un unique prélèvement exceptionnel sur la trésorerie. Selon les Échos, il serait prêt à lâcher ce que l’État lui avait versé lors du Covid, soit 400 millions d’euros. Le modèle du CNC doit être défendu « dans le débat budgétaire à venir », a-t-il conclu.
* Réaction d’Isabelle Giordano ajoutée le 14 septembre à 16h