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Médias - Culture

L’éditeur Michel Lafon vend son siège pour solder ses dettes

Le Covid et l’envolée du coût du papier ont fortement dégradé les finances de la maison, qui publie notamment Agnès Martin-Lugand et Lorànt Deutsch.

Michel Lafon
Michel Lafon Domine Jerome/ABACA

Les salariés de Michel Lafon ont déjà libéré leurs bureaux de Neuilly-sur-Seine. Direction le centre de Paris à la Madeleine. En difficulté financière, l’éditeur indépendant - l’un des derniers en France - s’est résigné à céder son immeuble de près de 1 000 mètres carrés pour se donner de l’air, a ap...

Grâce à cette opération, la société créée en 1980 par Michel Lafon va pouvoir notamment solder son prêt garanti par l’État (PGE) de 4 millions d’euros contracté durant la crise sanitaire. Connue pour ses célèbres auteurs - Agnès Martin-Lugand (L’homme des mille détours, Les gens heureux lisent et boivent du café…), Olivier Norek (Dans les brumes de Capelans…), Lorànt Deutsch (À toute berzingue…), Jean-Marie Poiré (Rire est une fête) - elle n’a pas encore retrouvé ses performances d’avant Covid. Pis encore, elle a accusé une perte de près de 1,2 million d’euros en 2022 et un chiffre d’affaires de 15,5 millions d’euros en retrait de plus de 20 % par rapport à 2019. « Rester indépendant dans ces conditions, sans milliardaire derrière, est devenu très compliqué aujourd’hui », souligne un salarié.

Face à cette situation, l’éditeur a donc négocié avec ses créanciers. Le jugement rendu par le tribunal de commerce de Nanterre avait déjà acté la suspension du versement d’échéances de remboursement sur l’année 2024 ainsi que l’accord pour deux nouvelles lignes de crédit d’un total de 3 millions d’euros. La première a été réalisée auprès de la banque Thémis (pour 1,8 million d’euros). Et la seconde, plus habituelle et renouvelée chaque année, est cofinancée par BNP Paribas et la Banque Postale (1,2 million d’euros). En contrepartie de ce coup de pouce, il a fallu prendre la décision douloureuse de céder le siège. « Il a été expressément prévu que le remboursement (...) devra être réalisé dès réception des fonds disponibles (...) au plus tard le 31 décembre 2024 et au 30 novembre 2024 pour 50 % du crédit consenti par BNP Paribas et la Banque Postale », indique le jugement.

Pour expliquer ce dérapage financier, le tribunal pointe notamment « des charges de personnel trop importantes pour le niveau d’activité ». À cela s’est ajoutée la hausse du coût du papier mais aussi les contre-performances des BD, un segment pourtant dynamique. Cette catégorie a généré la moitié des pertes comptables en 2022, soit 600 000 euros. Petite consolation : le roman graphique Audrey Hepburn de Eileen Hofer et Christopher sorti l’an dernier, a connu un joli succès.

Si Michel Lafon va régler ses problèmes de trésorerie, il lui reste encore à se pencher sur un autre sujet brûlant : la succession du groupe. Son fondateur, âgé de 75 ans, a confié les rênes de la direction à sa fille Elsa en 2020 mais les enfants s’entendent mal entre eux. Faire rentrer un actionnaire minoritaire pourrait permettre de régler la situation. Plusieurs candidats sont en lice à l’instar d’Editis comme l’a dévoilé La Lettre dont la filiale Interforum distribue les ouvrages de Michel Lafon. Mais Média-Participations (Dargaud, La Martinière…) et Hachette, la filiale de Vivendi, sont également sur les rangs.