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Médias - Culture

L’éditeur du magazine Frontières dépose la marque « C’est Nicolas qui paie »

Symbole du ras-le-bol fiscal, cette maxime a été reprise par l’extrême droite pour s’attaquer, notamment, aux bénéficiaires de prestations sociales. Erik Tegnér, le fondateur de ce média identitaire, a enregistré la marque auprès de l’INPI avant le mouvement Nicollage, prévu ce 17 juillet.

Photo : Pauletto Francois/Avenir Pictures/ABACA - Montage : l’Informé
Photo : Pauletto Francois/Avenir Pictures/ABACA - Montage : l’Informé Photo : Pauletto Francois/Avenir Pictures/ABACA - Montage : l’Informé

Le coût de l’audiovisuel public, le budget des Jeux olympiques, le pouvoir d’achat des retraités, le vol des Vélib’… sur chacun de ces sujets, la même expression ressurgit sur les réseaux sociaux : « C’est Nicolas qui paie ». Cette figure rhétorique, symbole du ras-le-bol fiscal des Français, a suffi...

Cette expression n’est pas nouvelle. Elle a fait son apparition sur le web dès 2020. En avril dernier, elle a fait son entrée à l’Assemblée nationale par la voix de Gérault Verny, député de l’Union des droites pour la République. « Chaque mois, c’est Nicolas qui paie. Il paie ses impôts, ses taxes, sans fraude, sans combine. Et l’État le presse toujours plus. Même lui commence à fatiguer », a-t-il déclaré dans l’Hémicycle.

Près de deux mois plus tard, la société Artefakt, dont il est actionnaire minoritaire, veut surfer sur cette vague. Éditrice du magazine trimestriel identitaire et anti-immigration Frontières et de son site web éponyme, l’entreprise dirigée par Erik Tegnér vient en effet de déposer cette figure de style (une antonomase) auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) a appris l’Informé. La démarche a été réalisée le 20 juin. Et la marque a été enregistrée dans six catégories de produits et services (dont des vêtements, des sacs, des porte-clefs et divers appareils…). Le fondateur et directeur de la rédaction du trimestriel manque rarement une occasion de la reprendre à son compte que ce soit à l’antenne de CNews où il intervient comme chroniqueur ou sur son compte X.com. Cette initiative permet de protéger cette expression mais elle pourrait sans doute renflouer Artefakt, dont les pertes se sont élevées à 303 000 euros l’an dernier pour sa première année d’activité (son chiffre d’affaires n’étant pas rendu public). Et puis le média a aussi besoin de ressources pour faire face à d’autres problèmes. Avec un positionnement militant sur les thèmes favoris de l’extrême droite, Frontières multiplie les plaintes et doit payer les honoraires de ses avocats. Le trentenaire vient par exemple d’être entendu par les juges le 9 juillet dernier après une saisine de SOS Racisme pour « injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la religion ou la race ». L’association a décidé de poursuivre le média après la publication d’un entretien avec l’ancienne Femen, Marguerite Stern. Dans une vidéo, elle estimait que les personnes immigrées « en majorité musulmanes mais pas uniquement, agressent plus les femmes que les Français de culture française. »

Face à cette procédure et d’autres en cours, Erik Tegnér a fait un appel aux dons dans une vidéo diffusée en fin d’année dernière ou à massivement s’abonner à son média pour financer ses frais d’avocat. Peut-être espère-t-il pouvoir compter sur « Nicolas qui paie » pour lui venir en aide...

Car, force est de constater, qu’il a choisi le bon moment pour déposer cette marque. Un compte anonyme sur les réseaux sociaux propose en effet le 17 juillet, jour de la libération fiscale (moment au-delà duquel tous les prélèvements obligatoires ont été payés), de lancer un événement national baptisé le Grand Nicollage. Dans une courte vidéo publiée par le compte Nicolasquipaie, il est demandé aux internautes de coller « un max de stickers Nicolas ». Pour ce faire, il leur est proposé de confectionner ou de commander ces autocollants en ligne sur Redbubble. Selon son promoteur, ils sont commercialisés à prix coûtant avec « zéro profit » (à 1,62 euro pièce tout de même). Le jour venu, les « Nicolas » doivent photographier les collages et les publier avec le tag #nicollage ». Leur cible ? Les caisses d’allocations familiales, les logements sociaux, les Ehpad ou encore l’Agence française de développement (critiquée par Sarah Knafo pour les aides qu’elle a attribuées à certains pays)… Car ce mouvement fustige aussi bien la retraite par répartition permettant aux seniors de soi-disant s’offrir des croisières qu’aux enfants d’immigrés accusés de renvoyer l’argent des aides publiques (RSA, chômage…) en Afrique.

Frontières a également pris la télévision publique pour cible. Deux jours après avoir entamé les démarches auprès de l’INPI pour déposer la marque, Erik Tegnér a diffusé un documentaire sur YouTube (« Investigation Cash : La vérité sur Élise Lucet »). Le documentaire s’attaque à la célèbre émission de France 2. Tegnér a lâché ce tweet sur X : « Élise Lucet produit des émissions biaisées qui coûtent 400 000 euros, et c’est encore Nicolas qui paye. On a donc enquêté sur elle et Cash Investigation, au nom de vous, les contribuables qui sont lésés depuis des années par une presse gauchiste, inquisitrice et sous perfusion. »

La vidéo a cumulé à ce jour 627 000 vues rien que sur YouTube. Pour répondre aux mises en accusation dont elle est l’objet, et notamment le montant d’une note de restaurant à Dubaï lors d’un tournage, la production de l’émission Cash Investigation a publié un droit de réponse trois jours plus tard sur son compte X. Le coût du dîner pour six personnes dans l’Émirat n’était pas de 1 000 euros, comme avancé par Frontières, mais de 1 156 dirhams, soit 290 euros…

Contacté à plusieurs reprises, Erik Tegnér n’a pas répondu à nos sollicitations.

Le spécialiste du jeu vidéo Valve ne veut pas être assimilé à l’éditeur de Frontières

Pas de chance pour Erik Tegnér. Le directeur de la rédaction du magazine Frontières a voulu protéger la marque de sa maison d’édition Artefakt. Mais l’INPI lui a partiellement refusé sa demande fin janvier car la société américaine Valve s’y est opposée. Le spécialiste du jeu vidéo a commercialisé en 2018 son titre Artifact, une déclinaison de son succès Dota 2. Pour le groupe de la banlieue de Seattle, Artefakt présente trop de similarités avec son jeu, de quoi créer un risque de confusion auprès du grand public. Même longueur, mêmes séquences de syllabes disposées de façon identique « ainsi que des sonorités d’attaque et finale identique ». Pour Valve, ces éléments confèrent trop de grandes ressemblances visuelles et phonétiques entre les deux marques. Le groupe a été entendu et Tegnér ne peut donc déposer Artefakt dans les domaines du divertissement, d’organisation et conduite de colloques mais aussi de conférences et bien sûr… de jeux en ligne. Contacté, Valve n’a pas répondu à nos sollicitations.