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Continuer la lectureJean Messiha essuie un premier revers dans sa bataille contre l’Arcom
L’ancien porte-parole de Reconquête ! a réuni presque 120 000 euros pour se défendre contre l’autorité de régulation de l’audiovisuel qui demande aux radios et télés de décompter son temps de parole. Mais le tribunal administratif vient d’écarter sa requête et de le renvoyer vers le Conseil d’État.
Mise à jour : le Conseil d’Etat a rejeté vendredi 26 janvier un second recours en référé déposé par Jean Messiha, après avoir déjà rejeté un premier référé le 20 décembre. Dans les deux cas, la haute juridiction a estimé qu’il n’y avait pas une urgence suffisante pour examiner l’affaire en référé. Le polémiste avait argué que « cette décision avait un effet immédiat sur les revenus qu’il tire des interventions à la radio et à la télévision ».
« Je vais me battre jusqu’au bout pour revenir porter votre voix sur les plateaux télé », assurait d’un air martial Jean Messiha sur X (ex-Twitter), il y a quelques jours. Agacé d’être classé depuis peu comme « personnalité politique » par l’Arcom, et donc de voir son temps de parole décompté sur les plateaux télé, l’ancien porte-parole de Reconquête se lance dans un combat judiciaire contre l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Pour le financer, ce coutumier des émissions de CNews fait appel à la générosité de ses soutiens : sa « cagnotte de la résistance » atteignait ce vendredi presque 120 000 euros. Dans une vidéo où il prend la parole aux côtés de son avocat, Jean Messiha remercie ceux qui lui permettent de « financer les très onéreux frais de justice pour pouvoir ferrailler et me défendre contre toutes les attaques tentaculaires ». Les quelques milliers de donateurs seront surpris d’apprendre que Jean Messiha vient d’essuyer un premier revers judiciaire… parce qu’il s’est adressé à la mauvaise juridiction.
Le président du cercle de réflexion Vivre Français (tel qu’il se présente sur X) a en effet déposé récemment un recours en référé devant le tribunal administratif de Paris pour suspendre en urgence la décision de l’Arcom du 8 novembre, qui porte selon lui une « atteinte grave » à « sa liberté d’expression et de sa liberté de travail ». Or, l’instance se dit « incompétente » pour trancher ce litige et vient donc de rejeter sa requête, le 28 novembre. Selon la décision, c’est le Conseil d’État que Jean Messiha aurait dû saisir. C’est chose faite, selon son avocat Me Gérald Pandelon. « Il y a un côté sournois dans le choix de l’Arcom, de le raccrocher arbitrairement à un vague mouvement “divers droite” auquel il n’a jamais appartenu, uniquement dans l’objectif de le priver de parole », assure à l’Informé le conseil, qui défend l’ancien haut fonctionnaire avec son confrère Me Nicolas Boullez. Dans les faits, l’homme peut continuer d’intervenir sur les plateaux télé, à condition que son temps de parole soit comptabilisé et compensé par des invitations d’autres courants politiques. Quand ils ne sont pas officiellement encartés à un parti, l’Arcom dispense de trois catégories pour classifier les intervenants : « divers droite », « divers gauche » et « divers centre ».
« Les personnalités politiques (…) sont les personnes investies d’un mandat électoral, celles exerçant des responsabilités au sein des partis et groupements politiques et/ou des institutions, ainsi que celles ayant récemment appartenu à des partis ou groupements politiques, ayant exercé des fonctions politiques ou aspirant à exercer de telles fonctions, dès lors qu’elles participent activement au débat politique national », nous indique l’Arcom. Jean Messiha a longtemps milité pour le RN, puis pour le parti Reconquête ! dont il était le porte-parole pendant la campagne présidentielle de 2022. L’homme était donc décompté comme politique au cours de cette période, jusqu’à ce qu’il quitte les rangs d’Eric Zemmour après le premier tour, et redevienne éditorialiste sur Cnews.
Cet été, le quinquagénaire, à l’origine d’une première cagnotte en soutien à la famille du policier qui a tué le jeune Nahel, avait écrit sur les réseaux sociaux : « Venez, on leur met comme candidat à l’élection présidentielle de 2027 un immigré parfaitement assimilé à la France ». Une phrase qui a pu jouer sur la décision de l’Arcom. « Il ne fait plus partie de rien », défend de son côté son avocat, avant de dénoncer une « sanction déguisée » de l’Arcom.
L’autorité indépendante nous indique que la liste des personnalités politiques est régulièrement revue « pour tenir compte des changements de fonctions ou d’engagements publics » et « avoir en temps réel une représentation la plus précise possible du paysage politique et militant ». Aux côtés de Jean Messiha, neuf autres habitués des plateaux ont récemment vu minuter leur temps d’expression, comme Julien Dray, Gilles William Goldanel (sauf lorsqu’il intervient en qualité d’avocat), Guillaume Bigot ou Jean-Pierre Mignard (PS).
Un cas, des précédents
Jean Messiha n’est pas le seul cas d’aller-retour. De l’autre côté de l’échiquier politique, Raquel Garrido avait quitté la France insoumise en 2017 pour devenir chroniqueuse sur C8, dans Salut les terriens de Thierry Ardisson, puis Balance ton post de Cyril Hanouna. Son temps de parole avait alors cessé d’être décompté. Elle a ensuite réintégré le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Mais le cas le plus connu est celui d’Eric Zemmour : depuis 2019, le journaliste disposait d’une émission quotidienne d’une heure sur CNews, qu’il pensait conserver jusqu’à sa déclaration de candidature à la présidentielle de 2022. Mais, dès septembre 2021, l’Arcom a décidé de le considérer comme politique. La chaîne du groupe Vivendi a alors préféré supprimer son émission, plutôt que compenser son temps de parole en invitant d’autres courants politiques. Le polémiste a alors crié à la « censure », et laissé entendre qu’il pourrait contester la décision du régulateur, ce qu’il n’a finalement pas fait.
L’année dernière, CNews avait en revanche bien attaqué le choix de l’Arcom de classer Marion Maréchal, Nicolas Hulot, Laurent Joffrin, Arnaud Montebourg ou Manuel Valls comme personnalités politiques. Le Conseil d’État avait donné tort à la chaîne et reconnu que l’autorité indépendante n’avait pas commis d’erreur d’appréciation.