L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureIntelligence artificielle : Snap s’offre le français GrAI Matter Labs
À l’origine d’une puce très innovante, inspirée du cerveau humain, la start-up a cédé aux sirènes du réseau social américain. Faute d’avoir trouvé des financements en Europe.
Les grandes sociétés américaines de la tech continuent de faire leur marché en France. Selon nos informations, après le rachat du normand Blinksight par Apple, il s’agit cette fois de GrAI Matter Labs qui vient de tomber dans l’escarcelle de Snap, entreprise derrière la célèbre application Snapchat. Suite à cette opération au montant tenu secret, la jeune pousse est désormais dirigée par Atul Porwal, responsable juridique de Snap. Cofondée et présidée jusqu’à présent par Bernard Gilly, célèbre investisseur tricolore, la start-up basée à Paris et à Eindhoven (Pays-Bas) a développé une puce d’intelligence artificielle en se basant, notamment, sur les travaux de l’Institut de la Vision à Paris. Depuis 2016, plusieurs versions ont été créées, jusqu’à la dernière lancée en 2022 le GrAI VIP. Elles sont inspirées du fonctionnement du cerveau humain et capables d’être embarquées sur des caméras, des drones ou des robots, afin de réaliser des calculs localement sans consommer trop d’énergie. Interrogés, ni Bernard Gilly, ni Snap, n’ont souhaité faire de commentaires.
Depuis ses débuts, GrAI Matter Labs avait levé au total 25 millions de dollars auprès de iBionext, 360 Capital Partners, 3T Finance mais aussi Celeste Management, le family office des Louis-Dreyfus. Mais cette puce, produite par le fondeur taïwanais TSMC avec une gravure de 12 nanomètres, nécessitait beaucoup de ressources financières alors même que mobiliser de tels capitaux sur du long terme reste compliqué dans l’Hexagone. Si les fondateurs mettaient en avant la souveraineté technologique européenne, ils ont donc finalement cédé leur start-up à un groupe américain. « Aujourd’hui, il faut savoir qu’il y a 64 sociétés de puces d’intelligence artificielle aux États-Unis, 32 en Chine et seulement 9 en Europe », soulignait l’an dernier dans une vidéo Christian Verbrugge, responsable du développement en Europe pour GrAI Matter Labs.
Désormais, il y en a donc une de moins. Surtout, cette cession met à mal la stratégie nationale du gouvernement pour l’IA dont l’objectif est de positionner la France « comme un des leaders européens et mondiaux ». Afin de se défendre de la captation de certaines pépites par des groupes étrangers, le secteur de l’IA est soumis depuis fin 2018 à un contrôle des investissements de la part des services de Bercy. Cette opération n’a donc pas été bloquée.
De son côté, Snapchat cherche à accélérer dans le domaine de la réalité augmentée (AR). Il commercialise des lunettes connectées, les Spectacles, afin de permettre aux utilisateurs de réaliser des photos et d’y ajouter des filtres ainsi que d’autres effets spéciaux, un pari sur l’avenir. Même si ce produit n’a pas été une grande réussite depuis son lancement en 2017, le réseau social continue d’y croire avec une quatrième version commercialisée en 2021. « C’est un moyen de tirer parti de nos principales forces en investissant dans des projets à long terme qui sont techniquement complexes et plus difficiles à reproduire, s’est défendu son PDG, Evan Spiegel, lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre. Ces efforts portent sur le prolongement de notre application mobile et ce n’est donc pas un pari sur quelque chose de totalement différent de ce que nous faisons. » Pouvoir traiter directement les images dans les lunettes grâce à la puce Grai VIP pourrait donner un nouveau souffle à ce produit.
Il faut espérer un meilleur avenir à GrAI Matter Labs que celui de Zenly. Snap avait racheté le français en 2017 pour 300 millions de dollars. La jeune pousse proposait une application de géolocalisation de ses amis, concurrente du système de cartographie intégré dans l’application Snapchat. Cinq ans plus tard, la décision a été prise de la fermer dans le cadre du plan social mondial touchant 1 200 salariés sur 6 400. « Vous aimiez Zenly ? Essayez Snap Map sur Snapchat », peut-on lire sur le site Internet de la start-up avec ce titre : « 2014-2023. Au revoir. Bisous. »
Avec 397 millions d’utilisateurs chaque jour, Snap a enregistré une baisse de son chiffre d’affaires au premier semestre de 5 % à 2,05 milliards de dollars et n’est toujours pas rentable. Dans un mémo interne daté de fin septembre, Evan Spiegel a indiqué viser les 475 millions d’utilisateurs actifs l’an prochain tandis que la croissance du chiffre d’affaires publicitaire devrait dépasser les 20 %. Ses prévisions ont fait bondir le cours de Bourse de Snap ces derniers jours, valorisé plus de 15 milliards de dollars.