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Médias - Culture

Guerre des magazines : Playboy contre Playboy

Deux versions du trimestriel de charme sont vendues en kiosque en France ce mois-ci. L’une est éditée par le belge Kleverage et l’autre par le français Kanra, qui attaque son rival pour dénigrement.

À gauche, le Playboy édité par Kleverage. À droite, celui de Kanra.
À gauche, le Playboy édité par Kleverage. À droite, celui de Kanra.

Le célèbre lapin au nœud papillon voit double en ce début d’année. Et ce n’est pas à cause des fêtes trop arrosées. Deux magazines Playboy avec le logo de l’animal à longues oreilles sortent en même temps, ce mois-ci, dans les kiosques. Deux fois plus de plaisir donc ? Pas forcément. Derrière ces deux numéros, deux éditeurs différents se disputent l’exploitation de cette marque devant la justice, a appris l’Informé. Le premier trimestriel, avec Clara Morgane en Une, est produit par Kanra Publishing qui s’occupe de la marque en France depuis 2020 et a fait l’événement en 2023 avec les photos en petite tenue de Marlène Schiappa alors secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire (cf. encadré). Le second magazine lui, dont la couverture est consacrée aux féminicides en France, est publié par la société belge Kleverage appartenant à David Swaelens-Kane, un entrepreneur du plat pays longtemps compagnon de Lady Bacardi **.

À l’origine, Kleverage avait obtenu la licence de la maison mère américaine. En 2019, elle avait accordé une sous licence à Kanra Publishing en France. Mais, en avril dernier, la société belge a décidé de récupérer le contrôle de la marque dans l’Hexagone et l’édition du titre. Une reprise en main justifiée selon le site Internet officiel Playboy.Fr par « des manquements répétés et des fautes graves » de son partenaire d’affaires. Et d’avertir « ils n’ont plus le droit de créer, publier, imprimer ou organiser quoi que ce soit en rapport avec Playboy et Playboy France et n’ont donc plus de légitimité. Nous avertissons donc nos lecteurs, nos playmates, nos amis photographes, gérants de clubs, journalistes et annonceurs. »

Loin de se laisser faire, Kanra a riposté et décidé de continuer à publier le magazine. Dans son numéro de juillet, le directeur de la rédaction Jean-Christophe Florentin* réglait même ses comptes par édito interposé : « Complot à Playboy France venu… de Belgique ! ». L’attaque fuse : « Quand on veut estourbir le lapin, on dit qu’il a la myxomatose et le mauvais tour se joue… Notre succès n’a pas plu à tout le monde. » Quelques mois après, il a porté plainte en référé devant le tribunal de commerce de Paris pour dénigrement. Une audience s’est même tenue le 3 janvier dernier. « Kleverage n’a aucun motif légitime de résiliation du contrat étant précisé que la redevance a été payée jusqu’à fin 2025 », estime maître Gautier Kaufman, avocat de Kanra.

Cette rupture entre les deux partenaires est intervenue après la parution d’une série d’articles dans la presse ces derniers mois, pointant l’apparition dans Playboy de signatures marquées politiquement. Parmi elles, on trouve le chroniqueur de CNews, Ivan Rioufol, la nomination comme rédacteur en chef adjoint d’Éric Naulleau (chroniqueur régulier dans le Journal du dimanche, CNews et C8) ou encore Simon Collin (plus connu sous le nom de Simon Wauquiez). Un temps rédacteur en chef adjoint du titre, ce vingtenaire, passé par Causeur et Sud Radio, a consacré onze pages du magazine à une longue interview de Jean Messiha début 2024. Un entretien dans lequel l’éditorialiste d’extrême droite revenait largement sur le thème de l’immigration comme le notait Libération. Un autre article du Parisien du mois d’avril est venu envenimer davantage la situation. Selon le quotidien, des accusations de violences sexuelles et une plainte pour viol ont été portées contre Simon Collin qui aurait usé de son titre chez Playboy pour approcher des femmes. Après ce dernier scandale, Kleverage a décidé de reprendre la marque à son compte. Contacté, Collin estime être la victime collatérale de ce conflit entre les deux groupes, et précise que son affaire de viol a été classée rapidement par la justice. Il a donc également attaqué en justice la presse, le Parisien et Arrêt sur Images, mais a été débouté contre ce dernier début novembre. « Cette plainte pour viol ne concerne pas Kara et quand bien même ce serait le cas, elle a été classée sans suite », confirme l’avocat de l’éditeur.

De son côté, la société belge estime toujours être dans son droit et précise que le litige devrait se régler devant les juridictions d’outre Quiévrain, comme le stipule le contrat, et non pas en France. En attendant la conclusion de cette affaire, les deux magazines Playboy coexistent… avant peut-être que le véritable propriétaire de la marque aux États-Unis ne vient siffler la fin de cette série à rebondissements. « Des discussions ont débuté avec Playboy aux États-Unis afin que Kara reprenne la licence en direct », assure maître Kaufman.

* Jean-Christophe Florentin est actionnaire à 45 % de Kanra tout comme Ernest Florentin 25 ans.

** Article modifié le 13 janvier sur la nationalité belge et non britannique de David Swaelens-Kane.

Playboy perd son recours contre BFM TV
« Les photos de Playboy qui embarrassent la majorité ». Ce 1er avril 2023, BFM TV diffuse en boucle les photos et propos de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire, qui doivent faire la une du magazine de charme quelques jours plus tard. Jean-Christophe Florentin, le directeur de la publication, apprécie peu la manœuvre et décide de saisir le gendarme de l’audiovisuel, l’Arcom, concernant « ce vol de photos ». Mais le régulateur décide finalement de ne pas donner suite à cette saisine, et l’affaire est donc portée devant le Conseil d’État. Dans sa décision du 20 décembre, repérée sur le réseau social X, l’institution vient de rejeter une nouvelle fois les demandes du plaignant car le sujet est « de nature essentiellement commerciale » et, d’ailleurs, la société elle-même « n’excluait pas d’en rechercher la réparation devant le juge compétent ». En clair, ce différend doit donc être tranché par un tribunal de commerce. Interrogé sur la suite des événements, Jean-Christophe Florentin indique n’avoir toujours pas saisi le juge compétent et se laisse encore le temps de la réflexion. Il estime cependant que les ventes du magazine auraient pu être au moins deux fois supérieures si BFM TV n’en avait pas révélé son contenu quatre jours avant sa sortie en kiosque. Le titre s’est tout de même écoulé autour de 125 000 exemplaires en France et 15 000 hors de l’Hexagone.