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Continuer la lectureGaumont : les Seydoux « pas en mesure » de payer 25 millions pour sortir de la Bourse
La famille propriétaire du géant du cinéma essaye d’échapper à l’injonction de l’AMF qui lui impose de retirer Gaumont de la cote d’ici à avril prochain. En vain pour l’heure.
L’étau se resserre pour le clan Seydoux, célèbre propriétaire de Gaumont. Le 15 octobre dernier, quatre actionnaires minoritaires du groupe de production ciné (HMG Finance, Gay-Lussac Gestion, le GIE Greenstock et Axxion) ont obtenu de l’Autorité des marchés financiers (AMF) un retrait de la Bourse d...
Pour justifier sa demande de sursis, le clan Seydoux avait sorti sa calculette. Il estimait, en premier lieu, que cette offre générerait des frais de 3,3 millions d’euros, pour payer « différents conseils financiers, juridiques et comptables » et « un expert indépendant ». Soit une ardoise « susceptible d’affecter le fonctionnement » de Gaumont.
Surtout, il mettait en avant le coût d’une telle opération. Le prix de l’offre n’est pas encore fixé, mais les Seydoux en ont donné un avant-goût : ils le chiffrent à « plus de 25 millions d’euros », ce qui valorise l’entreprise 245 millions d’euros, soit bien moins qu’au cours actuel (307 millions).
Selon eux, faire un tel chèque nécessiterait « un financement externe ou la cession d’actifs Gaumont ». « Aucune des personnes physiques ne serait en mesure d’exposer dans un délai si court, plus de 25 millions d’euros ». Une somme dont ils ne disposent pas sauf à vendre un « actif majeur » ou à céder « un bloc de contrôle de Gaumont « ce qui emporterait des conséquences irréversibles », ont-ils plaidé. En bref, l’offre de retrait « les place dans une situation aux conséquences irréversibles manifestement excessives ».
Pour étayer leurs arguments, ils ont avancé que la holding familiale Ciné Par, à la trésorerie nulle, ne possède pas l’argent pour financer une telle opération. Certes, la famille Seydoux apparaît bien à la 492e place du classement des fortunes du magazine Challenges avec un patrimoine estimé à 255 millions d’euros, mais ce trésor est constitué essentiellement de titres Gaumont.
Il faut dire aussi que depuis le Covid, ces dernières années ont été difficiles pour le producteur de films centenaire, même s’il a su se diversifier avec des séries pour Netflix (Narcos, Lupin, Bastion 36…) ou Amazon (Carjackers). Entre 2021 et 2024, son chiffre d’affaires a chuté de 266 à 150 millions d’euros (-44 %). Et au premier semestre 2025, il a encore fondu de 32 % à 64,2 millions d’euros. Et encore, c’est sans même compter l’échec du film Le Grand Déplacement de Jean-Pascal Zadi, une grosse production maison en laquelle Gaumont avait placé beaucoup d’espoirs : malgré un budget de 17,1 millions d’euros, la comédie n’a attiré que 131 000 spectateurs. Un flop qui pèsera sur les résultats du second semestre, difficile à compenser, même avec deux cartons au-dessus du million d’entrées (Un ours dans le Jura et Ma mère dieu et Sylvie Vartan). La fréquentation en salle est « compliquée », a jugé la directrice générale Sidonie Dumas dans une interview à Boxoffice Pro. « C’est un marché de l’offre et en tant que producteur on s’adapte toujours, mais depuis quelques mois les spectateurs ne sont plus au rendez-vous ou moins au rendez-vous », a ajouté la fille de Nicolas Seydoux (86 ans), qui a conservé la présidence du conseil d’administration. De quoi compliquer un retrait de la Bourse.
Mais tous ces arguments ont été balayés par les magistrats car, selon eux, aucune pièce n’a été présentée afin de justifier ces éléments financiers. Et en réalité, moult solutions existent. Une première consisterait à ce que les Seydoux empruntent l’argent en donnant en garantie une petite partie de leur fortune. Une piste évoquée d’ailleurs par les juges, qui soulignent que Ciné Par n’est quasiment pas endetté. Autre possibilité, la famille pourrait se rembourser en puisant dans l’opulente trésorerie de Gaumont, soit 56,4 millions d’euros bruts à la fin juin 2025. Ou encore vendre une partie du patrimoine immobilier de la firme : une expertise commandée par Gaumont l’avait estimé à 107,5 millions d’euros en 2017, dont 86,5 millions pour le seul immeuble du 50 avenue des Champs-Élysées, aujourd’hui loué à Lacoste. « En réalité, ce bien immobilier vaut deux à trois fois plus », conteste un ancien petit porteur.
Il faut enfin se souvenir que la Gaumont a versé à ses actionnaires (à commencer par Ciné Par) 21 millions d’euros de dividendes entre 2014 et 2019, même si ce flux s’est arrêté depuis. « L’argument selon lequel les Seydoux n’auraient pas l’argent me fait doucement rigoler », note un ancien investisseur de la société, qui ne comprend pas pourquoi ils persistent à vouloir conserver la société en Bourse.
À défaut de puiser dans ses ressources, le clan pourrait aussi accueillir un partenaire financier ou industriel. Ses concurrents viennent de le faire l’an dernier : UGC doit passer sous le contrôle de Canal+ dans les prochaines années, et Pathé a cédé 20 % de son capital à CMA CGM. Mais les Seydoux ont encore une carte à jouer. Ils ont déposé un recours sur le fond de l’affaire dont le jugement est attendu avant le 14 avril.
Contacté, Gaumont n’a pas souhaité faire de commentaire.