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Continuer la lectureFin de C8 et NRJ12 : les deux nouvelles numérotations envisagées pour la TNT
Les poids lourds du PAF se livrent une intense bataille en coulisses pour récupérer les numéros des deux antennes promises à disparaître en mars. L’Arcom prépare un grand chamboule-tout.
Changement explosif pour la TNT. Sauf surprise, C8 et NRJ 12 devraient disparaître début mars au profit de deux nouvelles chaînes : Réels TV, lancée par le groupe de Daniel Kretinsky CMI France, et OF TV, créée par Ouest France. L’occasion d’une probable remise à plat plus large de la numérotation. U...
Car la numérotation est une prérogative du gendarme de l’audiovisuel et son président actuel, Roch-Olivier Maistre, pourrait en faire son dernier combat. « Son mandat expire fin janvier, mais il veut régler ce dossier avant de partir », indique le lobbyiste d’un poids lourd du PAF. Le très prudent haut fonctionnaire a déjà levé le voile sur ses intentions lors d’une audition au Sénat, indiquant que « l’hypothèse la plus probable » était de regrouper en un seul bloc les chaînes d’information. Cette vieille revendication de LCI (aujourd’hui en 26) et de France Info (en 27) leur permettrait de se retrouver près de BFM (15) et de CNews (16). Remonter dans la numérotation, c’est s’assurer de précieux points d’audience et donc de plus importants revenus publicitaires. Un coup de pouce qui serait bien utile à la chaîne info de TF1 (aujourd’hui à 1,6 % d’audience) et, surtout, à celle de France Télévisions, à seulement 0,9 % (trois fois moins que le nouveau leader CNews). « L’impact serait forcément significatif car la TNT reste un mode d’accès très important, surtout pour le public âgé qui regarde les chaînes d’information et qui zappe avec sa télécommande », a affirmé Nicolas de Tavernost aux Échos. Selon nos informations, l’inoxydable dirigeant du PAF a d’ores et déjà écrit au régulateur, pour se plaindre qu’aucune étude d’impact n’avait été effectuée, et pour fournir ses propres estimations : BFM perdrait 17 % d’audience et autant de revenus (la chaîne avait engrangé 81 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier).
Selon toute probabilité, ce chamboule-tout devrait se limiter à une partie des fréquences qui ont postulé cet été à leur renouvellement devant l’Arcom, c’est-à-dire les canaux 8 à 19, ainsi que 26 et 27. Le reste devrait demeurer inchangé, afin de perturber le moins possible les habitudes des téléspectateurs.
Le scénario qui tient la corde est de placer LCI et France Info en 17 et 18, juste après BFM et CNews. Les actuels détenteurs de ces canaux, Gulli et CStar migreraient alors vers de meilleurs numéros, de quoi calmer ainsi le courroux de leurs propriétaires respectifs, M6 et Vivendi. Ce schéma peut satisfaire tout le monde ou presque, puisque seul BFM ne gagnerait rien dans cette affaire. « De toute façon, Tavernost attaquera en justice cette décision », anticipe déjà un connaisseur du dossier.
Reste à savoir où faire atterrir CStar et Gulli. L’option la plus simple est de les parachuter vers les places 8 et 12, selon une répartition qui reste à déterminer (cf. scénario 1 sur le schéma). Ironie de l’histoire : CStar, jusqu’à présent chaîne musicale, est fortement pressentie pour accueillir à partir de mars le talk-show Touche pas à mon poste suite à la disparition de C8. Avec un peu de chance, Cyril Hanouna pourrait donc rester sur le canal 8. De quoi satisfaire le trublion cathodique, même si ce retournement de l’histoire ne ferait pas rire le gendarme du PAF.
Mais l’Arcom étudie aussi une alternative : constituer un bloc de chaînes jeunesse, avec France 4 toujours en 14 précédée de Gulli en 13 et CStar en 12. Cela implique de déménager LCP/Public Sénat de la 13 vers le canal 8 (cf. scénario 2 sur le schéma). Attribuer la position la plus avantageuse à la chaîne parlementaire présenterait un avantage pour ce canal qui ne diffuse pas de publicité mais des parrainages : « l’opération permettrait à LCP d’augmenter ses ressources propres, ce qui serait bienvenu en ces temps de rigueur, sans trop peser sur le marché publicitaire », indique un expert du secteur. Ce joli coup de boost en fait déjà rêver plus d’un à l’Assemblée Nationale et au Sénat. « On nous a effectivement évoqué cette possibilité », glissent plusieurs candidats à la direction de Public Sénat.
Une dernière option, peu probable, viserait à placer LCI et France Info sur la 12 et la 13 avant BFM et CNews. La députée écologiste Sophie Taillé-Polian et sa collègue macroniste Céline Calvez, co-rapporteures du contrat d’objectif et de moyens de l’audiovisuel public, militent en ce sens. « Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un service public télévisé de l’information à la traîne (...) Nous proposons de positionner France Info en 12 ou 14 », a plaidé la première mercredi à l’Assemblée.
Mais cela semble plus fragile juridiquement alors que des contentieux s’annoncent. « L’Arcom accorderait là un double avantage à LCI et France Info : d’abord se rapprocher de leurs rivales, et même leur passer devant, alors que leur poids en termes d’audience ne justifie pas un tel cadeau », souffle un lobbyiste du PAF. Autres inconvénients : Canal+ et M6 n’obtiendraient aucun lot de consolation, et pourraient donc elles aussi contester en justice le nouveau plan de service.
Dans ce grand chamboulement, les deux prochaines chaînes à arriver en 2025, Réels TV et OFTV, hériteraient dans le meilleur des cas des canaux 19 (libre depuis l’arrêt de France Ô) et 26. « En tant que derniers arrivés dans le paysage, on ne s’attend pas à obtenir le numéro 8 ou 12 », se résigne un responsable de Ouest France OFTV.
Ce que dit la loi sur la numérotation
Jusqu’en 2021, la loi sur l’audiovisuel était peu diserte sur la numérotation des chaînes. Elle imposait simplement que celle-ci soit « équitable, transparente, homogène et non discriminatoire ». En pratique, le régulateur avait donc décidé d’attribuer les numéros par tirage au sort, au fur et à mesure de la naissance des chaînes. « Il y a une règle que l’Arcom avait instituée : les derniers arrivés prennent les derniers numéros », a rappelé Nicolas de Tavernost sur France Inter. Arrivées en 2016 seulement sur la TNT, LCI et France Info s’étaient donc retrouvés en queue de peloton.
Suite à un intense lobbying de leurs propriétaires, TF1 et France Télévisions, un amendement sur la numérotation a été proposé par le sénateur socialiste David Assouline, et adopté en 2021. Désormais, la loi stipule que l’Arcom attribue aux chaînes TNT « un numéro logique, en veillant à l’intérêt du public, au respect du pluralisme de l’information et à l’équité entre les éditeurs, et peut, à cette fin, constituer des blocs définis selon la programmation des services qui les composent. »
La mention de blocs thématiques, ainsi que du « pluralisme de l’information », donnent donc une base juridique au gendarme de l’audiovisuel pour créer un bloc de chaînes infos. Facile à dire, mais difficile à faire. D’abord, il faut déplacer le moins de chaînes possibles pour ne pas perturber outre mesure les téléspectateurs. Surtout, l’Arcom ne peut pas choisir les nouveaux numéros à la tête du client, ou après des négociations d’arrière-boutique, mais selon une méthode équitable et non discriminatoire. D’autant plus que sa décision sera assurément contestée devant le Conseil d’État… « BFM et dans une moindre mesure CNews jouent les Calimero, mais ils vont conserver leur numéro dans tous les cas de figure. L’Arcom ne leur retire donc rien, et leur soi-disant dommage va être difficile à démontrer en justice », pointe un concurrent. « Une solution où tous les groupes sauf BFM gagnent de meilleurs numéros, c’est de la discrimination chimiquement pure », rétorque un cadre de la chaîne info. La filiale de CMA CGM plaide pour que les numéros libérés soient réalloués par un tirage au sort, comme lors des attributions précédentes.