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Continuer la lectureDeux réseaux d’écoles privées bataillent pour racheter le Pôle Léonard de Vinci
Privée des subventions du département des Hauts-de-Seine depuis 2012, l’ex-fac Pasqua a repensé ses formations et augmenté les frais de scolarité. Sa pépite, l’école d’ingénieur Esilv, n’a toutefois pas obtenu l’accréditation américaine ABET.
D’ici quelques semaines, le Pôle Léonard de Vinci devrait mettre un terme à son indépendance. Le processus de vente de l’ex-fac Pasqua, révélé par l’Informé en décembre 2023 et confié à Edmond de Rothschild Corporate Finance, entre dans sa dernière ligne droite, avec un duel final opposant deux réseaux privés d’enseignement supérieur. Selon nos informations, Skolae (composé des réseaux GES et Eductive), piloté par la famille Azoulay et accompagné par le fonds britannique Charterhouse, bataille face à AD Éducation, la participation d’Ardian.
Le premier est à la tête de 23 établissements, parmi lesquels les écoles de commerce PPA Business School, de marketing EIM Paris, de design Ican, d’informatique ESGI et d’audiovisuel Isa. Il revendique plus de 20 000 étudiants visant des titres reconnus par l’Etat de niveaux 5, 6 et 7. Le second compte pour sa part 19 écoles, dont certaines à forte notoriété. AD Éducation est en effet la maison mère de l’École de Condé, une référence dans le monde du design, mais aussi de l’École de création visuelle (animation, jeu vidéo…) et d’IAAD, la plus ancienne école de design automobile en Europe. Elle dispose de 70 campus où sont formés plus de 36 000 étudiants dans neuf pays.
« Dans cette enchère, AD Éducation part avec l’avantage de la réputation, mais ce n’est pas tout, estime un observateur. Le dossier est jugé stratégique par Ardian qui envisage de vendre prochainement sa participation. » En absorbant le pôle Léonard de Vinci, AD Éducation mettrait en effet la main sur un périmètre de quelque 100 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un Ebitda d’un peu plus de 20 millions. Ardian avait testé le marché en vue d’une cession de sa participation majoritaire (qui affiche pour sa part près de 90 millions d’euros d’Ebitda) en fin d’année dernière. Les offres reçues n’avaient toutefois pas été suffisamment élevées (inférieures à 19 fois l’Ebitda) pour que la firme de la place Vendôme accepte de passer le relais.
L’Esilv rate l’accréditation Abet
Le Pôle Léonard de Vinci est composé de quatre établissements d’enseignement supérieur délivrant des diplômes reconnus : une école de commerce, l’EMLV (École de Management Léonard de Vinci) ; une école d’ingénieurs, l’Esilv (École Supérieure d’Ingénieurs Léonard de Vinci), une école du digital, l’IIM (Digital School) et un établissement de formation continue, De Vinci Executive Éducation. L’ensemble compte 10 000 étudiants et apprenants (dont plus de 2 700 en alternance) et 460 collaborateurs (dont plus de 200 enseignants et enseignants-chercheurs).
Créées en 1995 sous statut associatif, les écoles sont rassemblées au Pôle Léonard de Vinci à Paris-La Défense et depuis 2022, à Nantes. Dans un article des Echos publié en mars, rebondissant sur l’information de l’Informé, son président Pascal Brouaye a précisé que la structure associative restera actionnaire de la future société commerciale et s’apparentera à une fondation, dans l’optique de « préserver les fonds d’une utilisation purement financière. » Le changement de structure doit servir à accélérer le développement du réseau, tout en lui permettant de « se maintenir parmi les institutions référentes en France et à l’international (...) », explique la direction.
Une référence toute relative à l’international. L’Esilv, considérée comme la pépite du Pôle, n’a pas obtenu le précieux sésame de l’Accreditation Bureau for Engineering and Technoloy (Abet), l’homologue américain de la Commission des titres d’ingénieur (CTI). Dans un rapport confidentiel (en fin d’article) que l’Informé a pu consulter, cette organisation non gouvernementale - réputée exigeante sur les savoirs acquis par les élèves - précise avoir mené ses visites en novembre 2021, pour un résultat décevant. Sur les 17 critères évalués, onze ont fait l’objet d’appréciations « carence » ou « faiblesse ». Le prochain propriétaire du Pôle Léonard de Vinci aura donc quelques devoirs à la maison pour espérer décrocher cette accréditation phare à l’international.