L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureComment le lobby de la pub veut influencer les journalistes pour sauver les panneaux numériques
Alors que les écrans digitaux font l’objet de vives critiques, l’Union de la Publicité en Extérieur (UPE) a cherché une agence « spécialisée en communication de crise » pour mener une contre-offensive. L’Informé s’est procuré son cahier des charges.
« Corriger les asymétries » des journalistes. Éditorialiser « une dizaine de messages forts ». Mettre en œuvre un « plan d’action sur les réseaux sociaux »… Ce brief, c’est celui envoyé par l’Union de la Publicité en Extérieur (UPE) à différents prestataires début octobre : dans un mail aux airs d’a...
Le mois dernier encore, une pétition demandant au président de la République de les « éteindre définitivement » a été lancée : elle atteint aujourd’hui plus de 26 000 signatures. « C’est le mode d’affichage le plus agressif, à cause des stimulations lumineuses et des images en mouvement, estime Thomas Bourgenot, membre de Résistance à l’agression publicitaire, une des associations à l’origine du texte. En plus, leur fabrication est polluante et ils consomment beaucoup plus d’énergie que les affichages traditionnels. » Dans un rapport publié en 2020, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) estimait qu’il y avait environ 9 000 écrans publicitaires numériques de deux mètres carrés dans l'Hexagone et que chacun consommait plus de 2 000 kWh/an, ce qui s’approche des besoins annuels moyens en électricité d’un Français.
Sur le plan institutionnel aussi, les écrans numériques viennent d’être mis en cause. Début octobre, le gouvernement a annoncé un plan de sobriété énergétique et deux décrets ont été publiés, l’un portant sur l’extinction nocturne des panneaux digitaux, l’autre sur leur extinction d’urgence en cas de menace sur l’approvisionnement en électricité. Sans compter que plusieurs grandes villes comme Lyon, Grenoble ou Nantes, ne cachent plus leur volonté de diminuer drastiquement le nombre d’écrans dans l’espace public.
Pour tenter d’inverser la tendance, l’agence de communication choisie par l’UPE devra donc « identifier des messages forts » pour convaincre de la « contribution économique, sociale et sociétale » de la publicité en extérieur. Quitte à se mettre en contact avec les journalistes pour « corriger les asymétries » de leurs articles, en leur envoyant des publications scientifiques. « J’entends bon nombre d’arguments factuellement inexacts et de fausses idées sur le sujet, explique le président de l'UPE, Stéphane Dottelonde, contacté par L’Informé. Visiblement, notre message ne passe pas et tout ce qu’on a fait de vertueux, en matière de trajectoire carbone et de plan de sobriété, a du mal à percoler ». De son côté, Thomas Bourgenot, l’activiste écolo, soupire : « Dès qu’il y a des lois ou initiatives pour freiner le secteur, l’UPE fait absolument tout pour continuer à vendre ses écrans et utilise toujours les mêmes éléments de langages pour montrer patte verte. »
Mi-octobre, le lobby n'avait toujours pas identifié son agence partenaire et commençait même à douter de l'efficacité d'une telle campagne...