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Continuer la lectureCanard Enchaîné : victoire de Christophe Nobili contre ses ex-patrons
Toujours en poste au sein du journal satirique, le journaliste connu pour la révélation de l’affaire Fillon avait attaqué Nicolas Brimo et Michel Gaillard notamment pour harcèlement moral et discrimination syndicale.
(Petit) pan sur le bec ! Selon nos informations, Nicolas Brimo et Michel Gaillard, respectivement directeur général et président du Canard Enchaîné jusqu’en 2023, ont été condamnés par le Conseil des prud’hommes de Paris à verser 20 000 euros de dommages et intérêts au journaliste Christophe Nobili p...
Toujours en poste, avec un salaire mensuel de base de 5 950 euros, le journaliste réclamait toutefois beaucoup plus : 192 000 euros au total pour harcèlement moral, discrimination syndicale, violation de la liberté d’expression, atteinte de son droit à l’image, et contrefaçon. Intervenants volontaires à ses côtés, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et le SNJ-CGT demandaient l’un et l’autre à chacun des anciens dirigeants du Canard 20 000 euros, pour des « agissements qui portent atteinte à la profession de journaliste ». Ils n’obtiennent finalement que 500 euros par chacun des patrons.
Entré au Canard en 1997, Christophe Nobili a vu les choses se compliquer en 2021. Selon son avocate, maître Ktorza, de premières investigations menées par le journaliste sur la propriété du journal et l’utilisation des fonds auraient commencé à déranger ses patrons. Son lobbying pour organiser des élections professionnelles dans un journal qui n’en a jamais connues n’aurait ensuite rien amélioré. Mais surtout, le 10 mai 2022, l’enquêteur a déposé une plainte auprès du procureur de la République pour dénoncer un emploi fictif au sein du journal : selon lui, la femme du dessinateur André Escaro - parti en retraite - aurait été payée pendant des années à sa place. À partir de là, « On va le harceler, lui pourrir la vie pour le contraindre à démissionner », relate son avocate. Décidé à rester, le rédacteur fera l’objet d’une mise à pied avec une suspension de salaire de deux mois, et d’une tentative de licenciement finalement refusée par l’inspecteur du travail puis le ministre du Travail. Ostracisé dans la rédaction, Nobili raconte avoir subi des violences verbales : « Balance de flics », « les traîtres, on leur casse la colonne vertébrale »… Sa liberté d’expression aurait été mise à mal : « il est mis en cause dans les colonnes du Canard mais on lui refuse d’intervenir et de répondre. » Son image, aussi : « on essaie de le réduire à néant et de le salir auprès du lectorat ». Des articles auraient même été publiés en effaçant son nom ». « Un véritable enfer », a résumé le journaliste devant le conseil des prud’hommes, lors d’une audience tenue le 29 novembre dernier. .
Face à lui, Jérémie Assous, avocat de Nicolas Brimo et de Michel Gaillard, avait dépeint une toute autre version, détaillant la volonté de nuire de Christophe Nobili, balayant le reproche de discrimination syndicale, et décrivant un journaliste aigri, qui se rêvait rédacteur en chef adjoint. « Il se venge sur ceux qu’il estime responsables de sa non-promotion », avait lancé l’avocat.
« Ce n’est pas une petite victoire, c’est une victoire !, commente aujourd’hui maître Ktorza. On part de très loin. Je me souviens de cette audience qui a duré 3 heures et où la partie adverse a tout fait pour qu’elle ne se tienne pas.“ Et d’ajouter :” Les prud’hommes ont retenu la condamnation à titre personnel de Nicolas Brimo et Michel Gaillard, c’est quelque chose que je n’avais jamais vu dans ma carrière. » Un appel peut encore être formé.