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Industrie

La France investit 80 millions d’euros dans le nouveau duo Arquus-John Cockerill Défense

Le mariage entre le fabricant de véhicules blindés français et le spécialiste des systèmes d’armes belge sera finalisé début juillet. La valorisation des titres de l’entreprise atteint environ 800 millions d’euros.

Le Fortress MK2 d’Arquus au salon Eurosatory
Le Fortress MK2 d’Arquus au salon Eurosatory VALENTINE CHAPUIS / AFP

Le voile se lève sur le volet financier du rachat du français Arquus par le groupe belge John Cockerill Défense (JCD). Dans les tuyaux depuis l’automne 2023, le rapprochement entre le spécialiste tricolore des véhicules blindés et le fournisseur de systèmes d’armes d’outre-Quiévrain, dont l’Informé a...

Les acteurs concernés restent silencieux sur les ultimes étapes du mariage, mais toujours selon nos informations, la finalisation devrait intervenir début juillet. « Le temps de lever les dernières autorisations administratives dans les pays - non européens - où John Cockerill Défense et Arquus livrent tous deux des matériels et où il convient de s’assurer que ce rapprochement ne les placerait pas en situation trop dominante », explique un proche du dossier. Ces dernières réserves ne sont cependant pas de nature à remettre en cause le deal. Souhaité par Paris et Bruxelles et appuyé par l’Union européenne, il renforce une coopération bilatérale déjà forte entre les deux nations, France et Belgique étant liées dans plusieurs programmes communs (projet « CaMo » de livraison de véhicules blindés à l’armée belge…).

Nouveau partenaire industriel

Observée de près par la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne, la mise en place de ce tandem laisse augurer de futurs mécanos, et notamment l’arrivée éventuelle d’un autre industriel au capital du nouvel ensemble. L’interview donnée le 17 juin par le PDG du groupe John Cockerill, François Michel, au quotidien belge L’Écho a relancé les supputations : le dirigeant s’est dit « ouvert à moyen terme » à l’hypothèse, gageant que le « scénario [était] clairement sur la table ». Selon La Lettre, une ouverture du capital au groupe d’armement terrestre KNDS - né du rapprochement du français Nexter et du fabricant d’outre-Rhin de véhicules militaires Krauss-Maffei Wegmann - serait d’ailleurs poussée par John Cockerill.

L’hypothèse a ses partisans. « L’entrée de KNDS renforcerait le groupe et éviterait qu’il soit une proie potentielle pour le numéro 1 allemand de l’armement terrestre Rheinmettal », estime un spécialiste du secteur. Cette arrivée ouvrirait aussi une fenêtre à Arquus et John Cockerill Défense sur le programme franco-allemand du futur char de combat MGCS (Main Ground Combat System). Ni l’un ni l’autre ne sont associés à ce projet, censé mettre au point le remplaçant des chars Léopard 2 allemands et Leclerc tricolores, et dont KNDS et Rheinmettal sont les fers de lance. KNDS s’en tient de son côté officiellement à une position d’observateur, se félicitant de la consolidation globale de la BITD européenne et se réservant de « regarder tous les types de partenariats allant dans ce sens ».

La piste d’un troisième larron a aussi ses sceptiques. « Monter des coopérations européennes n’est pas si facile, rappelle un familier du dossier. Un tel élargissement dépendra aussi beaucoup de la façon dont va évoluer l’équilibre des pouvoirs entre Français et Allemands dans KNDS. Leur entente est parfois « à éclipses »… » La gouvernance du groupe franco-allemand doit d’ailleurs changer en fin d’année : le président du conseil d’administration français Philippe Petitcolin cédera sa place à un allemand et le PDG germanique Frank Haun abandonnera son poste à un tricolore. « Avant tout nouveau changement, il faut d’abord voir comment la fusion entre Arquus et John Cockerill Défense va fonctionner ».

Contacté, le groupe John Cockerill Défense n’a pas répondu à nos sollicitations.

L’État belge, tiers indispensable de l’opération

Poussé par la France, le rapprochement entre John Cockerill Défense (JCD) et Arquus fait entrer au capital les États belge et français. Un changement de taille pour la maison mère de JCD, le groupe liégeois John Cockerill, également actif dans l’environnement, les services et l’industrie. Détenue par l’homme d’affaires Bernard Serin, l’entreprise revendique un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2023 pour 6 000 salariés. « C’est la première fois que l’État belge prend une participation dans ce groupe jusqu’ici 100 % privé, note Georges Heeren, responsable du secteur aéronautique, espace et défense d’Agoria, la plus importante fédération industrielle belge. Cela montre que nos pouvoirs publics font plus attention à nos joyaux industriels et prennent conscience de la nécessité d’accroître notre autonomie nationale ». En prenant 10 % des titres de JCD, via son fonds souverain, la Belgique répond aussi à une demande expresse française de sécuriser le capital du groupe pour que son fleuron ne soit pas susceptible d’être cédé ensuite à d’autres acquéreurs sans son contrôle.

Le titre de l’article a été modifié le 1er juillet 2024.