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Continuer la lectureLes thermes Napoléon, cas d’école du système Bernard Bensaid (groupe Avec)
La liquidation de l’établissement de Plombières-les-Bains (Vosges) est une mauvaise nouvelle pour son actionnaire, le groupe Avec. Moins pour le patron de cet empire qui pourrait encore dégager une plus-value sur les murs du site, grâce à un montage assez alambiqué.
Une liquidation de plus dans la nébuleuse Avec. Le tribunal de commerce de Bobigny a mis la Nouvelle société des résidences Napoléon (NSRN) en liquidation judiciaire ce jeudi 28 novembre. La Nouvelle Compagnie Thermale de Plombières (NCTP) devrait subir le même sort dans quelques jours, une fois parti le dernier curiste. Derrière ces deux dénominations très juridiques se cachent les célèbres Thermes Napoléon, dont la première pierre fut posée par Napoléon III en 1857 et virent défiler toute la jet-set du XIXe siècle, avant de perdre de leur lustre au fil des décennies. Jusqu’à une première liquidation en 2011 et leur reprise à la barre par Bernard Bensaid. Treize ans plus tard, cette petite ville de 1500 habitants vit donc un mauvais remake.
Contacté par L’Informé, Bernard Bensaid confirme que le chiffre d’affaires de la NSRN a « fortement chuté », tombant à 600 000 euros en 2023. Avant la crise covid, ces deux sociétés réalisaient environ 5 millions de chiffre d’affaires annuel, 3 pour l’activité thermale et 2 pour les résidences et restaurants. Pour la station thermale vosgienne, la liquidation des activités, qui emploient encore 37 salariés pour les 2 sociétés, reste une catastrophe. L’impact est plus marginal pour l’empire Avec (anciennement Doctegestio), qui comptait fin 2023 plus de 11 000 salariés dans la santé, les maisons de retraite et le tourisme pour un chiffre d’affaires d’environ 600 millions d’euros. Mais le sort de Plombières est un cas d’école du « système Bensaid ».
Dans Vosges matin, Bernard Bensaid fustigeait récemment un « beau gâchis ». Dans ses réponses à L’Informé, il précise : « Le groupe Avec a investi 12 millions dont 6 millions en investissement dans les installations et en particulier dans le réseau d’eaux et 6 millions dans le financement des pertes d’exploitation ».
Une déclaration pour le moins étonnante puisque dans une note adressée à l’administrateur judiciaire que L’Informé s’est procurée, ce même montant de 12 millions d’euros agrégeait cette fois le prix d’acquisition - un peu moins de 260 000 euros au total -, la reprise de 650 000 euros de dettes et de sûretés bancaires - presque 4 millions d’investissements essentiellement pour mettre aux normes le réseau de canalisations… et 8 millions de pertes cumulées depuis la reprise.
Surtout, si la NCTP est bien liquidée comme la NSRN, les salariés seront licenciés, et les créanciers, comme l’Urssaf, et comme la ville de Plombières, à qui les thermes doivent 260 000 euros pour la fourniture des eaux thermales, ne seront pas payés.
Les actifs immobiliers restent en revanche à l’écart du naufrage. Ils sont en effet logés dans la SCI Patrimoine de Plombières, elle-même détenue par une autre SCI du groupe, DG Investissements, qui n’est sous le coup d’aucune procédure collective. Un an après la reprise des thermes, l’homme d’affaires avait obtenu du tribunal de dissocier les activités des actifs immobiliers. « La dissociation […] a correspondu à la dissociation réalisée par l’ancien exploitant », nous indique-t-il aujourd’hui. Toujours est-il qu’en 2012, il a ainsi pu acquérir pour 157 500 euros tous les bâtiments, séparément des activités déficitaires à redresser, via la structure DG Hôtels, avant que celle-ci ne soit cédée à DG Investissements en 2022, une autre SCI du groupe à l’abri de toute procédure.
Aujourd’hui, comme les collectivités (commune, département, région) veulent relancer l’activité autour d’une société d’économie mixte à créer, Bernard Bensaid, gérant des SCI DG Investissements et Patrimoine de Plombières, peut négocier la vente des bâtiments, peu entretenus et dégradés, mais valorisés 2,5 millions par les Domaines en 2023 et 4,8 millions par BPCE en 2022. Combien en veut le patron d’Avec ? « Le prix des Domaines plus 10 % comme la loi le prévoit si ce sont des personnes publiques qui rachètent, répond-il. Plus si c’est une personne privée.» Dans tous les cas, Bernard Bensaid aura réalisé une très belle plus-value par rapport aux 157 500 euros déboursés en 2012.
Article modifié le lundi 16 décembre 2024 avec des précisions sur la propriété des murs du site de Plombières-les-Bains