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Continuer la lectureGroupe Avec : les administrateurs judiciaires ne croient pas au plan de Bernard Bensaid
Le fondateur de cet empire médico-social en grande difficulté cherche à convaincre la justice de lui laisser les rênes. Mais ses hypothèses semblent audacieuses.
Le canevas tissé par le groupe Avec depuis près de 20 ans est peu à peu démêlé par la justice. En première ligne, les administrateurs judiciaires Me Aurélia Perdereau et Me Nicolas Deshayes en charge du dossier tentent d’évaluer la viabilité de ce géant du médico-social - 11 000 salariés, 600 million...
Dans leur rapport datant du 15 novembre, remis aux différentes parties, et que l’Informé a consulté, les administrateurs mettent d’abord en évidence plusieurs étrangetés financières, notamment par l’analyse fouillée des comptes de six sociétés : Avec SA et Avec.fr, sociétés faîtières qui facturent des frais de structure au reste du groupement, DG Santé, la sous-holding (non animatrice) du pôle santé, DG Help qui assure les prestations supports pour les activités médico-sociale ainsi que l’AMAPA et l’ASTL, deux associations mises en redressement judiciaire.
Premier constat : les frais de structure et de services facturés par Avec et Avec.fr sont trop lourds. Ce point n’est pas anodin, puisque ces facturations ont suscité à Grenoble, Ollioules (Var) et Marseille trois dépôts de plaintes, le premier ayant abouti à la mise en examen de Bernard Bensaid pour « détournement de fonds publics » et « prise illégale d’intérêts » par le parquet de Grenoble. Le Parquet national financier (PNF) instruit les deux autres.
Sur Avec SA, la holding du groupe, le rapport pointe un « climat social (...) délétère » et de « nombreux arrêts de travail ». De plus, « les 34,5 millions d’apports annoncés par l’actionnaire ne sont pas encore disponibles » soulignent les administrateurs judiciaires. 85 % de cet apport doit venir de la vente de l’immobilier et des terrains de la clinique Bonneveine (Marseille), alors que la structure qui porte l’activité et loue ces locaux fait l’objet d’un plan de cession des activités qui sera examiné le 11 décembre prochain.
C’est justement sur Avec SA que porte le plan de reprise de Bernard Bensaid, qui doit lui permettre « par ruissellement » de poursuivre l’activité de tout le groupe. C’est peu dire que les administrateurs judiciaires n’y croient pas. D’abord, ils s’étonnent d’avoir reçu « de nombreuses versions » du projet, « sans que jamais les problématiques de fond soient présentées et traitées. » Ils soulignent aussi que le plan se base sur un niveau de facturation de frais « illusoire » ou « qui tendent à sortir du périmètre ». Enfin, dans son projet, le fondateur d’Avec ambitionne de racheter plusieurs créances pour renflouer les caisses. Le rapport juge cette hypothèse « totalement exclue » en raison du « caractère majoritairement frauduleux des faits à l’origine de la constitution de ces créances ».
À défaut de ce plan de reprise global, les administrateurs privilégient donc une dissociation des audiences et envisagent des sorts différenciés, le plus souvent mise en liquidation ou cession des structures.
Le sort de l’Apats (Association d’aide à la promotion d’un accès pour tous a une offre de soins), regroupant une dizaine de centres dentaires et médicaux en Île-de-France et employant plus de 250 salariés, à été scellé avant même l’audience de ce mercredi par le tribunal de commerce de Bobigny : les salariés ont été informés par mail que la seule offre, partielle, a été jugée acceptée. Celle-ci émane de Roland Masotta, qui a longtemps dirigé deux centres de santé mutualistes à Paris. Il avait proposé de reprendre six des dix centres et les deux tiers des salariés. Deux autres ont été jugées irrecevables et le groupe Ramsay, qui a mis la main sur le Cosem cet été, a jeté l’éponge en cours de route. Bernard Bensaid se serait engagé à la barre du tribunal à ne pas s’opposer à cette reprise, désormais validée par la justice.
Les administrateurs demandent aussi la mise en liquidation de Cœur Vie Service, une structure d’aide à domicile employant 128 salariés dans l’Eure et l’Oise. Les deux seules offres de reprises n’envisagent de reprendre que 20 % des salariés.
Pour le reste, les administrateurs judiciaires voudraient… du temps, avec de multiples demandes de renouvellement de période d’observation. C’est le cas pour l’hôpital Chantilly Les Jockeys, constitué de trois structures lucratives et commerciales très imbriquées, qui affiche un chiffre d’affaires de 26,5 millions d’euros pour 2 millions de pertes en 2023, emploie environ 210 salariés et affiche une dette, bancaire pour l’essentiel, de 20 millions d’euros. Cette clinique, placée en redressement judiciaire en 2011, est tombée dans l’escarcelle du groupe Avec en 2018, avec la bénédiction des élus locaux à l’époque.
« Le groupe Avec/Doctegestio était le seul repreneur. Il s’était engagé à apporter 1 million d’euros de trésorerie et assumer le redressement jusqu’au bout, ce qui n’a pas été le cas », regrette François Deshayes, président de la Communauté de communes de l’Aire cantilienne (CCAC), et administrateur, aux côtés de l’ancien ministre Éric Woerth notamment, de la structure associative qui gère la clinique. Longtemps, les élus locaux, soucieux de maintenir coûte que coûte une offre de soins hospitalière à Chantilly, entre Senlis et Creil, ont voulu croire en Bernard Bensaid. Désormais, le torchon brûle entre les édiles et le groupe Avec. Les premiers devraient rapidement devenir majoritaires au sein de l’instance ce qui permettra à la CCAC d’acheter les murs de l’établissement au prix plancher de la fourchette d’estimation des Domaines, entre 8 et 11 millions d’euros.
Un autre dossier pourrait aussi coûter cher aux finances publiques : celui de la clinique de Saint-Jean l’Ermitage à Melun (Seine-et-Marne). Cette structure privée est née de la fusion des hôpitaux de Fontainebleau, Montereau, et Nemours en 2017, sous l’impulsion notamment de Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau et d’Yves Jego, maire de Montereau à l’époque, et un temps secrétaire général du groupe Avec. Cette clinique qui a réalisé en 2022 un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros pour 1,7 million de pertes (les comptes 2023 ne sont pas encore disponibles), a été placée en redressement judiciaire en 2017 et ce plan était censé s’achever en mai 2024. Les administrateurs judiciaires suggèrent aujourd’hui sa prolongation exceptionnelle pendant six mois, pour permettre à l’hôpital public d’acquérir les actifs immobiliers de la clinique de Saint-Jean l’Ermitage, valorisés au moins 40 millions d’euros par les Domaines. Cette prolongation du redressement de DG Santé pourrait aussi permettre aux collectivités des Vosges de reprendre les thermes de Plombières-les-Bains afin d’éviter leur disparition.
Pour la quinzaine de centres de vacances du groupe, les administrateurs demandent le renouvellement de la période d’observation, le temps de pouvoir étudier les 13 offres reçues. Il n’y a guère que pour DG Hôtels, l’activité hôtelière, dont la situation a été partiellement apurée grâce à la cession de deux structures, et DG Help, l’accompagnement à domicile, pour lesquelles les administrateurs judiciaires estiment qu’un plan de continuation peut être mis en œuvre. Encore faut-il pour DG Help que la pièce maîtresse de l’activité, l’association Amapa, soit aussi dans cette situation. L’Amapa, elle aussi en redressement judiciaire, est traitée au tribunal judiciaire de Metz.
Contacté, Bernard Bensaid n’avait pas répondu à nos questions à l’heure de notre publication.