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Santé

Groupe Avec : l’étonnant Meccano financier de Bernard Bensaid

L’écroulement en cours de cet empire de 11 000 salariés spécialisé dans la santé et les Ehpad met à jour les pratiques comptables de son fondateur.

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Compte X de Bernard Bensaid

Les déboires du groupe Avec permettent chaque semaine de dévoiler un pan supplémentaire de l’empire hétéroclite bâti par Bernard Bensaid. La semaine dernière, on a par exemple appris la fermeture définitive de DG Optique, une enseigne rassemblant une vingtaine de magasins d’optiques dont pas grand mo...

Mais jusqu’à quand ce château de cartes va-t-il tenir ? La holding de tête, AVEC SA, est en procédure de redressement judiciaire depuis le 7 mars. DG Health - la structure rassemblant les cliniques - ainsi que TMSI SA et AVEC.FR qui facturent des services de E-santé aux entités de l’ensemble le sont depuis le 23 mai. Enfin, DG Help, tête des services d’accompagnement à domicile et des EHPAD, l’est depuis le 27 juin. Au-delà de ces sociétés, c’est surtout le sort des structures à but non lucratif de l’empire qui inquiète. Selon un document interne, elles représentaient 71 % du chiffre d’affaires et 81 % des effectifs du groupe à fin décembre 2023. Les centres de santé de l’APATS sont par exemple proposés à la reprise sur le compte LinkedIn de l’administrateur judiciaire Thevenot Partners. Celui du Moulinet, dans le 13e arrondissement à Paris, a suscité de nombreuses questions d’élus lors du dernier conseil de la capitale en juillet.

Le cas du Groupement Hospitalier de Mutualiste (GHM) de Grenoble est encore plus symptomatique, puisqu’il compte 430 lits et emploie 1 100 salariés et 200 médecins. Il a été placé sous administration provisoire en mai 2023, quatre mois après la mise en examen de Bernard Bensaid pour « détournement de fonds publics » et « prise illégale d’intérêts » par le parquet de Grenoble. La justice enquête sur les flux financiers organisés entre le GHM et d’autres structures du groupe. Du fait de cette mise sous tutelle judiciaire, la clinique ne reverse plus à la maison mère que la redevance (un demi-million d’euros par an environ) liée aux comptes de messagerie Google. L’autre convention de facturation a été bloquée par les administrateurs provisoires. Un manque à gagner de l’ordre de 1,5 million d’euros par an pour AVEC.

Le dossier de l’AMAPA, et ses 3 500 salariés dédiés à l’aide à domicile, représente aussi un enjeu majeur. Selon nos informations, alors qu’elle connaît des difficultés financières au point d’avoir été placée en redressement judiciaire le 3 juillet dernier, cette association a prêté pas moins de 22 millions d’euros à d’autres branches du mouvement. Dont 5,7 millions à Association senior temps libre (ASTL), basée à Metz. « L’ASTL joue le rôle de caisse de centralisation, les fonds sont reçus par l’ASTL et distribués aux différentes structures du groupe » a justifié Bernard Bensaid lors d’un récent CSE de l’UES (Unité économique et sociale) médico-sociale du groupe. Ajoutant qu’il s’agissait de « protéger la trésorerie de l’AMAPA contre d’éventuelles saisies ». Contacté par L’Informé, Bensaid confirme le principe de cette centralisation, mais précise que la créance de l’AMAPA n’était plus que de « 2 à 3 millions d’euros » au moment du redressement judiciaire.

Étonnante association que cette ASTL qui, malgré un chiffre d’affaires de seulement 400 000 euros, affiche plus de 4 millions d’euros de trésorerie et un patrimoine immobilier conséquent, dont un hôtel particulier du XVIIIe siècle dans le centre historique de Metz.

Une dernière opération comptable entre plusieurs entités de la maison intrigue aussi les observateurs. En 2022, DG HOTELS a vendu sa filiale DG Santé à AVEC SA pour 18,2 millions d’euros. Cette cession lui a permis d’afficher un bénéfice exceptionnel de presque 17 millions d’euros et de remonter 11 millions d’euros de dividendes à AVEC SA. Étrangement, DG Santé, en perte selon les derniers comptes publiés pour 2021, a été mise en redressement judiciaire le 30 novembre 2023, et en cessation de paiement dès le 18 avril 2023, soit huit mois après l’assemblée générale ayant décidé de la vente, semant le doute sur sa valorisation. « Pour DG HOTELS cela a été une bonne opération. Pour AVEC SA aujourd’hui, cela n’a pas été une bonne opération, car la participation DG Santé s’est fortement dépréciée » confirme Bernard Bensaid qui évoque l’affaire Orpea, la guerre en Ukraine et la hausse de prix de l’énergie pour expliquer ces difficultés.

Malgré les multiples mises en redressement judiciaire et liquidations, Bernard Bensaid se dit toujours confiant. Le prochain rendez-vous au tribunal de Bobigny est fixé au 25 septembre prochain indique-t-il. Il compte proposer un plan de continuation de l’activité, avec la promesse d’une augmentation de capital de 36 millions d’euros au niveau de la holding AVEC SA.