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Les boulistes VIP de Montmartre risquent une amende de 91 000 euros face à la Ville de Paris

Au Conseil d’État, le Club Lepic Abbesses Pétanque (CLAP) qui gérait ce terrain prisé des stars du quartier est en passe de perdre définitivement son combat contre la mairie, qui pousse pour un projet hôtelier.

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STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

C’est sans doute l’une des associations de boulistes les plus people de France. Ses habitués ? L’acteur Eric Elmosnino ou encore le rugbyman Fabien Galthié. Ces derniers mois, elle a même reçu sur ses pistes Zizou ou Yannick Noah, venus lui apporter son soutien. Car, malgré son carnet d’adresses bien fourni, le Club Lepic Abbesses Pétanque (le CLAP) de Montmartre est menacé de fermeture imposée.

Empêtrée dans un combat avec la ville de Paris - nous y reviendrons - l’association a été condamnée en avril dernier à quitter le terrain qu’elle occupait depuis près d’un demi-siècle sur la célèbre butte de la capitale. Pour contester l’expulsion, plusieurs membres de l’association et renforts n’ont pas hésité à se relayer nuit et jour sur le boulodrome, jusqu’à octobre dernier. Mais cette mobilisation risque aujourd’hui de coûter très cher au club parisien. Lors d’une audience tenue ce jeudi 16 janvier au Conseil d’État, la rapporteur public s’est prononcée en faveur d’une astreinte que l’association pourrait être amenée à payer pour avoir ainsi occupé les lieux avant que les forces de l’ordre ne finissent par intervenir. La magistrate, dont l’avis est le plus souvent suivi par la juridiction, a ainsi recommandé le versement de la somme de 91 500 euros à la Ville, un montant qui correspond aux 500 euros par jour d’occupation de la ZAD constatée entre le 20 avril et le 21 octobre 2024.

Pour bien saisir ce qui se joue dans cette affaire, mêlant à la fois un club de pétanque, la mairie de Paris, une kyrielle de people et un hôtelier, un rapide retour en arrière s’impose. Véritable institution sur la butte, l’association de boulistes du CLAP a depuis les années 70 grandi au 17/23 avenue Junot sur un terrain communal que lui avait octroyé à titre gracieux la municipalité. Au fil des décennies, l’association qui a atteint à son pic près de 300 licenciés est devenue le premier club de pétanque de Paris et le plus féminin de France.

Mais en 2023, la lune de miel entre l’organisation et la Ville tourne au vinaigre : à l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt concurrent, la mairie de Paris décide d’attribuer le fameux terrain de 9 boulodromes (tous taillés pour la compétition !), à Oscar Comtet, propriétaire de l’hôtel particulier Montmartre (via la société Fremosc), un établissement de luxe voisin bien connu des touristes fortunés en goguette sur la butte. Une convention d’occupation du domaine lui est octroyée pour une durée de 12 ans, moyennant une redevance annuelle de 60 000 euros. À charge pour le propriétaire de l’hôtel - qui voit sans doute là l’opportunité d’aménager l’espace vert autour de son établissement - de prendre soin du terrain communal en revégétalisant, entre autres, l’espace.

S’ensuit le début d’un conflit juridique. À l’initiative de la Ville de Paris, une procédure administrative est lancée pour demander l’expulsion du club de boulistes. Une demande qui sera finalement validée par le Conseil d’État en avril 2024, au motif que l’association occupait bien un espace public « sans droit ni titre », et que celle-ci faisait « obstacle à l’exécution » de la convention actée par la Ville. Prise à défaut par cette décision, l’association, soutenue par des collectifs de riverains, ainsi que bon nombre de personnalités (Pierre Richard, Fabrice Luchini…) et d’élus (Yves Contassot ou Pierre-Yves Bournazel) ont alors multiplié les pétitions et les appels à médiation pour trouver une issue à la cause du CLAP. Avant d’organiser la fameuse occupation des lieux qui pourrait lui coûter une petite fortune.

Le club de pétanque le plus célèbre de France n’a pas encore réagi à nos sollicitations mais une chose est sûre : cette histoire digne d’un roman est loin d’avoir livré son dernier épisode. Quatre recours séparés ont été déposés (par le CLAP, le collectif de riverains Junot Lepic, ainsi que par les élus Emile Meunier et Pierre-Yves Bournazel) auprès du tribunal administratif pour contester sur le fonds la convention accordée par la Ville à l’hôtel particulier Montmartre. « Nous contestons le caractère non cadré de cette convention, la non prise en compte du classement protégé Maquis de Montmartre, qui laisse une grande liberté à la Holding Financière Fremosc, propriétaire de l’Hôtel de luxe attenant pour faire à peu près ce qu’il veut, ainsi que les utilisations malhonnêtes de prétendus partenariats inexistants avec des ’associations de défense de l’environnement qui étaient destinés à faussement verdir le projet et tromper la commission d’évaluation », explique Laurent Ostrowsky, porte-parole du collectif de riverains Junot Lepic. De son côté, Pierre-Yves Bournazel, tape encore plus fort : « Mon recours vise aussi à contester le vote du projet qui a été soumis au Conseil de Paris et pour lequel la convention n’avait même pas été communiquée aux élus. Du jamais vu !, tonne l’élu. C’est comme si on nous demandait de signer un bail sans visiter l’appartement. » Les premières décisions sont attendues pour le premier trimestre 2025.

Contactée, la mairie de Paris n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment où nous avons publié cet article. De son côté, Oscar Comtet a refusé notre proposition d’entretien.

Pour sa part, le Conseil d’État devrait rendre sa décision concernant l’astreinte à payer dans les prochaines semaines. Pour tenter de réduire la douloureuse, l’avocate à l’association, Myriam Gougeon, a dénoncé à l’audience « une proposition d’astreinte déconnectée de la réalité », soulignant que « le CLAP ne compte plus à date que 115 membres, s’acquittant d’une licence de 70 euros, dont 60 % reversés à la Fédération ». Insistant sur le fait que l’amende envisagée pourrait conduire « à la mise à mort  » de l’association, celle-ci a plaidé pour « a minima en modérer le montant ».