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Continuer la lecture« Un climat social intolérable » : à la Fepem, les coulisses du PSE en négociation
En perte de vitesse, la fédération des particuliers employeurs prévoit de supprimer un tiers de ses effectifs. Une situation qui suscite de fortes tensions internes.
« C’est un choix qui est difficile humainement, mais c’est un choix de responsabilité pour la pérennité de la FEPEM. » Ce lundi 4 mai, le président de la fédération des particuliers employeurs a précisé à ses employés les contours du plan social actuellement en négociation avec les élus de l’organisation, qui emploie plus de 120 salariés. Fin mars dernier, l’annonce de ce PSE, révélée par la revue spécialisée l’Assmat, a fait l’effet d’une bombe au sein du syndicat patronal, déjà ébranlé par de nombreuses déconvenues. C’est en 2024 que les murs de la fédération chargée de défendre les droits de 3,3 millions de particuliers français ont commencé à trembler. Au coeur de cette crise interne, on trouvait alors la présidente historique de l’organisation Marie Béatrice Levaux, visée par des plaintes pour des faits d’abus de confiance et de corruption passive d’agent privé. Des enquêtes ont depuis été ouvertes par le parquet de Paris à la suite de ces plaintes.
Depuis, la puissante organisation ne cesse de dégringoler : en février 2025, un rapport de la Cour des comptes a mis en évidence une situation de conflit d’intérêts entre la Fepem et un organisme de formation fondé et dirigé par Marie Béatrice Levaux. En juillet suivant, un premier décret a privé la fédération de l’intégralité des plus de 340 sièges qu’elle détenait dans les Conseils des prud’hommes français pour y représenter les employeurs. En décembre, via un deuxième texte du gouvernement, la Fepem a perdu son monopole historique dans la branche : son concurrent, le syndicat des particuliers employeurs, est désormais représentatif à près de 49 %. Et comme l’a révélé Le Parisien, le conseil d’Etat vient de rejeter son recours contre les deux décrets. Par ailleurs, l’organisation a aussi perdu son siège au très prisé Conseil économique social et environnemental (Cese). En cause, peut-on lire dans le rapport de l’organisation ? « La situation interne de l’organisation. »
C’est donc suite à cette avalanche de déconvenues qu’un projet de PSE a été enclenché au sein de la fédération, à en croire sa direction : « Ce projet de PSE est notamment motivé par le changement des règles de calcul de la représentativité décidé de manière brutale et sans concertation par la DGT, indique le directeur général Schany Taix à l’Informé. Ce changement prive la Fepem de près de la moitié de son budget ce qui impose de revoir notre modèle et notre organisation. » Un lien de cause à effet remis en cause par plusieurs salariés et anciens salariés de l’organisation : « La FEPEM dégringole mais pas uniquement à cause de la perte de la représentativité, alerte une d’entre elles, surtout à cause de la mauvaise gestion de notre direction. Nous avions des réserves financières énormes », estime également l’employée. « La Fepem oriente sa communication autour du PSE sur la perte de sa représentativité et donc de financement, mais il y a une autre cause à la racine, abonde un autre. Ils ont servi des intérêts personnels, et ce sont les salariés qui trinquent. »
Selon nos informations, à ce jour, le PSE prévoit la suppression de 42 emplois sur les plus de 120 salariés que compte l’organisation. Lors de la réunion du 4 mai, Schany Taix a développé les contours du projet, après avoir invité l’assemblée à accueillir son propos « à la foi en solidarité et en dignité ». Le PSE prévoit donc une grande réorganisation de la fédération, avec des suppressions de postes visant « l’ensemble des services ». Dans le détail, l’ensemble du service des chargés des relations clients est amené à disparaître et à être externalisé. D’autres pistes pourraient entraîner des suppressions de postes conséquentes notamment la fusion des directions juridique et RH, la réintégration de l’observatoire de l’emploi à domicile au sein de la Fepem ou la suppression de sa cellule nationale de la direction du développement territorial. Le DG de la fédération envisage enfin un plan de départs volontaires et un déménagement pour opérer une « réduction drastique » de ses frais locatifs.
Face à ces annonces, certains salariés ont exprimé leur désarroi, l’une d’entre eux évoquant le « mépris » de la direction. La pilule passe d’autant moins que, lors de cette réunion, Schany Taix a également dressé la priorité de la Fepem pour le deuxième semestre 2026, à savoir « pouvoir s’appuyer sur des prestataires extérieurs » mais aussi opérer des « investissements forts et lourds » en matière de communication. « Pourquoi consacrer la plus grande partie du budget dans des projets technologiques et en campagnes publicitaires ? Pourquoi ne pas allouer une partie de ces investissements, une partie de ces budgets pour préserver les emplois ? », s’est interrogé le CSE dans la seconde partie de la réunion.
Dans un tract diffusé ce 6 mai, la CFDT de l’entreprise a dénoncé un projet « surdimensionné » et « insuffisamment justifié », évoquant notamment des éléments économiques transmis par la direction « incomplets et discutés ». Concernant la nouvelle organisation envisagée, le syndicat a indiqué craindre des impacts « significatifs » sur les conditions de travail, une « dépendance accrue à la sous-traitance », ainsi que des « risques organisationnels et psychosociaux ». « Mes collègues sont amorphes, tétanisés, confirme de son côté une source interne présente à la réunion. Nous vivons depuis deux ans dans un climat social intolérable. »
Interrogé, le directeur de la Fepem précise à l’Informé que l’organisation de la réunion du 4 mai a été « vivement recommandée par la médecine du travail et la cellule psychologique de la Fepem pour dissiper le flou dans lequel se trouvaient nombre » des collaborateurs. Et d’ajouter que toutes les mesures évoquées sont « à l’état de projet. L’objectif des discussions en cours depuis près de deux mois avec le CSE et la délégation syndicale est bien de définir les contours précis de ces mesures. Je ne peux m’exprimer plus avant par respect pour notre délégation syndicale et notre CSE, le cadre de nos discussions étant soumis à une stricte confidentialité. » Schany Taix tient également à préciser que, depuis l’ouverture du dialogue, « toutes les demandes d’informations ont été honorées. Elles continueront de l’être » Prochaine étape : une prochaine séance de négociations en CSE le 12 mai prochain.