Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Grande conso

Picard Surgelés : Moez-Alexandre Zouari veut compléter le tour de table

L’homme d’affaires cherche de nouveaux alliés prêts à entrer à ses côtés dans l’enseigne dont il partage le capital avec le fonds britannique ICG.

Photo
JULIE SEBADELHA / AFP

Y aura-t-il encore du nouveau au capital de Picard Surgelés ? À première vue, la question peut surprendre dans la mesure où, en début d’année, Moez-Alexandre Zouari a pris le contrôle de la célèbre enseigne de magasins de produits surgelés. Grandement aidé par le fonds britannique ICG, l’homme d’affaires a en effet acquis les 52 % du capital encore aux mains de Lion Capital. Couronnant ainsi sa montée en puissance dans l’entreprise dont il était devenu actionnaire en 2019… Mais la composition définitive du tour de table n’est peut-être pas totalement achevée. Car Moez-Alexandre Zouari cherche des investisseurs prêts à s’offrir un ticket minoritaire dans le groupe, a appris l’Informé.

Moez-Alexandre Zouari porte en fait ce projet depuis de longs mois - il précède même le rachat de la participation de Lion Capital. Cette éventualité avait été très succinctement mentionnée dans des rapports publiés cet automne par S&P, Moody’s et Fitch, les trois agences de notation qui évaluent la dette de Picard. À cette fin, des investisseurs ont été approchés ces dernières semaines, confirme une source. Moez-Alexandre Zouari est en quête d’un ou de plusieurs partenaires prêts à injecter 200 à 300 millions d’euros, voire davantage, dans l’opération. Les recherches de Picard s’orientent plutôt vers des partenaires à l’horizon d’investissement long. Le fabricant de surgelés ne souhaite pas, en effet, devoir gérer les contraintes d’un véhicule à la durée de vie limitée. Un choix qui semble avoir orienté Picard notamment vers un public de family offices… mais aussi de filiales de capital-investissement de groupes bancaires.

L’arrivée d’actionnaires minoritaires dans Picard pourrait être liée à l’ambitieux plan d’investissements du roi des surgelés. L’enseigne au 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires a franchi la barre des 1 200 points de vente en France en avril en levant le rideau à Divatte-sur-Loire (Loire-Atlantique). Et son objectif est de parvenir à un réseau de 1 400 magasins d’ici cinq ans, sans exclure un recours à la franchise, qui ne pèse qu’une centaine de boutiques aujourd’hui. Malgré un bon maillage du territoire hexagonal, Picard n’a pas réussi à percer significativement à l’étranger. Fin 2024, l’enseigne ne comptait que quelques boutiques en Belgique (16 sites), au Luxembourg (deux points de vente) et au Japon (11 magasins franchisés). En revanche, le groupe vend aussi ses plats et aliments dans différents pays via des partenariats avec des distributeurs locaux comme Ocado au Royaume-Uni, Albert Heijn aux Pays-Bas, ou dans certains pays d’Asie ou du Moyen-Orient. En 2022, un projet de partenariat avec l’enseigne Couche-Tard avait aussi été esquissé pour aller à la conquête de l’Amérique du Nord, mais il ne s’est pas concrétisé.

La volonté de désendetter le groupe serait un autre facteur expliquant la quête d’ investisseurs, même si Picard est une machine à générer du cash. L’acquisition des parts de Lion Capital avait conduit le groupe de surgelés à lever sur les marchés 200 millions d’euros d’obligations en octobre 2024, ce montant ayant été remonté aux actionnaires sous la forme d’un « dividend recap ». Résultat : l’opération a porté la dette obligataire du groupe à 1,7 milliard d’euros (dont 300 millions devant être remboursés à échéance 2027)... Par ailleurs, pour prendre le contrôle de Picard, Invest Group Zouari, la holding qui porte la participation de la famille Zouari (50,4 % du capital) et ICG (49,6 %) avait aussi bénéficié d’un crédit vendeur de 120 millions d’euros accordé par Lion Capital, une facilité de paiement devant être remboursée dans deux ans (avec intérêts). Sans compter qu’ICG a été grandement mis à contribution dans le financement, puisqu’il a apporté 270 millions d’obligations de type « PIK » (dont les intérêts s’ajoutent au fil du temps au montant prêté, et ne sont donc pas versés annuellement), en plus des 190 millions d’euros de fonds propres investis dans IGZ. Selon S&P, Moez-Alexandre Zouari, lui, n’a réinjecté que 40 millions d’euros d’argent frais dans le deal.

Interrogé sur sa recherche d’investisseurs pour Picard, Moez-Alexandre Zouari confirme, par l’intermédiaire d’un porte-parole, que « les banques travaillent » au projet, mais qu’ « il n’y a encore rien de concrétisé » à ce stade.

Moez-Alexandre Zouari sur tous les fronts
Après avoir bâti sa réputation dans le commerce en tant que super franchisé de Franprix, Moez-Alexandre Zouari vient de récupérer 27 magasins Monop en Ile-de-France via la joint-venture qu’il exploite avec Casino. Il est par ailleurs le propriétaire de Maxi Bazar et de Stokomani, qui a officialisé un plan d’économies en début d’année pour pallier les effets du marché très concurrentiel du déstockage. Il a aussi repris en direct les commandes de Teract (Jardiland, Gamm Vert, Boulangeries Louise…). Mais ses ambitions de marcher sur les plate-bandes de Grand Frais ne se sont pas concrétisées : sa capitalisation est passée de 700 à 61 millions d’euros en trois ans, au grand dam de la coopérative InVivo, l’actionnaire majoritaire.