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Grande conso

Blacklisté par Nike, le e-commerçant Spartoo obtient sa revanche au tribunal

Le groupe américain a arrêté de fournir le site de vente en ligne français. Mais il n’a pas vraiment respecté les règles, et doit lui verser 2,5 millions d’euros, notamment pour entente anticoncurrentielle.

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JAKUB PORZYCKI / NurPhoto via AFP

Difficile de trouver des baskets Air Max, Air Jordan ou des modèles star de Nike sur Spartoo.com. Les rares paires disponibles sont d’occasion ou proposées par des vendeurs tiers. Jamais par le site en direct. La raison ? Le géant américain du sport a choisi de réduire le nombre de distributeurs avec...

Les complications ont commencé fin 2018. Nike commence à fermer le robinet et annonce à son revendeur qu’elle ne lui livrera plus une partie des références iconiques de sa gamme (qui représentaient déjà 97 % des achats de Spartoo auprès de Nike). Fin 2020, nouveau tour de vis. La firme américaine prévient qu’elle va stopper toute relation commerciale, avec un préavis de 17 mois. L’e-commerçant ne l’entend pas de cette oreille, et porte l’affaire devant le tribunal de commerce de Lyon, avec plusieurs griefs adressés à son fournisseur. Les juges ont estimé que le délai de 17 mois de préavis était correct, mais ont en revanche accédé à la requête du site français en ce qui concerne le préjudice porté à sa réputation, reconnaissant que l’impossibilité de proposer en direct des modèles iconiques portait atteinte à son image et à sa position sur le marché. Sur cette demande, Nike a donc été condamné à verser 100 000 euros.

Mais le cœur du sujet tient aux choix stratégiques opérés par le spécialiste du sport, désireux de concentrer les ventes sur ses canaux propres (boutiques Nike, applications) et un réseau restreint de partenaires privilégiés. Il a manqué de transparence sur la façon dont il triait sur le volet ses coéquipiers et s’est ainsi mis en difficulté. Le tribunal a constaté que Spartoo n’avait pas obtenu, malgré sa demande, la communication des critères de sélection qui auraient pu lui permettre de faire partie des réseaux retenus. Pour les juges, « la non-communication des critères de sélection équivaut à une absence de critères ». Ce qui prive le réseau de distribution sélective de sa justification, le rend illicite et constitue donc une entente anticoncurrentielle. Sur cette analyse, Nike a été condamné à verser 2,4 millions d’euros au titre du gain manqué.

Un expert du monde du sport et de la vente en ligne interrogé sur ce dossier nous confirme que « Nike arrête de travailler avec beaucoup de ses anciens partenaires. Ils coupent les ponts avec les petits au début, les gros ensuite ». Contacté par l’Informé, le site de vente en ligne n’a pas souhaité faire de commentaires sur cette affaire. Un porte-parole de Nike nous a indiqué pour sa part que l’entreprise, dans le cadre de sa stratégie, travaillait « avec des partenaires stratégiques qui partagent {sa} vision de créer un marché cohérent, connecté, et une expérience d’achat moderne » Et d’ajouter : « Bien que nous soyons déçus de la décision du tribunal dans l’affaire Spartoo, nous restons attachés à notre vision. »

D’autres distributeurs éconduits pourraient se retourner contre Nike

Le résultat de ce jugement de première instance laisse toute liberté à Nike d’interjeter appel (ce qui n’a pas été précisé par le groupe américain). Mais il pourrait aussi ouvrir une brèche dans laquelle d’autres distributeurs français éconduits par la firme à la virgule essaieraient de s’engouffrer. Et le sujet concerne du monde. Comme l’indiquait notre confrère Fashion Network récemment, si Nike a signé d’importants partenariats avec des grands noms de la distribution (Dick’s Sporting Goods aux États-Unis ou Zalando et JD en Europe), « parallèlement, la très grande majorité des boutiques indépendantes (…) n’ont plus réellement accès au catalogue du Swoosh, tout comme des grands noms qui ont aussi vu l’accès aux meilleurs produits de la marque se refermer.  » Spartoo est loin d’être isolé.