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Énergie - Environnement

Paris 2024 : la France bien loin de la médaille d’or en compensation carbone

Le comité d’organisation s’était engagé à compenser en France les émissions carbone des Jeux olympiques. Il a finalement opté pour des projets beaucoup plus exotiques et… bien moins chers.

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Calado - stock.adobe.com

Il y a deux ans, le Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJOP) avait affiché une certaine ambition environnementale, en promettant que Paris 2024 émettrait deux fois moins de dioxyde de carbone que Londres 2012 et Rio 2016. Soit un objectif de 1,75 million de tonnes de CO2. Il s’engageait aussi à évaluer les émissions résiduelles (c’est-à-dire incompressibles), et à apporter une compensation carbone équivalente en finançant des chantiers de plantation d’arbres, d’agriculture régénérative ou de construction bas carbone… Côté émissions, le pari est en passe d’être tenu puisque le COJOP anticipe à ce jour 1,58 million de tonnes seulement. Mais sur le front de la compensation, le compte n’y est pas.

Le choix initial était ambitieux : Paris 2024 assurait avoir fait le choix du Label Bas Carbone, une certification française dont le cahier des charges est réputé rigoureux grâce à une méthode longuement peaufinée et des contrôles réguliers. « Paris 2024 va soutenir l’émergence et le développement de projets positifs pour le climat en France, où ces projets sont encore rares », indiquait l’organisation en 2022. L’événement ayant lieu en France, il semblait logique que l’effort de compensation se situe également dans l’Hexagone. Le comité s’était même engagé à réaliser un « investissement significatif » donnant une « visibilité forte » aux projets sélectionnés.

À la veille de la cérémonie d’ouverture, le pari est déjà raté. Sur les 17 projets de réduction dévoilés à ce jour, seuls quatre verront le jour en France, dont deux dans le Val-d’Oise en Île-de-France, avec la plantation d’arbres sur des zones agricoles, et la régénération de forêt affectées par des maladies comme l’encre du châtaignier ou les scolytes, des petits coléoptères friands de bois. Les 13 autres sont disséminés un peu partout dans le monde, de la fourniture de fours à bois au Kenya, en passant par des panneaux solaires au Vietnam ou la protection de la forêt guatémaltèque.

En 2022, le comité avait pourtant lancé un premier appel d’offres Label Bas Carbone pour des projets tricolores, auquel de nombreux acteurs avaient répondu, dont Oklima, filiale d’EDF. Avant d’en lancer un autre plus ambitieux - 35 000 tonnes - en 2023. La proposition comportait trois volets : 15 000 tonnes destinées à des projets forestiers, un montant équivalent pour des projets agricoles, et 5 000 tonnes pour des supports divers (bâtiments etc.).

Les dessous de l’arbitrage pour l’international

Finalement, moins de la moitié des montants prévus ont été contractualisés. La contribution carbone sur le territoire français est donc réduite à peau de chagrin : moins d’un dixième des réductions d’émission des Jeux, et seulement sur des projets forestiers. Ce qui représente 600 000 euros sur un budget compensation de plus de 10 millions d’euros. Pourtant, les projets agricoles en France ne manquent pas, qu’il s’agisse de la conservation des sols ou de la limitation du méthane dans l’élevage.

L’explication à ce tropisme étranger est purement financière : la tonne de dioxyde de carbone évitée coûte entre 30 et 40 euros pour un projet de reforestation en France, voire 50 euros pour les chantiers agricoles, contre quelques euros seulement au bout du monde. Le COJOP aurait dû investir 60 millions d’euros et non 10 s’il s’était limité à nos frontières.

Dans la communauté de la compensation carbone en France, c’est la déception. « Émettre dans un pays riche, puis compenser dans un pays pauvre, ce n’est pas une logique vertueuse » souligne une spécialiste. « Le problème est récurrent : le Label Bas Carbone apparaît souvent comme un gadget dans le dispositif de contribution carbone, alors qu’il devait être au cœur » assure un expert. Auprès de l’Informé, le COJOP avance de son côté un problème d’agenda : «  le volume et le panel des projets de contribution climatique en France, dans le calendrier qui est celui des Jeux, était particulièrement restreint » assure-t-il.