Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Énergie - Environnement

Panneaux solaires : EDF sur le point de se délester (enfin) de sa filiale Photowatt

En discussion depuis des mois, la vente du fleuron tricolore de panneaux solaires détenu par l’énergéticien devrait aboutir dans les prochains jours.

Centrale photovoltaïque de Belin Beliet (Gironde)
Centrale photovoltaïque de Belin Beliet (Gironde) ANDBZ / ANDBZ/ABACA

Après moult tentatives, la vente de Photowatt devrait enfin être scellée. Selon nos informations, la start-up Carbon est dans la dernière ligne droite pour racheter le pionnier français de la fabrication de panneaux photovoltaïques. L’annonce devrait être officialisée dans les prochains jours. Le dossier a été validé sur le principe au plus haut niveau d’EDF Renouvelables, sa maison mère, qui fait savoir qu’elle n’a « pas de commentaires » à faire sur ce sujet.

L’opération serait un aboutissement pour l’énergéticien, qui cherche à s’en séparer depuis plusieurs années. Le groupe public avait été contraint de racheter le fleuron français du solaire en difficulté, début 2012, sous la pression du président Nicolas Sarkozy alors en campagne. EDF a procédé depuis à de multiples recapitalisations, Photowatt perdant entre 20 et 50 millions d’euros chaque année.

Avec cette acquisition, la start-up Carbon donnerait du crédit à ses projets. La jeune pousse lyonnaise s’est fait connaître il y a deux ans en portant l’idée d’une giga usine française de panneaux photovoltaïques, qu’elle espère faire sortir de terre à horizon 2025-2026. Ses objectifs sont énormes : la société présidée par Pierre-Emmanuel Martin annonce une production annuelle de 5 GW de cellules et de 3,5 GW de modules dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Pour le moins ambitieuse, elle se voit dans « le top 10 des fabricants dans le monde d’ici 2030 ». Un défi tant le secteur est dominé par la Chine, premier fabricant et premier exportateur mondial de panneaux à des prix écrasant toute concurrence. L’Empire du milieu, qui a placé le développement du solaire en tête de ses priorités, détient 80 % des parts de marché (de la fabrication des cellules à la vente des panneaux).

Reste à savoir comment Carbon va pouvoir financer pareille acquisition : la start-up manque déjà de fonds pour asseoir ses ambitions. Elle tente depuis sa création de trouver des partenaires, épaulée notamment par la banque d’affaires Messier & Associés. En vain pour l’instant. « Le processus avance, estime un proche du dossier. Une première levée de plusieurs dizaines de millions d’euros pourrait avoir lieu d’ici la fin de l’année. » L’argument du « made in France » séduit, lui, les politiques locaux. La région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur a annoncé 15 millions d’euros de subventions. L’agence d’attractivité économique RisingSud soutient aussi le projet : elle appuie la société dans sa recherche de foncier, ses RH, son ingénierie financière, sans toutefois mettre au pot. Côté privé, l’armateur français CMA CGM s’est engagé sur 10 millions d’euros via son fonds Énergie selon La Tribune. Mais vu l’ampleur des besoins, l’arrivée rapide d’autres partenaires est nécessaire : le budget d’investissement de cette usine géante s’élève à plus de 1,5 milliard d’euros.

En attendant, la start-up maintient une communication offensive et multiplie les annonces intermédiaires. Elle promet une première unité de production de 500 MW, Carbon One, et signe des collaborations avec les collectivités locales, comme le projet de centre de R&D et de formation au solaire à Istres. Mais l’absence de financement tangible a tendu les relations en interne. Comme le révélait Lyon Décideurs en mai, les actionnaires se sont opposés sur la gouvernance et ont fini devant les tribunaux. L’un d’eux, Totem, créé par le cofondateur Pascal Richard, pointait l’opacité de la gestion et demandait la désignation d’un administrateur provisoire. Il a été débouté en référé avant l’été devant le tribunal de commerce de Lyon, qui s’est déclaré incompétent. Mais selon nos informations, il a fait appel et enclenché une deuxième procédure au fond devant le même tribunal. Les audiences sont planifiées en 2025.

Retard irrémédiable face à la Chine

Carbon, qui n’a pas souhaité pour l’instant répondre à nos questions, est possédée désormais majoritairement par Pierre-Emmanuel Martin, via sa société Terre & Lac industrie, elle-même détenue par Libre Soleil, également actionnaire de l’opérateur de panneaux solaires Terre & Lac (environ 10 millions d’euros de chiffres d’affaires). Si l’opération de reprise de Photowatt est menée à terme, Carbon aura donc à piloter le devenir industriel des quelque 170 salariés de l’entreprise de Bourgoin-Jallieu, inquiets après des mois d’incertitudes sur leur sort. Un plan de réorganisation y est en cours de déploiement depuis plusieurs mois : l’atelier de fabrication de lingots de silicium a été fermé et ses équipes sont redéployées sur la fabrication des wafers, ces fines plaquettes de silicium nécessaires à la fabrication des cellules. Pour conduire le pilotage de Photowatt, l’expertise industrielle d’ECM Technologies, actionnaire de Carbon à hauteur de 20 %, ne sera pas de trop. Cette entreprise de taille intermédiaire (ETI) iséroise (160 millions d’euros de chiffre d’affaires), spécialisée dans les fours pour l’industrie photovoltaïque, avait d’ailleurs tenté de reprendre Photowatt en 2021, sans succès.

Pas sûr cependant que le coup de pouce donné par EDF à Carbon en lui cédant le savoir-faire de sa filiale Photowatt soit suffisant pour rendre compétitif son projet de giga factory… Si, il y a deux ans, la viabilité économique d’usines photovoltaïques XXL en Europe pouvait encore être envisagée, la course au gigantisme effréné que poursuit la Chine - qui multiplie la construction de sites dépassant les 50 GW de puissance ! - creuse irrémédiablement l’écart.