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Continuer la lectureEDF Renouvelables planche à nouveau sur la cession de Photowatt
Des discussions sont en cours entre la filiale verte d’EDF et Carbon sur la reprise éventuelle de l’ex-fleuron français du photovoltaïque.
L’ancien champion tricolore des cellules photovoltaïques Photowatt pourrait bientôt changer de mains. Selon nos informations, sa maison mère EDF Renouvelables aurait engagé ces dernières semaines avec la société Carbon des discussions sur sa vente. Le jeune pousse fait parler d’elle depuis 2022 avec son projet de création d’une giga-usine de cellules et de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer. La piste d’une reprise par un acteur de ce type avait été avancée par Les Jours.
Car depuis 2012, date à laquelle EDF s’était vu imposer le rachat de Photowatt par Nicolas Sarkozy en pleine campagne pour sa réélection à la présidence, la reprise du spécialiste de la fabrication de cellules photovoltaïques en grande difficulté n’a guère été couronnée de succès… Intégrée dans la filiale verte de l’énergéticien EDF Énergies nouvelles (devenue EDF Renouvelables), elle n’a jamais redécollé. Sous le nom d’EDF ENR PWT, l’entreprise a enregistré chaque année depuis son rachat des pertes annuelles de 20 à 50 millions d’euros, obligeant sa maison mère à procéder à des recapitalisations successives. Sur 2022, le déficit était encore de 32 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 21,4 millions d’euros. « EDF n’est pas un industriel, mais un exploitant de panneaux solaires… Cela s’est vu dans la stratégie qui a été déployée », commente un spécialiste du secteur.
De fait, face aux fabricants asiatiques - chinois en tête - dont les panneaux ont inondé le marché sur les vingt dernières années, l’énergéticien n’a pas réussi à redresser la barre. Malgré des investissements, la modernisation de l’usine de Bourgoin-Jallieu et des alliances industrielles, les produits du Français sont restés insuffisamment compétitifs. La société a vu son effectif décroître d’année en année. Elle ne compte plus aujourd’hui que 175 salariés, quand ils étaient plus de 400 en 2012. Et l’érosion se poursuit en 2024 : la fermeture de l’atelier spécialisé dans la fabrication des lingots de silicium photovoltaïque vient d’être annoncée en interne. Les 60 collaborateurs concernés seront affectés à l’activité « wafers » (la découpe de lingots).
Côté acquéreur, la reprise de Photowatt par Carbon marquerait un nouveau cap pour la jeune société. Fondée en 2022 par Pierre-Emmanuel Martin et Pascal Richard, l’entreprise a pour ambition de devenir un acteur clé du solaire tricolore. Son giga projet, implanté tout près du Grand Port Maritime de Marseille, doit voir le jour en 2026. Le site vise une capacité annuelle équivalant à environ 25 km2 de cellules solaires et de 3,5 GWc (gigawattcrête, l’unité de mesure de puissance des panneaux solaires) de modules photovoltaïques. A la clé : la création de 3 000 emplois d’ici 2027.
Mais le chemin est encore long : l’investissement global dépasse le milliard et demi d’euros. Pour l’instant, Carbon dispose de plus de 10 millions d’euros de fonds propres investis par les fondateurs-actionnaires et a reçu en 2023 le soutien de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur (15 millions d’euros de subventions) et de l’armateur CMA CGM, qui a promis de mettre au pot via son fonds Énergies à hauteur d’environ 10 millions d’euros selon La Tribune. L’État devrait également participer via le programme France 2030. Sur le terrain, une concertation préalable a été engagée en septembre et octobre sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) et l’entreprise espère être en mesure de déposer ses demandes de permis de construire en avril 2024.
La partie ne sera cependant pas facile pour ce nouvel entrant, tant la fabrication de cellules et de panneaux solaires est à la peine en Europe. Déplorant l’insuffisance des soutiens publics et la distorsion de concurrence entre les produits européens et les panneaux à bas prix chinois, l’industriel suisse Meyer Burger vient aussi d’annoncer fin janvier son intention de fermer son usine photovoltaïque située près de Dresde en Allemagne. Il se recentre sur ses projets aux États-Unis. En plus d’avoir drastiquement limité l’importation de panneaux chinois sur son sol - accentuant leur déferlement en Europe -, Washington s’est engagé via l’Inflation Reduction Act (IRA) dans une généreuse politique de subventions pour la transition environnementale. L’Europe de son côté prend son temps. Après des semaines de négociations, un projet de règlement Net-Zero Industry Act (NZIA) a été approuvé début février : il prévoit de contraindre les pays membres d’intégrer des critères non liés aux prix dans leurs appels d’offres. Objectif : augmenter l’attractivité des panneaux produits en Europe et faire remonter à 40 % leur part dans la demande de technologies vertes d’ici 2030. Une perspective qui ferait les affaires de Carbon et de Photowatt… si les discussions avec EDF Renouvelables aboutissent.
Contactées, les sociétés EDF Renouvelables et Carbon n’ont pas souhaité commenter nos informations.