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Énergie - Environnement

Le coût des futures centrales nucléaires à nouveau passé au crible

Un troisième audit visant à contre-expertiser les propositions d’EDF sur le coût des six futurs réacteurs de type EPR 2 vient d’être lancé par l’État. L’exécutif veut à tout prix éviter les erreurs du chantier de Flamanville.

La première paire des futurs EPR 2 doit être construite sur le site EDF de Penly.
La première paire des futurs EPR 2 doit être construite sur le site EDF de Penly. LOU BENOIST / AFP

Point crucial de la relance du nucléaire civil annoncée par Emmanuel Macron, le coût de construction des futurs réacteurs de type EPR 2 continue d’être questionné. Un nouvel appel d’offres vient d’être lancé en mars par l’État pour réaliser un audit du dernier chiffrage fourni par EDF sur le montant du programme. C’est le troisième en quatre ans. L’enjeu : s’assurer de la pertinence des évaluations réalisées par le groupe énergétique, au fil de l’avancée du projet. Une précaution nécessaire, vu les surcoûts affichés par les derniers grands chantiers nucléaires lancés par la France ces dernières années : l’EPR de Flamanville est revenu six fois plus cher que prévu, tandis que celui construit par Areva à Olkiluoto, en Finlande, a vu son prix multiplié par trois.

Avec ce nouvel audit, cornaqué par la Délégation industrielle au nouveau nucléaire (DINN) pilotée par Joël Barre, les pouvoirs publics veulent éviter ces erreurs et s’épargner d’être taxés de négligence dans le suivi du programme. Dans son rapport de 2020 sur « la filière EPR » dans le cadre du chantier de Flamanville, la Cour des comptes avait vertement pointé le « manque de vigilance des autorités de tutelle », les défaillances des « administrations concernées » qui « [n’avaient] pas rempli leur rôle », en sus du « défaut d’organisation du suivi du projet par EDF »...

L’appel d’offres lancé le 10 mars doit permettre de sélectionner les prestataires chargés de cette contre-expertise d’ici la mi-avril. Plusieurs cabinets de conseil sont en mesure de candidater comme Accuracy et NucAdvisor, qui avaient passé au crible en 2021 la proposition d’EDF de 51,7 milliards d’euros pour les trois paires d’EPR. Idem pour le cabinet Roland Berger qui s’était penché sur l’estimation avancée par le groupe public en 2019.

En marge de cette opération, la DINN - maître d’ouvrage pour le compte de l’État - a aussi confié une mission d’analyse indépendante du programme EPR 2 à Hervé Guillou (voir notre article). Elle planche en parallèle avec la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), l’Agence des participations de l’État (APE) ou encore la Direction générale du trésor (DGT), sur le cadre réglementaire et le financement du programme. Un aspect qui n’est pas encore réglé.

Il s’agit notamment de voir quel dispositif se substituera à l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) qui doit prendre fin en 2025. Ce tarif, permettant aux fournisseurs alternatifs de s’approvisionner en électricité auprès d’EDF dans des conditions fixées par les pouvoirs publics, a plus que fragilisé l’équilibre financier du groupe. « La nature de ce qui remplacera l’Arenh renforcera ou limitera la capacité d’EDF à financer le nouveau nucléaire », insiste un proche du dossier. Ces réflexions s’inscrivent dans le cadre de la réforme du marché de l’électricité en discussion à Bruxelles. Le 14 mars, la Commission européenne a dévoilé ses propositions pour limiter la volatilité des prix. Parmi les pistes envisagées, un « contrat pour différence » (CfD) prévoyant un prix plancher et un prix plafond pour l’électricité d’origine non fossile, nucléaire inclus. Une perspective clé pour le futur programme tricolore.