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Continuer la lectureDeux audits passent au crible la filière nucléaire et le programme EPR 2
Dans le cadre de la construction des six EPR 2 annoncés par Emmanuel Macron, la filière nucléaire est sur le gril. Plusieurs plans d’évaluations sont en cours, lancés à l’initiative d’EDF ou de l’État.
L’ampleur du programme de relance du nucléaire civil annoncé par Emmanuel Macron fait crépiter toute la filière. Car pour faire sortir de terre six réacteurs de type EPR 2 entre 2037 et 2043, et en envisager huit autres ensuite, il va falloir mobiliser de sacrées compétences technologiques dans les centaines d’entreprises industrielles impliquées dans le chantier. C’est donc avec une certaine fébrilité que les pouvoirs publics se penchent au chevet d’une filière, qui n’a pas construit de réacteurs en série en France depuis plusieurs décennies faute de commandes. Dans l’Hexagone en effet, la première génération d’EPR n’a été déployée qu’à Flamanville.
Pas moins de deux audits sont en cours. Le premier - et le plus large - a été confié à Hervé Guillou par Luc Rémont, le PDG d’EDF et Joël Barre, le délégué interministériel au nouveau nucléaire (DINN). Hervé Guillou, vice-président du Conseil général de l’armement (CGARM) est chargé de mener une revue de maturité du programme EPR 2 dans ses différents aspects. Tant sur le design global du projet que sur les coûts, les risques et l’organisation de la supply chain…
L’ancien grand patron de Naval group a constitué sa task force. Son groupe de travail indépendant rassemble une quinzaine de personnes « de tous horizons », précise-t-il. L’équipe compte des spécialistes des contrats publics de grande dimension, mais aussi des collaborateurs d’EDF « qui ne sont cependant pas en lien direct avec le programme en cours ». Des experts extérieurs (ingénierie, sûreté, génie civil…) complètent le staff. Les premières auditions ont démarré et la mission doit durer six mois.
Un deuxième audit sur la supply chain
La seconde évaluation, lancée à l’initiative de l’État, se concentre plus spécifiquement sur la maturité de la filière. Elle vise tous les métiers concernés, depuis les chaudronniers, jusqu’à la mécanique et l’ingénierie. Ses conclusions alimenteront les travaux du groupe de travail d’Hervé Guillou. Le défi de la construction des futurs EPR est d’autant plus tendu que les entreprises de la chaîne d’approvisionnement sont aussi mobilisées ailleurs : avec leurs clients à l’export, mais aussi avec le « grand carénage ». Ce programme de rénovation du parc de centrales existant, en cours depuis 2014, mobilise déjà les troupes sur trois types de chantiers : le changement des gros composants techniques en fin de vie, les modifications liées à l’amélioration de la sûreté et la qualification des matériels au-delà de 40 ans, en vue du prolongement de la durée de vie des centrales (pour un coût d’environ 50 milliards d’euros sur dix ans).
Contrats avec les fournisseurs : la pression monte chez EDF
A chantier colossal, pression colossale. Pour tenir les délais du programme de construction de six EPR 2, EDF aimerait boucler très vite un maximum de contrats avec les entreprises de la chaîne d’approvisionnement nucléaire. Dans son document de présentation destiné au Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), le groupe prévoit de “disposer des études des fournisseurs avant de débuter la construction”. Objectif : que “70% des 300 contrats soient signés ou prêts à signer fin 2024” avec les entreprises de la filière. Le calendrier est serré : le premier réacteur de la série est prévu à Penly en Normandie, pour une mise en service vers 2037. La course contre la montre a démarré avec la phase de “permitting" (c'est-à-dire les pré-demandes d’autorisations), prévue jusqu’en 2025, date espérée de l’obtention du permis de construire. Le génie civil, avec le coulage du béton pour l'îlot nucléaire, doit, lui, démarrer fin 2027.