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Énergie - Environnement

Le conflit social à Sheffield pollue toujours Veolia

Un différend oppose depuis un an le géant de l’environnement au syndicat britannique Unite qui veut obtenir sa reconnaissance sur le site de Sheffield. Le groupe qui avait ouvert la porte à des discussions est face à un choix cornélien à cause d’un syndicat concurrent.

Siège de Veolia à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis)
Siège de Veolia à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) ERIC PIERMONT / AFP

Après douze mois de tensions, de manifestations et de négociations inabouties, Veolia peine à sortir du conflit social qui l’oppose aux salariés grévistes du syndicat britannique Unite sur son site de traitement des déchets de Sheffield au Royaume-Uni. Le motif ? Le syndicat, qui a initié plusieurs m...

L’affaire est complexe car elle cristallise, d’une part, la lutte qui oppose les syndicats au Royaume-Uni et, d’autre part, la stratégie de négociation sociale que doit mener Veolia environmental services UK Limited pour ne fâcher personne tout en préservant ses intérêts. Dans un contexte de forte concurrence entre les syndicats britanniques pour conquérir de nouveaux adhérents, l’organisation Unite - portée outre-Manche par la secrétaire générale Sharon Graham - a développé ces dernières années une stratégie d’implantation plus agressive dans les entreprises. « Pour contraindre les employeurs récalcitrants à négocier, Unite a structuré son action syndicale autour des « leverage campaigns », des campagnes de pression par effet de levier, analyse une spécialiste du droit syndical britannique. Le syndicat n’hésite ni à jouer le rapport de force, ni à toucher à la réputation d’une entreprise pour obtenir une reconnaissance volontaire quand il ne l’a pas ».

Et Veolia est une cible de choix. Il emploie en effet 14 000 personnes au Royaume-Uni et en Irlande. Deux marchés qui lui ont rapporté un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards d’euros l’an passé. Et, rien qu’au Royaume-Uni, son activité a augmenté de 3,8 %, principalement grâce au traitement des déchets.

Depuis un an, Unite ne désarme pas et multiplie les initiatives pour faire plier le groupe, enchaînant les coups d’éclat non seulement au Royaume-Uni mais aussi en France et même… aux États-Unis. En novembre 2024, des représentants du syndicat britannique avaient franchi la Manche pour venir battre le pavé devant le siège du géant de l’environnement à Aubervilliers. En janvier 2025 des troupes de Unite se sont même déplacées outre-Atlantique pour interpeller directement la directrice générale Estelle Brachlianoff, invitée au Water Solutions Summit organisé à Tempe par l’université d’État d’Arizona… L’affaire est encore montée d’un cran ces jours-ci : selon la presse locale, les éboueurs contestataires syndiqués chez Unite ont manifesté devant l’hôtel de ville de Sheffield et demandé à la municipalité qu’elle intercède en leur faveur pour faire pression sur Veolia, voire même qu’elle révise les termes du contrat qui la lie au groupe français depuis 2001.

Retour de flamme

Seulement voilà, Veolia a passé de longue date un accord de reconnaissance préalable avec GMB sur son site de Sheffield. Et GMB qui est en position dominante n’a guère l’intention de laisser la moindre place à un syndicat concurrent. Or, la reconnaissance d’un nouveau syndicat sur le site de Sheffield ne peut se faire que si les deux organisations s’entendent sur leur coexistence mutuelle.

Pour Veolia, le maintien de l’équilibre entre les forces syndicales locales pèse lourd dans la balance. Le géant de l’environnement en connaît fort bien les enjeux et les ressorts, à commencer par sa patronne. DG de Veolia Propreté au Royaume-Uni en 2012, Estelle Brachlianoff a été directrice de la zone Royaume-Uni et Irlande de 2013 à 2018 et membre du comité du président de la Confédération de l’industrie britannique (CBI) à la même période. « Le groupe doit arbitrer entre deux feux : doit-il céder à Unite, si cela revient à se mettre à dos GMB et risquer ensuite un retour de flamme avec d’autres mobilisations qui s’avéreraient peut-être plus graves que les protestations actuelles… », explique une source. Fin 2024, des discussions avaient d’ailleurs été engagées entre Veolia et Unite pour envisager un préaccord de reconnaissance. Mais face à l’opposition de GMB, Veolia a abandonné l’initiative. « Peut-être que Veolia ne veut pas d’un syndicat militant comme Unite », suggère à l’Informé Tayra Lopes-Lister, directrice de l’organisation du syndicat, qui assume le jusqu’au-boutisme de son mouvement. « Chaque fois qu’il y aura un événement avec Veolia, nous serons là pour attirer l’attention ».

Usant de toutes les cartes à sa disposition, en février dernier, Unite a fini par saisir le Central arbitration committee (CAC), l’autorité indépendante chargée notamment de statuer sur la reconnaissance des syndicats sur les lieux de travail. Mais, en avril, l’instance a, in fine, donné raison au groupe français et débouté Unite de sa demande. Le CAC a estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour accéder aux demandes du syndicat. Pour Unite, qui envisage d’exercer un recours contre la décision du CAC, l’argument ne tient pas : aucun « texte légal n’interdit à un employeur de reconnaître plusieurs syndicats », fait savoir l’organisation à l’Informé, rappelant que Veolia a par ailleurs reconnu Unite au niveau national. « L’entreprise a le pouvoir de signer l’accord et cela n’aurait aucun impact sur GMB, nous explique Tayra Lopes-Lister. Elle souligne d’ailleurs que le groupe a « conclu des accords de reconnaissance distincts dans d’autres sites avec d’autres syndicats, mais pas à Sheffield. »

La position de l’entreprise est aujourd’hui très claire : « La reconnaissance de Unite comme organisation syndicale représentative à Sheffield ne relève pas de Veolia ». Le géant de l’environnement n’a, en tout cas, aucune envie de négliger ce marché. « Malgré la pression budgétaire sur les collectivités locales (...), le plan environnemental à 25 ans et la loi environnementale de 2020 offrent un cadre favorable au développement [des] activités de Veolia », peut-on lire dans le rapport annuel. En espérant que l’usine de Sheffield ne devienne pas l’épine dans le pied qui contrarie son avenir…

Après Sheffield, Ellesmere Port s’enflamme

Le site de Sheffield n’est pas le seul souci social de Veolia environmental services UK Limited avec Unite au Royaume-Uni. Mi-juin, aiguillonnés par le syndicat, des ouvriers se sont mis en grève dans l’usine de traitement des déchets dangereux (pharmaceutiques, radioactifs…) d’Ellesmere Port, près de Liverpool, pour obtenir de meilleures conditions salariales. L’organisation ne fait pas mystère de la filiation entre les deux conflits. Dans un communiqué du 19 juin, elle justifie cet autre mouvement de protestation par le « refus [de Veolia] de reconnaître le droit démocratique des travailleurs de Sheffield à voir leur adhésion à Unite reconnue pour la négociation collective ». Et la secrétaire générale de l’organisation, Sharon Graham, d’enfoncer le clou : « L’attitude insensible de Veolia envers ses travailleurs entraîne une nouvelle fois une action syndicale. (...) Au lieu de traiter les membres du syndicat comme des ennemis, Veolia aurait tout intérêt à revenir à la table des négociations avec une offre améliorée pour les membres du Cheshire et à reconnaître nos membres à Sheffield ». Ambiance !