Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Finance - Conseil

Les bonnes affaires du consultant Dominique de Villepin

L’ancien premier ministre de Jacques Chirac a touché près de six millions d’euros de ses activités de conseil auprès des entreprises depuis son lancement en 2015. L’an dernier, il comptait au moins trois gros clients.

Photo
CHRISTOPHE ENA / AFP

La question revient régulièrement. L’ancien premier ministre, Dominique de Villepin, crédité de 3 à 5 % des intentions de vote selon le dernier sondage Elabe pour la présidentielle de 2027, doit sans cesse justifier les activités de sa société de conseil Villepin International et notamment ses éventuelles missions pour des clients du Moyen-Orient qui orienteraient ses positions. Quitte parfois à s’énerver. « Mes clients sont des entreprises surtout françaises tournées vers l’international et n’ont aucune caractéristique d’un lien avec des États qui pourrait hypothéquer ma propre liberté, a-t-il indiqué au micro de BFM l’an dernier. Il n’y a pas d’États du Golfe. J’analyse le monde, je donne des conseils sur l’évolution du Sud global, la situation en Asie, l’évolution de l’Amérique latine. »

Si l’ancien fidèle de Jacques Chirac se lance effectivement dans la course à l’Élysée, il sera alors contraint de publier une déclaration de patrimoine. Mais en attendant, on n’en sait pas plus. Du moins, on n’en savait pas plus, car l’Informé est aujourd’hui en mesure de dévoiler les montants touchés par l’homme politique ainsi que le nom de certains clients. Au total, ces dix dernières années, Dominique de Villepin a reçu près de six millions d’euros de sa société en dividendes et revenus assimilés, dont 600 000 euros rien que sur l’exercice 2025 (cf. graphique). Une somme qui ne comprend pas le salaire éventuel qu’il peut choisir de se verser via sa structure.

Cette jolie affaire a franchement décollé à partir de 2015 quand son cabinet d’avocat est officiellement devenu une société de conseil en management et en stratégie, attirant des clients divers. L’an dernier, la boutique travaillait ainsi pour Veolia, le groupe de services aux collectivités. Mais une autre société, Oberthur Fiduciaire, spécialisée notamment dans la conception, l’impression et la sécurité des billets de banque, a aussi fait appel à ses services. Le fondateur du parti la France Humaniste a d’ailleurs fait le déplacement à Washington en octobre dernier avec les équipes d’Oberthur Fiduciaire et a rencontré le gouverneur de la banque centrale de Syrie pour évoquer le projet d’émission de la nouvelle monnaie du pays. Enfin, le septuagénaire a également travaillé pour Nayala. Il s’agit très certainement de la société basée en Belgique et créée par Yazid Sabeg, industriel français d’origine algérienne et ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances durant la présidence de Nicolas Sarkozy. Le dirigeant était aussi à la tête de CS Group, spécialisé dans les domaines de la sécurité, de la défense et du cyber, racheté par Sopra Steria en 2023. Compagnon de route de Dominique de Villepin, il a même proposé au gouvernement de faire appel à lui pour dénouer les tensions entre la France et l’Algérie en décembre dernier. « Il peut rouvrir immédiatement un canal politique sans apparaître comme un acteur de surenchère, a expliqué Sabeg dans les colonnes du journal TSA. Il peut tenir une ligne de dignité sans agressivité, de vérité sans provocation, d’intérêt stratégique sans cynisme. » Déjà en 2012, il s’était rangé à ses côtés dans le cadre d’une éventuelle candidature à l’Élysée qui n’a finalement pas prospéré.

Si jusqu’ici, Dominique de Villepin est resté discret sur ses clients, il en a expliqué la raison à la télévision. « Je suis tenu par la confidentialité de mes contrats, a-t-il indiqué. Je n’aurai aucun problème à faire une totale transparence sur toutes mes activités si je devais être président de la République, aucun problème. Je n’ai rien à cacher. »

Contacté, le cabinet de Dominique de Villepin n’a pas répondu à nos sollicitations tout comme Yazid Sabeg. De son côté, Oberthur Fiduciaire n’a pas souhaité faire de commentaire.