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Énergie - Environnement

Le casse-tête du gouvernement pour reloger les orques du Marineland d’Antibes

Après le décès en octobre et en mars de deux des quatre orques du parc aquatique, le secrétariat d’État mise sur une procédure accélérée pour trouver un lieu d’accueil aux cétacés.

Orque du Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes)
Orque du Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes) Urman Lionel / Urman Lionel/ABACA

C’est un problème d’environ 10 tonnes qui pèse sur le gouvernement. À la suite du décès - coup sur coup et en moins de six mois - de deux orques hébergées par le Marineland d’Antibes, le secrétariat d’État chargé de la mer et de la biodiversité doit trouver en urgence une solution sur la future résidence des deux cétacés restants. Car depuis l’adoption en 2021 de la loi sur la maltraitance des bêtes, les animaux ne peuvent plus faire l’objet de spectacles à compter de 2026. Et le parc aquatique des Alpes-Maritimes n’a pas, de son côté, l’intention de les garder.

Depuis des mois, Marineland, détenu par le groupe espagnol Parques Reunidos, propriété du fonds suédois de la famille Wallenberg EQT, de Corporación Financiera Alba et du groupe belge GBL, s’évertue à leur trouver un point de chute. Une mission des plus périlleuses. En janvier, le zoo marin s’est ainsi retrouvé sous les projecteurs, après avoir entrepris de préparer les bêtes à leur éventuel transfert hors de France. La présence de grues de levage pour placer les mammifères dans des brancards a alerté les associations environnementales qui soupçonnent le parc de préparer en catimini leur départ pour un lieu analogue au Japon. Une tempête de protestations s’est élevée, obligeant même la société à recruter au printemps un spécialiste de la com’ de crise : le cabinet DGM, repris il y a quelques mois par Forward Global.

L’affaire est tout aussi inflammable pour l’État car c’est aux pouvoirs publics de délivrer un permis d’exportation des animaux conforme à la Convention sur le commerce international des espèces sauvages (CITES) qui autorise l’envoi de cétacés à l’étranger… Or depuis la mort des deux orques Inouk et Moana, la délivrance de ce blanc-seing est scrutée de près. Par les ONG bien sûr, mais aussi par les élus. En janvier et en avril, deux représentantes de la majorité - la députée de Haute-Garonne Corinne Vignon et la sénatrice des Français de l’étranger Samantha Cazebonne - ont interpellé le ministre de la transition écologique pour savoir si « les services de l’État accepteraient ou non une demande de transfert de ces orques vers un autre parc qui les utiliserait pour des représentations ».

De quoi faire monter la pression sur le gouvernement qui depuis trois ans n’a que très mollement mis en musique les recommandations du rapport du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), paru quelques mois avant la loi sur la maltraitance animale. Parmi elles notamment : l’analyse de la faisabilité d’un sanctuaire marin pour les dauphins et les orques présents dans les delphinariums en France.

Depuis le printemps, c‘est donc le branle-bas de combat au secrétariat d’État d’Hervé Berville. Après un premier appel d’offres sur la création d’un sanctuaire en 2023 (resté infructueux), un second est publié début 2024. Avant d’être soudainement annulé en mars, pour être remplacé par une version plus light et plus rapide visant au seul accueil des deux derniers spécimens du Marineland, Wikie et Keijo. « Au vu des échéances concernant les orques de Marineland, il a été choisi de partir sur un appel à manifestation d’intérêt (AMI) plus spécifique, pour identifier les projets concrets, viables et prêts à assez brève échéance pour garantir leur bien-être », explique le ministère.

Car il y a urgence. En octobre, le devenir des deux cétacés risque bien de basculer. Les animaux sont pour l’instant protégés de tout transfert par une décision de justice : à la suite du référé déposé par l’association de défense des droits des animaux One Voice, le 12 janvier, le tribunal judiciaire (TJ) de Grasse a interdit « à la société Marineland de déplacer du parc d’Antibes les trois orques (...) jusqu’au dépôt du rapport d’expertise définitif ». Ce rapport, obtenu de haute lutte par l’ONG devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence en septembre 2023, prévoit qu’un bilan de santé des animaux soit réalisé via une expertise judiciaire indépendante. Celle-ci devrait s’achever vers septembre. Et c’est par ailleurs en octobre que doit se tenir une autre audience clé : le parc aquatique a fait appel de la décision du TJ de Grasse le contraignant à conserver les mammifères chez lui…

Si Marineland ne conteste pas travailler à la préparation de leur déplacement, l’entreprise reste en revanche d’une discrétion de violette sur le calendrier, tout en insistant sur ses impératifs financiers. « Nous nous conformerons à la législation française qui interdit les représentations à partir de 2026 », fait savoir le parc… qui a repris les shows en public mi-avril. Mais il n’est pas possible pour une entreprise privée avec un objectif de rentabilité de garder des cétacés sans leur faire faire de spectacles. » Sans compter que les parades aquatiques de mammifères marins ne font plus recette auprès du public : conserver les bêtes jusqu’à l’échéance de 2026 n’a pas d’intérêt pour le parc.

Sanctuaires sur terre ou en mer

Les ONG, elles, sont sur le qui-vive. « Le transfert des cétacés pourrait être relancé fin 2024 pour les orques et début 2025 pour les dauphins, vers des destinations comme la Chine et le Japon », s’inquiète Christine Ringuet, présidente de l’association Tilikum’s Spirit. Mais le secrétariat d’État se veut rassurant : quatre projets d’hébergement ont été déposés dans le cadre de l’AMI. Les dossiers sont actuellement « en cours d’examen » par l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD, qui remplace le CGEDD).

Deux solutions se dessinent : la création de sanctuaires en mer, portée par Sea Shepherd et One Voice, l’un au large de Brest, l’autre en Nouvelle-Écosse près des côtes canadiennes. Ou la mise en place de refuges sur terre, avancée par Cetasea et Tilikum’s Spirit. Cette dernière solution propose de transformer des bassins existants - par exemple ceux du Marineland - aux besoins réels des animaux et à en faire des lieux d’accueil transitoires permettant de réadapter les bêtes à un environnement plus naturel, en attendant l’établissement de sanctuaires en mer. Sauf que, là encore, ces refuges potentiels - qu’ils soient sur terre ou au large des côtes - risquent de ne pas être utiles à Wikie et Keijo : leur mise en place prendra a minima d’une à plusieurs années… La décision du ministère, qui doit rendre son verdict sur l’AMI mi-juin, pourrait donc finir sur un plouf.