Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Énergie - Environnement

La vente de Photowatt va coûter cher à EDF Renouvelables

La filiale verte d’EDF va débloquer plusieurs dizaines de millions d’euros pour accompagner la cession de l’ex-fleuron du solaire à la start-up Carbon.

Photo
NICOLAS LIPONNE / NurPhoto via AFP

Pour céder sa filiale Photowatt après 12 ans de résultats en berne - et quelque 100 millions d’euros investis -, on peut dire qu’EDF Renouvelables met les moyens. Non seulement, le groupe énergétique ne vend l’ancien fleuron français du solaire photovoltaïque (PV) au repreneur Carbon que pour un euro, mais il assortit la cession de multiples mesures de soutien pour rendre ce transfert viable. Selon nos informations, le package global que versera EDF s’élève a minima à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Primo, EDF va prendre en charge le paiement des salaires des 170 collaborateurs de l’entreprise pendant un an, via une « indemnité d’accompagnement » de 20 millions d’euros. Durant cette période de transition, Photowatt est censé adopter le modèle industriel imaginé par la start-up Carbon. Connue pour son projet de giga-usine photovoltaïque à Fos-sur-Mer, la jeune pousse compte faire de Photowatt, désormais concentré sur une seule des étapes de fabrication des panneaux solaires, un site pilote pour sa future usine mais aussi, à terme, un producteur de panneaux complets. Un pari industriel sacrément ambitieux, compte tenu de la dégradation économique à laquelle font face les derniers fabricants en Europe depuis un an. Ces derniers mois, les défaillances d’usines de panneaux se sont multipliées sur le Vieux Continent, tant le marché est laminé par la surproduction chinoise. Rien qu’en France, sur le dernier semestre, Systovi a été liquidé à Nantes en avril et Recom-Sillia à Lannion en mai…

En contrepartie de cette indemnité versée par EDF Renouvelables, Carbon s’engage à maintenir l’activité et l’emploi chez Photowatt pendant deux ans. La filiale verte d’EDF promet aussi de prendre à sa charge un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), en cas d’échec du projet Carbon pendant la troisième année qui suivra la cession : 10 millions d’euros seront apportés le cas échéant. Rien n’est dit en revanche sur ce qui est prévu sur les conditions de départ des salariés, dans l’hypothèse d’un arrêt du projet dans les deux ans…

Deuzio, EDF Renouvelables prévoit également de laisser à Photowatt sa trésorerie, qui s’élevait en 2024 à environ 25 millions d’euros. Tertio, la filiale verte d’EDF prend des engagements commerciaux importants pour les trois prochaines années envers son ancienne entité. Elle s’y fournira en panneaux PV pour un volume de 150 MW/an. Le tout à un tarif très supérieur aux prix du marché, en vue de valoriser cette production « made in France ». Il s’agira de payer le Watt crête (Wc, l’unité de puissance d’un panneau solaire) 10 à 12 centimes de plus, soit environ le double de ce qu’il coûte aujourd’hui. « Cela reviendrait à une dépense supplémentaire pour EDF Renouvelables aux alentours de 15 millions d’euros par an, par rapport à ce qui se trouve sur le marché de gros », gage un observateur du secteur.

Cette promesse est plus qu’indispensable pour Carbon, qui faute de pouvoir annoncer la levée de fonds qu’elle espère depuis des mois, est contrainte d’appuyer son business model sur de seules prévisions. La start-up dit avoir sécurisé un volume de vente équivalent à 539 MW de capacité solaire, par des lettres d’intention venant d’une dizaine de clients. 235 autres MW seraient aussi en cours de discussion, sans qu’il soit possible d’en savoir plus. De son côté, EDF Renouvelables n’a pas souhaité s’exprimer sur « les détails du projet d’accord », celui-ci faisant « actuellement l’objet d’échanges avec les représentants du personnel dans le cadre du processus d’information consultation ».