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Énergie - Environnement

GRTgaz : la filiale d’Engie va connaître son premier plan de départs

Le spécialiste du transport de gaz s’apprête à réduire ses effectifs. En pleine crise énergétique, le devenir des infrastructures gazières reste un sujet ultra-sensible.

Station de compression GRTgaz, Morelmaison (Vosges)
Station de compression GRTgaz, Morelmaison (Vosges) JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Après les files d’attente aux stations-service, faut-il craindre des problèmes de chauffage cet hiver ? Alors que les mouvements sociaux s’amplifient dans le secteur de l’énergie et entraînent des perturbations, chez TotalEnergies notamment, GRTgaz pourrait à son tour connaître des tensions. Selon nos informations, la filiale d’Engie, spécialisée dans l’acheminement du gaz, fera bientôt l’objet d’une profonde réorganisation interne et d’un plan de départs volontaires autonomes (PDVA). Le dossier est sur la table du directeur général Thierry Trouvé depuis le printemps mais le processus de négociation a été repoussé à fin 2022, après qu’une action en justice initiée par les organisations syndicales en a décalé le lancement.

Le projet, mené dans le cadre du plan de performance R24, prévoit notamment la mutualisation de deux des quatre directions de GRTgaz ainsi qu’une baisse des effectifs d’environ 124 emplois (233 suppressions de postes et création de 109 postes) sur un total d’environ 3 200 agents. Il vise à répondre « à la baisse annoncée des consommations de gaz qui va conduire à une perte de recettes de transport de gaz », et à prendre en compte « le développement attendu de la production et de l’usage des gaz renouvelables et de l’hydrogène », justifie l’entreprise. Sa mise en œuvre doit être déployée en 2023 et 2024.

Les négociations vont démarrer en novembre et les partenaires sociaux sont déjà sur le qui-vive : les salariés n’ont jamais, jusqu’ici, subi de plan de réduction des effectifs… Ils dépendent par ailleurs du statut, très protecteur, des industries électriques et gazières (IEG).

En pleine crise énergétique, le sujet des infrastructures gazières est crucial. Quatrième pilier d’Engie, en sus des renouvelables, du thermique et des services énergétiques, l’activité « infras » du groupe dirigé par Catherine MacGregor repose sur quatre Business Units - GRTgaz, GRDF (distribution), Storengy (stockage) et Elengy (terminaux méthaniers), et fait régulièrement l’objet d’une interrogation : son maintien au sein du groupe est-il pertinent ? Compte tenu des tensions actuelles sur l’approvisionnement gazier, la question est pour l’instant remisée. Mais elle pourrait revenir.

Car Engie est confronté à un dilemme de taille : alors que l’entreprise veut s’imposer en leader des renouvelables, doit-elle conserver dans son giron ces actifs très rentables, mais essentiellement dédiés à une énergie fossile (le gaz naturel) ? L’argument financier est difficile à ignorer : les infrastructures, véritable vache à lait, génèrent 40 % des résultats du groupe. À lui seul, GRTgaz a par exemple réalisé 389 millions d’euros de résultat net en 2021. Et environ 420 millions d’euros sont attendus en 2022… De quoi offrir de généreux dividendes aux actionnaires, à commencer par l’État, propriétaire de 24 % d’Engie.

En cas de mise en vente, les infrastructures, à coup sûr, attireraient une kyrielle d’investisseurs, des fonds ou des institutionnels en quête de rendements régulés et de long terme. Pour preuve, fin 2021, le groupe a cédé 11,5 % de GRTgaz pour 1,1 milliard d’euros à la Société d’infrastructures gazières (SIG). Ce consortium rassemblant la Caisse des dépôts et consignations et CNP Assurances en est désormais le second actionnaire avec 39 % des titres.

Fuite dans les actifs gaziers

Ces dernières années, Engie s’est déjà séparé de plusieurs actifs gaziers : en 2017, il a cédé pour 4,7 milliards d’euros son entité Exploration & Production International (EPI) au groupe Neptune Energy (détenu par les fonds Carlyle et CVC Capital Partners) et, en 2018, il a vendu son portefeuille d’actifs amont de gaz naturel liquéfié (GNL) à Total pour 1,5 milliard de dollars…

Mais voilà, pour finir de compliquer l’équation, le géant tricolore affiche toujours comme ambition de devenir un acteur majeur de l’hydrogène et du gaz renouvelables… et le développement de ces énergies justifie de conserver - pour partie et pour l’instant - des infrastructures gazières capables de les transporter. À suivre, donc.