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Énergie - Environnement

Déchets : onze travailleurs sans-papiers vont attaquer Veolia, Suez, Paprec et Urbaser

Employés par un sous-traitant, ils dénoncent des conditions de travail indignes et s’apprêtent à saisir les prud’hommes.

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Alexandra Pichard

Ils sont plus d’une dizaine, le poing levé, chasubles Veolia sur le dos. Ce lundi matin, des travailleurs sans-papiers se sont mobilisés dans un centre de tri du 15e arrondissement pour dénoncer les conditions de travail « indignes » qu’ils disent avoir subies. « On est chargés des tâches les plus pé...

Onze d’entre eux vont donc saisir les prud’hommes de Paris dans les prochaines heures. « Ils attaquent à la fois NTI et les filiales de Veolia, Paprec, Suez et Urbaser où ils ont travaillé, explique Me Katia Piantino, leur avocate. Ces grandes entreprises sont les donneuses d’ordre et ont donc une obligation de vigilance. Elles doivent s’assurer qu’il n’y a ni travail dissimulé, ni travailleurs sans-papiers chez leurs sous-traitants. » Des firmes elles-même missionnées par les collectivités, ici la ville de Paris et de nombreuses communes d’Ile-de-France, qui leur délèguent la gestion des détritus.

Les employés vont réclamer à la justice le rattrapage de leur salaire, des indemnités pour travail dissimulé et discrimination. « Ils ont été moins bien traités parce qu’ils sont étrangers et sans-papiers, assure Me Katia Piantino. Ils ne sont pas équipés correctement, ils sont prévenus à la dernière minute de l’endroit où ils doivent se rendre pour travailler, et enchaînent parfois presque 24 heures sans repos ». Selon l’avocate et ses clients, l’inspection du travail a fait une descente sur leur lieu de travail en décembre 2022.

Les onze sans-papiers n’ont depuis plus travaillé et se trouvent dans une situation difficile. Appuyés par la CGT, ils demandent leur régularisation. Le député européen Pierre Larrouturou était aussi présent pour les soutenir ce matin. « C’est scandaleux. Au niveau européen, nous préparons une directive sur le devoir de vigilance, dit-il à l’Informé. C’est un minimum que les entreprises s’assurent que leurs sous-traitants respectent le droit du travail. Il faut leur donner un vrai contrat, on ne négocie pas avec la dignité humaine. »

De son côté, la multinationale Veolia assure à l’Informé qu’elle « ignorait ce qui a été rapporté récemment, à savoir l’éventuel emploi de salariés sans papier par NTI ». La multinationale dit appliquer « la plus strice vigilance » dans l’exécution de ses contrats de sous-traitante, notamment « les sociétés du groupe NTI entre 2019 et 2022 ». « Dès lors que nous avons détecté des incohérences dans les éléments de réponses fournis par NTI, Veolia a pris la décision d’arrêter de travailler avec ce prestataire », expose Veolia, avant d’assurer qu’elle n’était « pas censée » disposer des documents d’identité des salariés de NTI.

La firme assure avoir « pleinement collaboré » à l’enquête de l’inspection du travail et indique que « les équipes de Veolia étudieront précisément chaque situation individuelle qui leur sera soumise » sans toutefois apporter une réponse collective à ce jour. Contactées, les autres entreprises mises en cause n’ont pas encore donné suite à nos sollicitations.