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Finance - Conseil

Un directeur financier licencié par BNP Paribas... pour avoir respecté les règles

Un ancien cadre d’Arval, importante filiale du groupe bancaire, assure avoir été licencié après avoir dénoncé des « dissimulations » à hauteur de 89 millions d’euros.

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Chesnot / Getty Images

BNP Paribas a-t-elle reproché à un directeur financier de faire son travail (un peu trop) consciencieusement ? Selon nos informations, les prud’hommes de Paris viennent de condamner la société Arval, spécialisée dans la location de véhicules aux entreprises et implantée dans 30 pays, à verser plus d’...

L’affaire commence en 2016, lorsque Francis est envoyé en Italie, où le loueur de voitures se targue d’être leader du marché, en tant que responsable des finances de la branche transalpine. Il a pour mission d’y remettre les comptes en ordre après une importante migration informatique. Cette mise à jour complique alors tous les calculs et en particulier celui des provisions dites « métiers », qui concernent la maintenance des véhicules, la pneumatique ou les assurances. Tout bascule lorsque le système informatique se rétablit, début 2018. Selon la version qu’il a livrée à la justice, l’ex-cadre se rend compte à ce moment-là que quasiment 90 millions d’euros ont été provisionnés en trop lors des deux années précédentes. Or une des normes de l’entreprise exige que le montant des provisions soit strictement proportionnel aux besoins de la boîte et recalculé tous les ans pour éviter les excédents.

« Situation impossible »

« Nous avons eu l’information en janvier ou février », explique l’ancien directeur financier à l’Informé. Au début, le cadre n’en croit pas ses yeux tant le chiffre semble disproportionné au regard des résultats d’Arval Italie. « Plus le temps passait, plus on était sûrs de nos calculs », continue-t-il. Devant les juges, le sexagénaire explique avoir dénoncé ces « dissimulations » plusieurs fois à sa hiérarchie italienne au cours de l’été. « Quand j’ai commencé à en parler, la consigne était de garder cette information sous le tapis », nous assure-t-il.

À la fin de la période estivale, Francis se retrouve « pris en étau » et souhaite sortir de cette « situation impossible ». Le 30 août 2018, il écrit au DG de la branche d’Arval en Italie à propos des excédents et indique qu’il faut tout de suite avertir le département de contrôle de la maison mère. L’ex cadre écrit noir sur blanc : « Mes fonctions de directeur financier m’imposent de garantir la régularité et la sincérité des informations financières publiées ». Le même jour, le directeur financier d’Arval, c’est-à-dire un de ses supérieurs, reconnaît par mail : « Je pense effectivement qu’il faut communiquer sans délai au groupe ces dernières analyses affichant des niveaux significativement plus élevés que dans ma note d’information datant de juin dernier. »

Le lendemain donc, Francis informe une responsable du groupe BNP Paribas, qu’un « événement majeur » est survenu et fait état des « excédents importants » qui peuvent atteindre 89 millions d’euros. Puis en septembre, il met également au courant le directeur financier du groupe BNP Paribas et le département « contrôle et certification » de la maison mère. Quelques jours plus tard, le cadre est convoqué à un entretien préalable au licenciement, puis mis à la porte le 31 octobre 2018. Dans le courrier qui l’en informe, Arval lui reproche d’avoir « pris la liberté » de communiquer ces « informations financières alarmistes » et d’avoir ainsi « nui à la crédibilité de ses responsables et de la filiale », résume le jugement. Devant la justice, la société de location de voitures explique reprocher à son ancien directeur financier « non pas d’avoir communiqué des informations erronées sur les provisions “métiers” qui ne sont pas mathématiques, mais d’avoir communiqué intempestivement au plus haut niveau du groupe BNP Paribas ».

Les prud’hommes ont au contraire jugé que le cadre n’a pas agi à l’encontre des instructions de son supérieur, qui plus est au vu du contexte où lui-même « engageait sa responsabilité » par rapport aux comptes. Selon l’instance, le sexagénaire « n’a fait qu’exposer, en sa qualité de directeur financier tenu à des obligations professionnelles strictes, des données révélées par le groupe de travail lui-même instauré au sein d’Arval Italie, que la société Arval Service Lease ne qualifie pas d’erronées, mais discutables ». La filiale de BNP Paribas a en effet expliqué, devant la justice, que le calcul du responsable donnait « matière à discussion » parce que les frais pour maintenir les véhicules en état évoluent sans cesse. Selon Francis, « les comptes ont été remis en ordre dès fin septembre 2018 » après son signalement. Les prud’hommes ne lui ont en revanche pas reconnu le statut de lanceur d’alerte, dès lors qu’« il n’est pas établi que les provisions excédentaires relevaient de manœuvres délictueuses ».

« Amertume »

Devant l’instance, le responsable avait dénoncé des « pressions » de la part de sa hiérarchie, des éléments reconnus comme des « circonstances de la rupture du contrat de travail » et non des agissements de harcèlement moral. L’homme faisait notamment état d’un rendez-vous où le DRH d’Arval lui aurait recommandé « de faire preuve de plus de souplesse dans l’application des procédures BNP Paribas » ou des « appels réitérés » de la part du directeur général d’Arval Italie avant ses révélations à la maison mère. Selon nos informations, ce dernier a désormais quitté le groupe. Entre-temps, il avait néanmoins été promu DG de la zone Europe en mai 2019, quelques mois seulement après ces événements.

Ni Arval, ni l’ancien directeur financier n’ont fait appel de cette décision : la condamnation de la société est donc définitive. L’ex-cadre garde un goût amer de cette affaire malgré sa victoire judiciaire : « Je n’ai fait que mon travail, avec les outils et les procédures du groupe BNP Paribas ». Dès le 26 juillet 2018, le DRH d’Arval lui avait d’ailleurs écrit : « Je comprends tout à fait ton amertume dans cette situation où tu considères n’avoir fait que ton devoir ». Contactés, BNP Paribas et sa filiale Arval n’ont pas souhaité faire de commentaires.

(1) Le prénom a été modifié