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Finance - Conseil

Private equity : des dirigeants de Capza accusés de conflit d’intérêt

Une source interne à la filiale d’Axa, sous couvert d’anonymat, compte transmettre ses griefs à l’Autorité des marchés financiers et à l’association des fonds français de private equity, France Invest.

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ARAMYAN - stock.adobe.com

Capza a-t-elle été un peu légère dans le traitement des conflits d’intérêts ? C’est en tout cas ce que reproche une source interne à la filiale d’Axa, qui, sous couvert d’anonymat, souhaite transmettre ses griefs à l’Autorité des marchés financiers et à l’association des fonds français de private equity, France Invest. Au centre des critiques : l’associé cofondateur de la société de gestion David Hoppenot et, dans une moindre mesure, Maxence Radix, l’un des trois directeurs généraux. Tous deux sont sur le point de vendre à leur propre boutique un actif dont ils sont actionnaires.

Il s’agit là de B-Network, une plateforme de gestion des hébergements pour les événements. Selon les éléments transmis, David Hoppenot détiendrait 15 % du capital de cette PME cannoise en direct et 15 % en indirect. Un investissement opéré fin 2018, aux côtés de Ring Capital, dans l’entreprise qui affiche aujourd’hui 230 millions d’euros de volume d’affaires. La plateforme est sur le point d’être rachetée pour un montant compris entre 50 et 100 millions d’euros, selon le média spécialisé Cfnews. Le hic ? L’acheteur n’est autre que Capza et son fonds Flex Equity, dont Maxence Radix, qui détient 0,8 % du capital de B-Network, est au comité d’investissement. Le dernier de ses véhicules d’investissement a levé 700 millions d’euros en 2021, en bénéficiant d’abondements massifs d’investisseurs institutionnels, parmi lesquels Axa (100 millions d’euros), Bpifrance, le Fonds européen d’investissement, BNP Paribas, Swen Capital Partners ou bien encore AG2R La Mondiale.

Ces deux associés ont-ils utilisé leur position privilégiée au sein de Capza pour organiser leur cash-out personnel ? Les avis divergent. « Il y a clairement eu un passage en force. Le comité compliance de Capza avait au préalable exprimé son inquiétude sur le risque de conflit d’intérêt mais n’a pas été écouté par les dirigeants », souffle la source interne. Interrogée, Capza se défend. « Tous les impératifs réglementaires ont été respectés. Ce genre de situation est strictement encadré par les procédures internes de conformité et par les dispositions du « Limited partnership agreement » dudit fonds (Capza 5 Flex Equity). Comme pour toutes les opérations, la compliance et le legal ont été parties prenantes dans la réalisation de cette opération. En outre, à la suite de la décision du comité d’investissement du fonds de réaliser l’opération, et conformément aux usages en vigueur chez Capza, celle-ci a fait l’objet d’une présentation détaillée aux investisseurs du fonds qui sont membres du comité consultatif. »

Axa, détenteur de 66 % du capital de Capza et premier investisseur du fonds, n’a cependant pas souhaité commenter. Mais certains investisseurs s’émeuvent de la situation. « Il n’y aurait pas eu de sujet si le cash-out avait été de quelques milliers d’euros. Là, l’enrichissement personnel est conséquent et cela pose question », estime l’un d’entre eux. Et un banquier de s’inquiéter du « fair play » du processus de vente de B-Network (indispensable dans l’obtention d’un prix de marché), qui était ici orchestré par Cambon Partners. « Comment peut-on garantir l’absence d’asymétrie d’informations entre les candidats au rachat, quand l’un d’entre eux figure au board de l’entreprise en vente ? »

En parallèle, les investissements de David Hoppenot et Maxence Radix dans une nouvelle société de gestion baptisée Cervinvest Capital ont aussi été montrés du doigt. Cette dernière a été fondée en juillet 2023 par Marc-Antoine Janny, un ancien banquier de Bryan Garnier, dans l’idée d’investir dans des sociétés dont le chiffre d’affaires dépasse les 5 millions d’euros et l’Ebitda supérieur à 1 million, en France et dans les pays limitrophes. Les secteurs ciblés : la technologie, le vieillissement de la population, l’éducation, la consommation et la transition énergétique. « Ce fonds est donc un concurrent quasi direct des fonds Transition et Growth tech de Capza », souligne un détracteur. Une analyse battue en brèche par le patron de la société de gestion. « Lorsque je me suis associé avec David Hoppenot et Maxence Radix, l’idée était de faire du deal by deal (Ndlr, terme relatif à une levée de fonds spécifique pour chaque acquisition). Nous étions sous la barre d’intervention de Capza, se défend l’intéressé. Le projet a évolué et j’ai cherché à professionnaliser ma démarche pour créer un fonds et obtenir un agrément AMF. Mes deux associés d’origine ont donc vendu leur part pour permettre à un autre associé de me rejoindre. » Une version corroborée par les dirigeants de Capza, qui précisent que cet investissement respectait le cadre réglementaire.

Capza et l’optimisation de l’Ebitda

Reine de l’optimisation de l’Ebitda, Capza applique à elle-même les recettes qu’elle préconise à ses participations. La direction générale de la société de gestion a une option pour vendre à Axa la part de capital qu’elle détient : Plus la performance financière de Capza est bonne, plus la cession devrait leur être profitable. « Depuis 2021, une politique de réductions des coûts et de durcissement des politiques de frais a été mise en place », souligne une source interne, précisant au passage que la société a affiché 20 millions d’euros d’Ebitda l’an dernier. Une rentabilité élevée qui a permis à la majorité des salariés de toucher le maximum légal de l’intéressement, soit 32 000 euros. « La direction a donc décidé de prendre en compte l’intéressement dans le package de rémunération et a retranché l’intéressement de la part de variable des salariés », grogne la même source. Une stratégie contraire au principe de non-substitution de l’intéressement à un élément de rémunération. Interrogée, la société de gestion précise « ne pas avoir l’habitude de commenter sa politique de rémunération. » « Le bonus est discrétionnaire et par nature variable. Capza a par ailleurs de longue date proposé des dispositifs pour associer ses salariés à la création de valeur et dans une logique d’alignement des intérêts, Capza est l’une des seules sociétés de gestion à avoir ouvert son capital à l’ensemble des salariés et a été reconnue en 2023 par le HEC/Armen Value Sharing Index pour la qualité de ses pratiques sur le partage de la valeur », conclut-elle.

*Mise à jour mardi 5 mars : Capza précise que David Hoppenot ne figure pas au comité d’investissement de Capza 5 Flex Equity.

*Article modifié le mardi 17 septembre avec des précisions sur le capital de B-Network.