L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLe nouveau DG des douanes débarque en terrain miné
Réglementation tatillonne, conditions d’avancement contestées, évolution du métier… Florian Colas va devoir remotiver les troupes.
Il était temps. Après un mois de tergiversations, le conseil des ministres a procédé à la nomination d’un nouveau directeur des douanes : mercredi 3 avril en fin de matinée, Florian Colas, énarque passé par plusieurs cabinets ministériels avant de prendre la tête du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), a été officiellement choisi.
Au même moment, le directeur général par intérim, Jean-François Dutheil, suscitait une sacrée crise en interne. Rassemblées pour un point global, les organisations syndicales ont en effet toutes quitté la réunion heurtées par ses propos. Leur teneur ? « On ne va pas investir massivement sur le flair douanier, je n’ai jamais compris ce que c’est. » Anodins en apparence, ces mots ont été perçus comme une attaque en règle par les représentants syndicaux. « C’est une façon de taper sur les compétences des 17 000 douaniers, et d’appeler à plus d’investissements sur l’intelligence artificielle que dans l’humain » se désole un témoin de la scène, inquiet que cette pique préfigure la feuille de route du nouveau directeur général.
Cet accrochage est symptomatique. Dans un sondage interne récent, la « perte de sens des missions » et « la dégradation des conditions de travail » sont ressorties comme les premières préoccupations des agents. Il faut dire que l’organisation a été sérieusement bousculée par une décision du Conseil constitutionnel : en septembre 2022, elle censurait le « droit de visite » de l’administration dans les locaux commerciaux, les véhicules et les personnes. Un coup de tonnerre chez les douaniers, qui pouvaient jusqu’alors décider de jour comme de nuit de contrôle sans justification préalable.
Une loi de juillet 2023 a partiellement rétabli cette compétence, mais en l’encadrant strictement. Désormais, les agents ne conservent ce droit de visite qu’en zone frontalière. Pour le reste du territoire, ils doivent, comme la police et les gendarmes, attendre de se voir confier un mandat de perquisition par un juge, ou pouvoir attester de "raisons plausibles" compliquées à étayer. Une évolution ressentie comme une profonde défiance. Et qui pèserait sur les résultats de l’administration. « Depuis 8 mois, on n’a quasiment pas réalisé de contrôles en dehors des zones frontalières, assure une source interne. C’est dommage, parce que dans le passé de belles opérations ont été faites sur la base de ce flair douanier. »
Autre élément de malaise perturbe l’administration : les conditions d’avancement. Depuis la loi Dussopt sur la fonction publique de 2019 et la suppression des commissions mixtes paritaires aptes à jauger l’évolution des carrières, les douaniers remettent en cause les critères influençant, ou non, leur avancement. Nombre d’agents, surtout pour les catégories A (cadres), ont d’ores et déjà déposé des recours contre leur propre organisation, un peu partout en France.
À peine arrivé, Florian Colas devra, aussi, s’atteler à restaurer des relations avec les syndicats, plutôt échaudés par sa prédécesseure. Ils reprochent notamment à Isabelle Braun-Lemaire, accusée d’être avant tout une gestionnaire, de ne pas avoir montré un grand intérêt pour les questions opérationnelles. L’ancienne secrétaire générale du Ministère des finances aurait notamment laissé traîner l’achat de scanners destinés aux conteneurs des zones portuaires par exemple. Le sujet est pourtant brûlant alors que les arrivées de drogues et la corruption ne cessent de progresser, comme en Belgique et aux Pays-Bas, en voie de devenir des narco-états selon certains observateurs. La question des mafias infiltrant potentiellement les services de l’État sera d’ailleurs un des gros dossiers à venir, avec un enjeu de taille : renforcer la lutte contre la corruption.
Le nouveau DG n’arrivera pas en terrain conquis. Dans un tract, la CDFT a fait savoir que la nomination de l’ex-directeur de cabinet d’Olivier Dussopt, ministre de la fonction publique qui a porté la réforme des retraites et « le dépeçage de la Douane », n’est pas une bonne nouvelle. Mais la proximité de Florian Colas avec l’influent ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pourrait néanmoins renforcer le poids de son administration. À son actif, il a déjà négocié que le nouveau service de renseignement fiscal soit logé au sein des Douanes, plutôt qu’à la Direction générale des finances publiques ou Tracfin. Avec un argument de poids : la capacité des douanes à mettre en place des filatures si besoin.