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Continuer la lectureLe français IVO lève 100 millions pour miser sur les class actions et autres contentieux d’affaires
La société de gestion avance les frais de procédure dans des procès commerciaux en échange d’une part des dommages et intérêts. Une pratique encore méconnue en Europe.
Outre-Atlantique, le métier est désormais bien installé : depuis des années, des fonds d’investissement prennent en charge les frais de procédure de parties prenantes à des litiges commerciaux. En échange, ils négocient une partie des dommages et intérêts en cas de victoire de leur client, leur attention se concentrant sur les affaires pouvant rapporter le plus… Cette pratique commence maintenant à se développer en Europe : une poignée de sociétés de gestion y voient du potentiel, à l’instar du belge Deminor, du suisse Nivalion ou encore du britannique Omni Bridgeway. Un acteur français a aussi émergé : IVO Capital Partners. Selon nos informations, ce dernier vient de boucler la levée d’un fonds de 100 millions d’euros pour investir plus particulièrement sur le continent. Cette somme lui permettra de se positionner sur 30 à 40 affaires, à raison de 1 à 5 millions d’euros par dossier, au terme d’une sélection rigoureuse opérée avec des cabinets d’avocats et des juristes internes. Près de 40 % du montant ont déjà été investis avant même que la commercialisation du véhicule ne soit terminée, le financier ayant un an et demi pour déployer le reste.
Le rôle clé clé des assureurs
IVO Capital Partners a récolté l’essentiel de l’argent auprès de familles fortunées qui investissent déjà dans ses véhicules - le gérant est à la base spécialisé dans les obligations d’entreprises des pays émergents classées en catégorie spéculative. « Les souscripteurs de notre fonds cherchaient des placements dont la rentabilité est décorrelée des marchés financiers », explique Sidney Oury, directeur général et cofondateur de la société de gestion. Pour convaincre les bailleurs de fonds, le gérant avait un autre argument : IVO Capital Partners est soutenu par plusieurs d’assureurs - « dont deux compagnies européennes classées « tier-1 » - prêts à prendre en charge ses pertes si ses « protégés » ne gagnent pas leurs procès. Ces assureurs se répartissent les dossiers étudiés par IVO et se rémunèrent non seulement en touchant des primes… mais aussi en captant une partie substantielle des gains sur les dommages et intérêts, dans les affaires où IVO Capital Partners est gagnant. Les souscripteurs du fonds perçoivent alors le gros du reste, même si une partie sert à rémunérer l’équipe d’investissement. Celle-ci touche non seulement des frais de gestion, mais aussi une commission de surperformance comparable au « carried interest » qui existe dans une classe d’actifs comme le private equity : 20 % des profits au-delà de 6 % de rendement.
IVO Capital Partners n’est pas un débutant dans le marché de la « litigation finance ». Après s’être fait la main sur quelques affaires apportées par des cabinets d’avocats américains, la société avait constitué en 2018 un premier véhicule de 50 millions d’euros. Celui-ci a été principalement mobilisé sur des contentieux commerciaux dans des pays anglo-saxons. Bien souvent, ces affaires opposaient des entreprises sur une rupture abusive de contrat, voire des collectivités contre des entreprises. IVO a par exemple soutenu des municipalités contre des laboratoires pharmaceutiques sur des sujets liés à la prolifération des opioïdes aux Etats-Unis, quand les villes cherchaient des dommages et intérêts en réparation de la prise en charge des patients qu’elles ont dû supporter. Comme ses quelques concurrents, l’investisseur estime que la directive européenne adoptée en 2020 pour encourager les actions de groupe en justice (les fameuses « class actions ») crée de nouvelles opportunités sur le continent. IVO Capital Partners a par exemple apporté son soutien à une fondation représentant une partie de personnes mineures et majeures dans un procès intenté aux Pays-Bas contre le réseau social TikTok pour non-respect des procédures RGPD. « Paris offre par ailleurs de bonnes opportunités dans les affaires d’arbitrage international, où elle est une place reconnue, notamment pour juger des contentieux africains », poursuit Sidney Oury.