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Finance - Conseil

Le fonds de la famille Mérieux évince l’un de ses principaux associés

Quelques mois après une réorganisation majeure, l’investisseur s’est discrètement séparé d’un de ses hommes-clés, à l’origine d’une grande partie de ses deals.

Alain Mérieux et son fils Alexandre.
Alain Mérieux et son fils Alexandre. ERIC PIERMONT / AFP

C’est un départ de poids qui vient d’être discrètement décidé chez Mérieux Equity Partners. Spécialisée dans les investissements dans les PME-ETI de la santé (le secteur de prédilection de la dynastie lyonnaise), la société d’investissement contrôlée par la famille Mérieux vient de remercier l’un de ses principaux associés, Benoît Chastaing, a appris l’Informé. La nouvelle a été annoncée il y a une dizaine de jours aux souscripteurs des fonds gérés par la firme. « Aucune explication n’a été donnée à ce départ, mais on a senti clairement un peu de gêne », glisse l’un d’entre eux.

Arrivé en provenance du fonds belge Gimv en 2019, Benoît Chastaing assumait un rôle moteur dans les investissements de Mérieux Equity Partners. Côté PME, ce « deal-maker » a piloté les prises de participations dans le fabricant de gants techniques pour l’industrie Piercan, dans les spécialistes des dispositifs médicaux Stiplastics et SGH ou encore dans le petit laboratoire pharmaceutique CTRS. C’est lui qui était par ailleurs en charge du suivi des maisons de retraite DomusVi, des cliniques Elsan ou encore du fabricant italien de médicaments Doc Generici. De grandes sociétés dont Mérieux Equity Partners avait réussi à obtenir quelques pourcents du capital aux côtés de gros fonds.

L’associé aurait été mis à pied quelque temps avant que son renvoi ne soit acté. Son style était loin de faire l’unanimité en interne… Des sources font état de méthodes de management musclées qui auraient été jusqu’à déplaire à la famille Mérieux. De vives tensions seraient notamment survenues lors d’un séminaire entre Chastaing et un autre membre de l’équipe (aujourd’hui parti). Mais cette éviction survient, aussi, après une réorganisation de l’état-major de Mérieux Equity Partners qui laisse entrevoir une reprise en main plus large par le clan fondateur. Un autre associé, Jean-François Billet est en effet devenu responsable de l’activité LBO, un poste nouvellement créé au sein de la firme. La nomination de ce vétéran de la galaxie Mérieux - il a été par exemple l’un des anciens dirigeants de Mérieux Nutrisciences - a relégué au second plan Benoît Chastaing, dont le CV en matière de private equity est pourtant plus étoffé. Des sources font état de tensions entre les deux hommes autour de la gestion de quelques participations. Cela a été notamment le cas lorsque le français CTRS et l’italien Addmedica, respectivement suivis par Benoît Chastaing et Jean-François Billet, se sont rapprochés pour créer une nouvelle entreprise, Theravia, en 2022. Des désaccords seraient également apparus entre eux autour de la stratégie à adopter autour de la vente de SGH, lancée mi-2024 avant de capoter dès la fin septembre.

En général, dans les firmes de private equity, les départs d’associés - qualifiés d’ « hommes-clés » dans la documentation des fonds - déclenchent l’activation d’une clause qui peut empêcher qu’un véhicule géré par le partant ne réalise de nouveaux investissements*. « Benoît Chastaing était bien un homme clé, mais chez Mérieux il faut deux départs de ce type pour qu’une telle clause s’active », glisse un connaisseur de la maison. Le fonds a les ressources internes pour continuer ses deals et gérer son portefeuille : il mise beaucoup sur deux figures montantes, les associés allemands Jaana Grüter et Theodor Wupperman - ce dernier ayant été promu à ce rang en juillet. Le dernier véhicule né, dont la levée a été bouclée en septembre 2023 à 570 millions d’euros, aurait encore quelques investissements à réaliser.

Contacté, Benoît Chastaing n’a pas répondu aux sollicitations de l’Informé. Mérieux Equity Partners n’a pas voulu faire de commentaires.

*Les clauses d’hommes-clés offrent en théorie aux souscripteurs des fonds une sorte de défense : elles sont censées leur garantir que l’argent soit investi dans les conditions qui leur avaient été soumises au départ avec la société de gestion. Même dans le cas d’un départ, dans la pratique, rares sont les situations où elles finissent par déboucher à la suspension des investissements d’un véhicule.