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Continuer la lectureL’ancien « Sarko boy » Boris Boillon reste à la porte de la fonction publique
Conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, il avait été arrêté avec 390 000 euros en liquide Gare du Nord à Paris.
Boris Boillon se définit lui-même comme un pur « produit Sarko ». Cet ex-fonctionnaire du Quai d’Orsay doit à Nicolas Sarkozy son ascension éclair : en 2007, l’ancien président de la République le nomme conseiller diplomatique à l’Élysée à seulement 37 ans, en 2009, il le propulse ambassadeur en Irak à 39 ans… Le diplomate détonne alors avec son langage fort peu consensuel, et ses photos en maillot de bain postées sur le réseau social Copains d’avant. Mais sa chute a ensuite été tout aussi fulgurante. Lorsque son mentor a quitté la présidence de la République, lui a perdu son ambassade, est parti dans le privé pour créer une société de conseil, s’est exilé en Belgique, et s’est surtout fait arrêter avec 350 000 euros, plus 40 000 dollars en cash à l’embarquement d’un train pour Bruxelles. Ce qui lui a valu d’être condamné en 2017 à un an de prison avec sursis, mais aussi à une interdiction d’exercer toute fonction publique durant 5 ans, radié du Quai d’Orsay. Fin 2024, le Sarko boy a demandé à réintégrer le ministère des affaires étrangères , sans succès. Il a alors contesté ce refus devant le Conseil d’État, arguant d’une « atteinte à un droit de se réinsérer après la complète exécution de sa peine ».
La haute juridiction vient, ce jour, de le débouter. Les juges du Palais Royal estiment que le Quai d’Orsay n’a « pas commis d’erreur manifeste d’appréciation » lorsqu’il l’a éconduit. L’administration avait invoqué deux raisons à ce rejet. D’une part, selon elle, « les actes commis par M. Boillon sont contraires à l’honneur et au devoir de probité qui incombe aux fonctionnaires ». D’autre, « sa réintégration porterait atteinte à la réputation des services diplomatiques de la France ».
Si notre homme a été mis à la porte de la fonction publique, c’est donc parce qu’il a été arrêté le 31 juillet 2013 sur un quai de la gare du Nord avec deux gros sacs de billets. Boris Boillon, qui voyageait sans téléphone portable ni aucune pièce d’identité, s’est alors enlisé dans des justifications peu crédibles. Avant la fouille, il a d’abord assuré aux douaniers ne pas transporter plus de 10 000 euros. Puis il a expliqué que l’argent lui avait été remis à Paris, avant de changer de version, pour assurer l’avoir reçu en Irak.
Il a aussi prétendu avoir sorti les billets de la cave de son immeuble où il les avait enterrés - mais les enquêteurs ont constaté que c’était impossible, le sol étant recouvert d’un revêtement plastifié. Il a affirmé vouloir déménager l’argent par peur d’un cambriolage – il disposait pourtant d’un coffre dans une banque. L’ex-ambassadeur a ajouté avoir décidé de se rendre en Belgique, car il résidait dans le plat pays et voulait y créer une société. Mais les autorités d’outre-Quiévrain ont indiqué qu’il n’était déclaré ni au registre communal, ni auprès du fisc, et qu’il n’avait entamé aucune démarche pour créer une structure. Il a également avancé que cette montagne de cash était une rémunération versée à sa société de conseil, mais les sommes n’ont été inscrites dans la comptabilité de l’entreprise qu’après le contrôle douanier.
Pour être plus précis, notre homme a expliqué que cet argent rémunérait son travail en Irak sur la construction d’un complexe sportif à Nasiriyya. Mais des témoins ont nié la réalité de ce travail, comme Pierre-Emmanuel Crépin, un architecte ayant dirigé le chantier du stade : « M. Boillon n’avait aucun rôle avec ce projet ; d’ailleurs il n’en avait aucune compétence technique. » Inversement, son supérieur, Laurent Malet, a attesté : « il a bossé, et a mérité son salaire sur ce projet. »
Le diplomate déchu a assuré avoir été payé en cash « en l’absence de système bancaire développé en Irak ». Mais les enquêteurs ont exhumé une interview qu’il avait lui-même accordée à Classe Export Magazine où il assurait : « Il y a une vraie sécurité des paiements en Irak. Le réseau bancaire privé et public est très dense au côté de la Trade Bank of Irak (TB), la banque publique du commerce extérieur par laquelle passent toutes les transactions et qui bénéficie de la garantie du ministère des finances. Je n’ai jamais entendu parler de problèmes de paiements, ni de problèmes d’application des contrats. »
Certes, l’intéressé a fourni aux enquêteurs des contrats correspondant à sa mission. Mais son associé, l’architecte irakien Adil Alkenzawi, a affirmé que les documents étaient faux, et déclaré « impossible » que des prestations de conseil d’un tel montant soient payées en liquide. Toutefois, le tribunal a relevé des contradictions dans les propos d’Adil Alkenzawi, et les a finalement jugés « pas suffisamment probants ».
Finalement, alors que le parquet estimait que les contrats étaient falsifiés, et demandait une condamnation pour « faux, usage de faux et abus de bien sociaux », les juges ont relaxé le fonctionnaire de ces charges : « il n’est pas possible d’établir avec certitude que les pièces transmises par M. Boillon constituent des faux, même si les conditions d’intervention de M. Boillon et les modalités de sa rémunération ne laissent pas d’interroger le tribunal. Le tribunal n’est pas en mesure d’en déduire que les prestations seraient nécessairement fictives. »
Boris Boillon a donc seulement écopé d’une condamnation pour « blanchiment de fraude fiscale » et « transfert non déclaré de sommes à l’étranger ». « Les explications de M. Boillon procèdent d’une reconstruction des événements, afin de tenter de justifier du transfert dissimulé des sommes d’argent en toute clandestinité, indique le jugement, obtenu par l’Informé. L’examen des faits démontre une attitude volontaire et persistante de dissimulation des sommes d’argent ».
Pour les juges, « l’importance des sommes dissimulées, ainsi que les circonstances de la dissimulation, nécessitent de réprimer sévèrement les faits. Les faits pour lesquels M. Boillon est déclaré coupable, commis par une personne ayant exercé d’importantes fonctions, révèlent une perte des repères déontologiques et légaux ».
Lors de son procès pénal en 2017, l’ancien ambassadeur a expliqué vouloir réintégrer le Quai d’Orsay, qui venait alors de lever sa suspension. Il s’est « égaré dans le monde privé », a plaidé son avocat Jean Reinhart. « Je voulais afficher ma réussite, que ma société rentre beaucoup d’argent », a avoué l’intéressé. « Il tenait comme discours : ‘je suis totalement orienté business’ », a abondé un témoin. Mais tout cela n’a pas attendri les juges, qui l’ont donc exclu de la fonction publique pour cinq ans, soit jusqu’en 2022 : « les circonstances dans lesquelles il a commis les faits, en recevant de l’argent en espèces dans un pays [l’Irak] où il avait exercé précédemment des fonctions diplomatiques, puis les acheminant en toute clandestinité, avant de procéder à leur dissimulation physique, comptable et fiscale, rendent incompatible, dans un proche délai, la reprise de fonctions publiques ». Boris Boillon a fait appel, avant de se désister juste avant l’audience.
Redressement fiscal
Mais les ennuis ne se sont pas arrêtés là ! Selon nos informations, Boris Boillon a parallèlement fait l’objet d’un redressement fiscal concernant ses sacs d’argent liquide, qui ont été imposés comme des revenus non déclarés. L’intéressé a bien contesté la douloureuse devant la justice administrative et même obtenu gain de cause en première instance pour des raisons de forme… Mais Bercy a fait appel, et le redressement a été intégralement confirmé.
Sur le fond, Boris Boillon assurait être résident fiscal belge à l’époque des faits. Mais le fisc a relevé que son appartement, ses comptes bancaires et son logement étaient basés en France. Tandis qu’en Belgique, « M. Boillon n’a pas exercé d’activité professionnelle, n’a pas réalisé d’investissement, n’y détenait aucun patrimoine, et n’y était pas assujetti à l’impôt sur les revenus », a jugé la cour administrative d’appel. Quant à son épouse, elle aussi diplomate, elle était certes en poste outre-Quiévrain, mais imposée en France.
Finalement, l’aventure a coûté cher à l’ex-Sarko boy. D’abord, le cash saisi a été confisqué. Ensuite, le tribunal correctionnel lui a infligé 131 036 euros d’amendes et de dommages. Enfin, il a écopé d’un redressement de 321 988 euros, incluant des pénalités de 40 %. Lors de son procès pénal en mai 2017, il a expliqué toucher une rémunération de 3 000 euros par mois, auxquels s’ajoutait le salaire de son épouse (5 000 euros). Il précisait devoir rembourser un prêt de 600 000 euros contracté pour acheter un appartement d’un million d’euros à Paris.
Contactés, Boris Boillon et ses avocats Jean Reinhart et Olivier Goldstein n’ont pas répondu.
De l’argent libyen ?
Les billets flambant neufs transportés par Boris Boillon venaient-ils de Kadhafi ? En tout cas, plusieurs témoins ont affirmé que le conseiller diplomatique avait participé au présumé financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Un ancien dignitaire libyen, témoignant sous X, a affirmé que Claude Guéant et Boris Boillon avaient reçu pour cela 20 millions d’euros en cash, et les avaient ramenés en jet privé. « Boris Boillon venait souvent voir le Guide qu’il appelait “papa”, a ajouté ce témoin. Boillon aussi venait pour son argent de poche. Il faut savoir que chaque fois qu’un visiteur important comme Claude Guéant et surtout comme Boris Boillon venait voir le Guide, celui-ci leur faisait un petit cadeau. Ce petit cadeau était une enveloppe qui contenait soit des dollars soit des euros. C’étaient des sommes de l’ordre de 40 000 à 70 000 euros. » Selon cet ancien proche de Kadhafi, Boris Boillon aurait aussi reçu des bijoux en or blanc (un collier, des boucles d’oreilles et une bague).
Pour sa part, l’ancien premier ministre Mahmoudi Baghdadi aurait affirmé à son avocat, qui l’a ensuite répété aux enquêteurs, que 50 millions d’euros auraient été remis à Boris Boillon et Henri Guaino dans un hôtel de Genève. En outre, Mabrouka Cherif, ancienne responsable du protocole, a ajouté que Claude Guéant et Boris Boillon étaient venus en Libye en 2010 pour discuter d’un financement supplémentaire de 20 millions d’euros pour la campagne présidentielle de 2012, finalement refusé par Kadhafi. Enfin en 2011, lorsque Boris Boillon était ambassadeur à Tunis, il aurait participé à l’exfiltration de Libye de Béchir Saleh, le directeur de cabinet de Kadhafi.
Toutefois, cette piste libyenne n’a jamais été évoquée durant le procès pénal de Boris Boillon, qui n’a jamais été poursuivi dans la procédure sur le financement de la campagne de 2007.
Un parcours mouvementé
1969 : naissance
1993 : diplômé de Sciences Po Paris
1998 : diplômé de l’Inalco
1999 : fonctionnaire au Quai d’Orsay
2007 : conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur
2007 : conseiller Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient de Nicolas Sarkozy à l’Élysée
2009 : ambassadeur en Irak
2010 : nommé chevalier de la Légion d’honneur par décret de Nicolas Sarkozy
2011 : ambassadeur en Tunisie
2012 : remplacé comme ambassadeur en Tunisie, se met en disponibilité, fonde ses sociétés Spartago, puis French Group UR
2013 : interpellé à la gare du Nord avec 350 000 euros et 40 000 dollars en liquide, ouverture d’une enquête préliminaire
2016 : réintègre le Quai d’Orsay et affecté sur une mission à New York
2016 : renvoyé devant le tribunal correctionnel, suspendu par le Quai d’Orsay
2017 : le Quai d’Orsay met fin à sa suspension
2017 : condamné pour « blanchiment de fraude fiscale » et « transfert non déclaré de sommes à l’étranger » à un an de prison avec sursis, la confiscation des sommes saisies, une interdiction de gérer de 5 ans, une interdiction d’exercer une fonction publique de 5 ans, et 131 036 euros d’amendes et de dommages
2019 : renonce à faire appel de sa condamnation, puis radié du Quai d’Orsay par décret d’Emmanuel Macron
2021 : exclu de la Légion d’honneur
2024 : demande à réintégrer les administrateurs de l’État, mais en vain, dépose un recours en Conseil d’État
2026 : rejet de son recours par le Conseil d’État