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Finance - Conseil

Com’ : la greffe ratée de Societer chez l’américain Teneo

Le géant américain a racheté le spécialiste français du conseil en communication responsable en 2021. Depuis, le climat est lourd et les départs s’enchaînent.

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zhou,yilu / 昊 周 - stock.adobe.com

« Une façon de prendre un temps d’avance et de créer un nouveau modèle, intégré, engagé, tourné vers le dirigeant, combinant les dimensions locale et globale. » En octobre 2021, c’est ainsi qu’Aurelie Motta Rivey défendait le rachat de son entreprise Societer par le géant international du conseil aux dirigeants Teneo. Plus de trois ans après cette fusion, force est de constater que la greffe n’a finalement pas pris. Selon nos informations, l’entrepreneuse a été officiellement révoquée de son mandat de directrice générale en octobre dernier, après avoir quitté les bureaux au printemps déjà. Si ses cofondatrices Nathalie de Gaulle et Mathilde Oliveau font aujourd’hui encore partie des effectifs, la majorité de la dizaine de salariés issus de Societer a, comme elle, déserté le groupe ces dernières années.

En 2021, lorsque Teneo rachète la « maison de conseil » parisienne, le cabinet international soutenu par le fonds CVC compte une trentaine d’implantations dans le monde mais aucune adresse en France : Societer sera sa tête de pont. Créée en 2019, cette boutique défend un credo spécifique : le conseil aux dirigeants en « sustainable leadership » et sur les questions de responsabilité environnementale et sociale. « Une approche très intéressante qui m’a séduite », raconte une historique de la boîte. Mais pour elle, comme pour certains collègues, l’aventure prend une tout autre tournure une fois consommée la fusion avec Teneo. « Je me suis rendu compte assez vite que je n’étais pas alignée avec cet état d’esprit de grande compagnie américaine, je voyais bien qu’on n’avait pas les mêmes croyances, les mêmes convictions », regrette la cadre, qui a finalement préféré quitter le navire. « C’est l’histoire très classique d’une fusion ratée entre une boîte française et une boîte américaine : ça me fait penser à Emily in Paris… », sourit tristement une ancienne.

Plusieurs décrivent un véritable « choc culturel » entre les deux entités. « Teneo est une boîte assez « old school », avec une manière de faire de la com’ assez corporate, explique une autre ex-employée. Alors que chez Societer, chacun avait son domaine d’expertise, une fois chez Teneo, le modèle tendait plus vers l’uniformisation : tout le monde a vocation à faire tout et rien. » Certaines nouvelles habitudes de travail passent mal. À commencer par l’obligation de remplir chaque semaine des « time sheet », ces documents où doit être détaillée l’organisation du temps de travail : « On se retrouvait à passer une heure le vendredi soir à remplir notre feuille et à mentir, c’était une absurdité administrative », résume l’une de nos sources.

La question du portefeuille clients a aussi constitué un point de crispation pour les équipes venues de Societer : « Avant, nous étions précautionneux sur les dirigeants qu’on accompagnait : soit des gens sincèrement engagés, soit des personnes qui avaient envie de changer les choses, se rappelle une consultante. Mais une fois rachetés par Teneo, on prenait tout et n’importe quoi, et ça ne m’allait plus. » « Je pense que c’est une boîte très solide mais que pour les personnes qui n’étaient pas du sérail de la communication, ça ne fonctionnait pas, poursuit une ex-collègue. Beaucoup venaient du monde politique et avaient besoin d’engagement. » De fait, l’agence comptait dans ses rangs nombre d’anciens membres de cabinets, conseillers, plumes d’élus, pour certains issus de la macronie.

Inversement, cette nouvelle posture aurait coûté à l’entreprise plusieurs clients historiques de Societer comme la Fondation l’Oreal, le groupe Duval, le Crédit Mutuel Arkea ou encore l’Occitane en Provence. « Aujourd’hui, l’intégralité de ces contrats ont été rompus », croit savoir une ancienne. Côté Teneo, tout en ne commentant pas ces défections, on nous assure que le cabinet a jusqu’à peu accompagné deux comptes hérités de Societer lors de la Climate Week à Paris.

Pour expliquer l’exode, plusieurs partants font aussi état de difficultés relationnelles avec le nouveau management, pointant notamment la personnalité d’Olivier Jay, nommé en 2021 pour lancer le bureau français de Teneo. À en croire certains, les rapports entre l’ex-journaliste (Les Echos, L’Usine Nouvelle, le JDD) et la cofondatrice de Societer Aurélie Motta Rivey étaient loin d’être au beau fixe : « Ils avaient de forts désaccords stratégiques et se prenaient souvent la tête en réunion », se souvient une ex-salariée. Au-delà de ces querelles, plusieurs dénoncent une mauvaise ambiance insufflée par l’ancien « partner » chez Brunswick. Selon nos informations, des remontées négatives sur le sujet auraient même été faites au bureau de Bruxelles, en charge de l’activité européenne de Teneo. Le patron de la branche Europe continentale, Philippe Blanchard, précise seulement à l’Informé ne jamais avoir reçu de « plainte » formelle concernant le dirigeant parisien.

En avril dernier, Olivier Jay a finalement été remplacé par Philippe Maze-Sencier, venu de Hill+Knowlton strategies et passé par McLarty associates et Apco. Officiellement, Jay voulait se retirer de longue date et sa succession signe une nouvelle phase dans la croissance de Teneo à Paris. Officieusement, son nouveau poste - président d’honneur et senior managing director de l’entreprise - s’apparente plutôt à un désaveu : « C’est une manière de le mettre de côté », estime une ex-collègue. Une analyse appuyée par des concurrents.

« La culture Societer n’a pas du tout infusé chez Teneo, résume finalement une ancienne. Nous n’avons en fait pas compris pourquoi ils nous avaient rachetés si ce n’est pour faire du greenwashing. » Aujourd’hui, plusieurs acteurs du secteur indiquent ne pas croiser souvent le cabinet lors des fameux « pitchs » pendant lesquels ils tentent de convaincre des clients de contracter avec eux. En interne, l’entreprise nous assure pourtant gagner des contrats « quasi tous les mois » et prévoir des recrutements dans les mois à venir. Elle insiste sur sa forte croissance : le groupe emploierait aujourd’hui plus de 200 personnes en Europe contre une quarantaine seulement en 2021.