L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureArnault, Bettencourt, Pinault… les familles qui empochent les plus gros dividendes
L’Informé a établi le palmarès des actionnaires familiaux du CAC 40 selon le montant du dividende reçu. Les dynasties historiques du capitalisme français s’y retrouvent en bonne place.
L’argent va à l’argent. C’est ce qu’on serait tenté de se dire à la lecture de notre classement. D’après les pointages de l’Informé, ce sont les grandes familles du luxe et de la cosmétique qui auront empoché les plus grosses sommes, comme ces dernières années pour ne pas dire décennies. Les familles...
Les Arnault font cavaliers seuls
Dans cette bataille de milliardaires, une famille écrase la concurrence : celle de Bernard Arnault. Sa participation dans LVMH, qui s’établissait 48,2 % fin 2022, lui a rapporté 2,9 milliards d’euros, comme l’a déjà évoqué l’Informé. À titre de comparaison, les dividendes récupérés par l’État de ses titres dans le CAC 40 ne pesaient que 1,9 milliard d’euros (lire encadré ci-dessous) ! Jamais Bernard Arnault et ses proches n’avaient touché autant de leur entreprise en un an - avec au passage une coquette augmentation de 20 % par rapport à 2021. Faut-il s’en étonner ? Le numéro un mondial du luxe a connu une année record avec 79 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ainsi qu’un bénéfice net part du groupe de 14 milliards. De quoi largement mettre au second plan l’évolution mitigée du cours de Bourse de LVMH sur un an : l’action cotait à 679 euros au 31 décembre 2022, contre 725 euros fin 2021. L’érosion est d’autant plus à relativiser que le cours s’est depuis repris pour évoluer autour de 850 euros en juillet 2023.
Jackpot pour l’Etat actionnaire
C’est là tout le paradoxe de l’Etat français. Alors qu’il avait appelé en 2020 à la modération sur le versement des dividendes et fustigé les profiteurs de guerre, le gouvernement profite aujourd’hui de la bonne santé du CAC 40 pour construire son budget. Premier actionnaire d’Orange (plus de 23% du capital), l’Etat tire également partie de ses 6% dans Stellantis et de ses 15% chez Renault. A cela s'ajoutent encore ses participations dans les industries de défense avec ses 10,9% chez Airbus, ses 25,7% chez Thales et ses 11,23% chez Safran. Au total, en additionnant ses 23,64% chez Engie, il a encaissé près de 1,9 milliard d’euros, que ce soit en direct ou via Bpifrance. Merci les dividendes !
Au final, la famille Arnault a touché presque trois fois plus de dividendes avec LVMH que la famille Bettencourt-Meyers n’en a perçu avec L’Oréal, ce rapport d’un à trois se retrouvant à peu de chose près entre les bénéfices nets des deux groupes (5,7 milliards d’euros pour le numéro un mondial de la cosmétique). Les héritiers de Liliane Bettencourt, décédée en 2017, auront ainsi encaissé un peu plus de 1,1 milliard d’euros grâce à leurs 34 % dans L’Oréal. Leur participation avait légèrement augmenté fin 2021 lorsque l’entreprise avait racheté 4 % de ses propres actions à Nestlé : aujourd’hui, le géant suisse de l’agroalimentaire conserve environ 20 % et a perçu près de 650 millions d’euros de dividende chez L’Oréal.
Les troisièmes du classement sont les actionnaires familiaux d’Hermès, qui verrouillent le capital depuis le raid avorté de LVMH en 2011. Les descendants du patriarche Thierry Hermès se sont partagé 915 millions d’euros grâce à leur participation commune dans la maison de luxe (66,7 % du capital et 76,2 % des droits de vote). Mais si la somme est très en retrait de celle encaissée par les Arnault, Hermès a néanmoins fait un plus gros effort que LVMH envers ses actionnaires entre 2021 et 2022 : le dividende a explosé de 63 %... Soit bien plus que le bond du résultat net du groupe (+ 38 %). La progression du dividende du clan Hermès a poussé François Pinault et sa famille au pied du podium. Celle-ci, troisième en 2021 avec 625 millions d’euros, n’a encaissé « que » 730 millions l’an passé. L’augmentation correspond à peu de chose près à la hausse du bénéfice de la maison mère de Gucci et de Saint Laurent.
Les grandes dynasties du luxe feraient presque passer les autres grandes fortunes françaises actionnaires du CAC 40 pour des seconds rôles. Le dividende correspondant aux 7 % détenus par la famille Peugeot dans Stellantis - le constructeur né il y a deux ans et demi du rapprochement entre PSA et Fiat Chrysler - ne s’est élevé qu’à 300 millions d’euros. Les dividendes perçus par les Dassault dans le CAC 40 peuvent être estimés à 217 millions d’euros. Leur holding familiale, GIMD, a touché 112 millions d’euros de ses 40 % de l’éditeur de logiciels Dassault Systèmes. Et elle a par ailleurs accès à 24 % du capital de l’équipementier aéronautique et de défense Thalès par l’intermédiaire de Dassault Aviation (dont elle détient 62 %). Les Bouygues, qui possèdent 27,1 % du capital du groupe de BTP et de télécoms du même nom, se sont partagé 182 millions. Mais là n’est peut-être pas le plus important pour la famille : celle-ci peut s’enorgueillir d’avoir bouclé la plus grosse acquisition de l’histoire du groupe en mettant la main sur Equans, la filiale de services d’Engie, pour 6,5 milliards d’euros.
Les dividendes des actionnaires familiaux et entrepreneuriaux les plus récemment arrivés dans le CAC 40 sont plus modestes. Chez le spécialiste des bioanalyses Eurofins, entré dans l’indice phare parisien en 2021, Gilles Martin et ses proches ont tiré le même montant de dividende qu’un an plus tôt. À la tête d’un tiers du capital (le double en droit de vote), ils se sont partagé 63 millions d’euros. Le résultat net de l’entreprise a pourtant chuté de 22 %, sur fond de baisse de son activité liée aux tests Covid-19. Arrivés chez Carrefour en 2014 et désormais premiers actionnaires au travers de la holding Galfa, Philippe Houzé et les autres membres de la famille Moulin ont pu prétendre à 45 millions d’euros de dividende auprès du géant français de la distribution. Toujours propriétaires des Galeries Lafayette, ils disposent d’une participation de l’ordre de 10,7 % (et peuvent avoir accès à 3 % supplémentaires du capital grâce à des options d’achat). En parallèle, le patron fondateur de Teleperformance, Daniel Julien, n’a touché que 4,5 millions d’euros. Il faut dire qu’il ne possède plus que 2 % des parts de l’opérateur de centres d’appels entré au CAC 40 il y a trois ans à la place de Sodexo. Quant au fondateur d’Iliad Xavier Niel (actionnaire à titre individuel de l’Informé), qui avait fait irruption chez Unibail-Rodamco en 2020 et détient désormais 27 % du capital, il n’aura rien perçu de sa participation dans le spécialiste de l’immobilier commercial. Ce dernier a purement et simplement renoncé à verser le moindre dividende, en attendant d’enregistrer une meilleure performance opérationnelle et de se désendetter, lui qui avait beaucoup souffert de la crise sanitaire.
Les Agnelli et les Mittal bien installés dans le paysage
Deux dynasties étrangères se taillent une part de choix dans les dividendes du CAC 40 : les Agnelli et les Mittal. Les premiers ne sont présents dans l’indice que depuis début 2021 et la constitution de Stellantis. En rapprochant Fiat Chrysler de PSA, les héritiers de Giovanni Agnelli (aujourd’hui réunis autour de son petit-fils John Elkann) sont devenus les premiers actionnaires du nouvel ensemble. Au travers de leur holding Exor (dont ils détiennent la majorité des parts), ils disposent d’un peu moins de 14 % de Stellantis, loin devant les Peugeot (7 %) et Bpifrance (6 %). Ce bloc leur a donné accès à un dividende 2022 de 600 millions d’euros, en progression de 28 % alors que l’action Stellantis a chuté de 20 % entre le 1er janvier et le 31 décembre. Surtout, le montant reste non négligeable en comparaison des 100 millions versés par Exor à la totalité de ses propres actionnaires pour son exercice 2022.
Les Mittal, eux, font de longue date partie du paysage : leur OPA sur Arcelor remonte à 2006. Les dividendes perçus par la famille dans ArcelorMittal, eux, sont d’un montant un peu plus modeste, de 159 millions d’euros, quoiqu’en hausse de 28 % par rapport à 2021.